Un guide français témoigne après les crues meurtrières au Népal : Deux de mes collaborateurs





Coulée de Boue au Népal

Une gigantesque coulée de boue a tout englouti sur son passage mercredi au Népal. Le guide et accompagnateur français Simon Allix, familier des lieux, décrit les conditions de voyage dans la zone aujourd’hui dévastée.

Le bilan toujours provisoire des crues dévastatrices survenues mercredi au Népal et dans la province chinoise voisine du Tibet ne cesse de s’aggraver. Près de 600 personnes sont mortes des deux côtés de la frontière et près de 2.500 sont portées disparues, selon les derniers chiffres communiqués vendredi 28 août par les autorités des deux pays touchés.

Au cœur du massif de l’Himalaya, cette région attire randonneurs et alpinistes du monde entier, notamment pour gravir le mont Everest. Le mont sacré Kailash est aussi un lieu de pèlerinage pour les hindous et les bouddhistes tibétains.

Simon Allix, guide accompagnateur français, organise des voyages jusqu’à ce mont, où deux de ses collaborateurs ont disparu. Membre de la Société des explorateurs français, il s’y est rendu à plusieurs reprises et connaît bien la route qui mène au poste-frontière de Gyirong, détruit entre le Népal et le Tibet.

Franceinfo : Avez-vous des nouvelles de vos collaborateurs ?

Simon Allix : Je n’ai pas tellement de nouvelles car on ne peut pas accéder à la zone qui a été submergée. Une partie de mon équipe est bloquée à Katmandou [la capitale népalaise] et attend les informations qui arrivent au compte-gouttes.

Deux de mes collaborateurs ont disparu. Ce couple népalais nous accueille à la frontière entre le Tibet et le Népal lors de nos voyages. Il gère toute la logistique, nous installe à l’hôtel, récupère nos passeports pour les démarches administratives et nous accompagne au poste-frontière de Gyirong, qui a été submergé par une vague boueuse colossale. Ils sont donc tout le temps sur place.

Vous êtes déjà passé par ce poste-frontière, comment se passe généralement le passage des douanes chinoises ?

Je suis passé précisément par le poste-frontière de Gyirong il y a deux ans, au mois de mai. Le bâtiment ressemble à d’énormes cubes blancs de plusieurs étages. La vallée est toute petite. Quand on arrive sur place, on voit tout de suite cette espèce d’immeuble-barrage.

Il y a énormément de pèlerins indiens et népalais, ainsi que des Occidentaux qui entrent au Tibet par cet endroit. Mais le passage est toujours compliqué car le Tibet est une région autonome de la Chine. Avant de passer la frontière, on s’arrête dans un petit village népalais, où se trouve une personne relais. Celle-ci se rend au poste-frontière pour régler toutes les questions administratives.

Le lendemain, on parcourt les trois kilomètres qui nous séparent du poste-frontière. Cet endroit est très surveillé. Il y a peut-être une caméra au mètre carré sur ce bâtiment blanc. C’est un passage assez tendu, il faut respecter les règles chinoises.

Vous avez déjà emprunté la route qui mène au mont Kailash au mois d’août, quelles sont les conditions météorologiques à cette période ?

Lors d’un de mes voyages, en 2010, j’y suis passé en août, pendant les moussons. Il est déconseillé d’emprunter cette route à cette période. Il y a des éboulements tout le temps : un bout de montagne s’effondre et la route est bloquée.

Lorsque cela arrive, on est coincés pendant une journée, le temps que les cailloux soient dégagés avec des pelles ou des bulldozers. Sur les 40 derniers kilomètres avant le poste-frontière, la route est en terre car la zone est sujette à beaucoup de coulées de boue. Même si elles sont courantes, je n’en avais jamais vu une aussi importante.



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