Aujourdhui, on fait la guerre contre leau, souligne un expert après des frappes sur des usines






La Guerre de l’Eau au Moyen-Orient

Enjeu vital pour les populations et l’économie, le nerf de la guerre au Moyen-Orient peut-il être l’eau? Franck Galland, chercheur spécialisé dans les enjeux stratégiques liés à la question, répond aux questions de Franceinfo.

Publiée le 10/03/2026 à 12:32

Mis à jour le 11/03/2026 à 09:16

Temps de lecture : 5 min

Un puits d'eau à Doha, au Qatar, le 4 mars 2026. (KARIM JAAFAR / AFP)
Un puits d’eau à Doha, au Qatar, le 4 mars 2026. (KARIM JAAFAR / AFP)

« Cette guerre va durer », insiste Emmanuel Macron à propos du conflit au Moyen-Orient commencé le 28 février. Il y ajoute même un risque d’escalade. Parmi les raisons qui peuvent le mettre sur cette piste? Les frappes sur des usines de dessalement d’eau dans la région, à l’image d’une station de dessalement à Bahreïn endommagée par une attaque de drones iraniens dimanche 8 mars. Franck Galland, auteur de Guerre et eau. L’eau, enjeux stratégiques des conflits modernes, aux éditions Robert-Laffont, revient sur cette guerre de l’eau.

Risque d’Escalade

Franceinfo : Emmanuel Macron a-t-il raison de penser qu’il y a un véritable risque d’escalade ?

Franck Galland : Le président de la République a raison de le souligner, car une nouvelle étape a été franchie. Ces usines de dessalement sont stratégiques pour l’alimentation en eau des pays du Golfe. Elles représentent environ 40 % de la production totale d’eau dessalée sur la planète.

« Le dessalement est clairement une artère vitale pour l’alimentation en eau de ces États et un enjeu stratégique en cas de conflit. »

Franck Galland, spécialiste des questions stratégiques autour de l’eau

Sans eau, il n’y a plus de vie ni d’activité économique, mais je pense qu’il faut rester prudent par rapport à ce sujet. Les usines de dessalement sont certes vulnérables à des frappes de drones, mais également à des marées noires qui pourraient survenir. Cependant, les États du Golfe ont massivement investi depuis 30 ans dans la robustesse de leurs systèmes d’alimentation en eau. Par exemple, au Qatar, 99 % de l’alimentation en eau vient de trois stations, mais les Qataris ont construit les plus grands réservoirs d’eau douce au monde pour faire face aux situations d’urgence.

Mesures de Protection

À quel point des mesures de protection ont-elles été prises afin de préserver les stocks d’eau potable et les usines de dessalement ?

Les usines servent à produire de l’eau potable et les réservoirs à stocker, mais derrière, l’ensemble des réseaux de distribution sont maillés. Si ça casse à un endroit, on peut réapprovisionner par un autre endroit. Ces sites stratégiques sont aussi militairement protégés par des capacités sol-air, via des batteries antimissiles. En cas d’urgence, on pourrait également demander aux populations de restreindre leur consommation d’eau, comme aux gros consommateurs industriels de limiter leurs besoins.

L’Eau dans les Conflits Modernes

Est-ce un tabou dans nos guerres modernes de s’attaquer à l’eau ?

C’est malheureusement de moins en moins rare, et le conflit en Ukraine l’a montré. On viole délibérément les conventions de Genève et leurs protocoles additionnels de 1977. On fait la guerre contre l’eau, contre les infrastructures hydrauliques, par du ciblage direct ou par des dégats collatéraux.

« Les conséquences sur la population seraient désastreuses. »

Franck Galland, spécialiste des questions stratégiques autour de l’eau

Il ne s’agit pas seulement d’alimentation en eau potable, mais également des hôpitaux qui servent à soigner les blessés civils et militaires, par exemple. En attaquant cette station à Bahreïn dimanche, l’Iran a ainsi franchi un cap. Le pouvoir iranien devrait pourtant rester prudent à ce sujet, car l’alimentation en eau du pays et de ses grandes villes est excessivement fragile. Il en faudrait très peu pour que la coalition israélo-américaine annihile complètement les capacités de distribution d’eau iraniennes.

Villes en Situation d’Urgence

Existe-t-il encore aujourd’hui des villes très dépendantes de ces usines, au point de se retrouver dans une situation d’urgence ?

En 1991, pendant la guerre du Golfe, trois usines de désalinisation alimentant la capitale saoudienne Riyad avaient été fermées préventivement, induisant des problèmes d’alimentation en eau pour cette ville. Mais le système d’alimentation en eau saoudien est plus résilient aujourd’hui. À partir de 2018, le prince héritier Mohamed Ben Salman a construit des stations de désalinisation sur la mer Rouge, c’est-à-dire éloignées de ce Golfe Persique qui est une mer quasi fermée et donc vulnérable aux pollutions de surface.



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