Je nai tout simplement plus accès à rien : en Cisjordanie, une nouvelle route militaire






Crimson Thread : Une route militaire en Cisjordanie

Baptisée « Crimson Thread », cette route, bordée d’une tranchée profonde et d’un haut remblai de terre, s’étendra à terme sur 22 km dans ce secteur considéré comme le « grenier de la Cisjordanie ».


Un berger dans la région d'Atouf, dans la vallée du Jourdain.
Un berger, dans la région d’Atouf, dans la vallée du Jourdain.
(MAXPPP / LUAY SABABA)

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Des champs d’oliviers et des serres agricoles s’étirent jusqu’aux montagnes jordaniennes. Dans la vallée, des bulldozers israéliens retournent la terre fertile. Une nouvelle route militaire israélienne, barrière infranchissable pour les Palestiniens, est en cours de construction en Cisjordanie occupée.

Baptisée « Crimson Thread », ou « fil pourpre » en français, cette route militaire, bordée d’une tranchée profonde et d’un haut remblai de terre, s’étendra à terme sur 22 km et va couper plusieurs centaines de familles d’agriculteurs palestiniens de leurs terres, dans ce secteur considéré comme le grenier de la Cisjordanie.

« Ils construisent soi-disant une simple route, mais c’est faux… Ils veulent voler nos terres », dénonce Taher, un berger de 35 ans, qui décrit les travaux en cours. « Sur place, il y a certes une route, mais tout le long il y a une tranchée profonde de 4 mètres et un remblai haut de 2 mètres ! Je ne veux plus y retourner au risque de me faire arrêter ou attaquer », assure-t-il.

Ce projet, dénonce-t-il, n’est rien qu’une nouvelle barrière de séparation. Inquiet, il observe son troupeau de 90 moutons. « Avec les travaux, ils m’ont coupé l’eau… On doit aller chercher de l’eau à 2 km d’ici, de nuit, comme des voleurs ».

Dans le village voisin d’Atouf, un agriculteur a quant à lui déjà perdu tout accès à ses terres : « J’ai perdu toutes mes cultures, je ne peux pas aller récolter mes légumes, j’ai déjà perdu beaucoup d’argent comme d’autres agriculteurs… Avec cette construction, je n’ai tout simplement plus accès à rien », s’agace Doorghan.

Il pose alors une main sur l’épaule de son fils qui l’écoute attentivement : « Sur mon exploitation, j’emploie quotidiennement une trentaine de salariés pour travailler la terre. Tous ont perdu leur emploi faute d’accès aux champs. Ça veut dire 30 familles, chacune de 7 ou 8 personnes… L’agriculture est ici la première source de revenus ».

Sur le tracé de la route militaire, toutes les infrastructures, granges, silos, entrepôts, seront aussi détruites. « Il y a environ 300 familles qui sont concernées par des ordres d’expulsion ou de démolitions de leurs infrastructures », fait remarquer Abdallah Basharat, le gouverneur des localités d’Atouf et Ras Al-Ahmar.

L’armée israélienne assure, de son côté, opérer dans le respect de la loi et évoque des mesures de sécurité pour justifier la construction en cours.



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