Mathilde Fontez, rédactrice en chef au magazine « Epsiloon », s’est penchée sur des études concernant les efforts sportifs. Et la science confirme que crier des jurons à ce moment-là améliore les performances.
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Expérience à l’appui, des chercheurs ont soumis des volontaires à un exercice de gainage (se soulever sur une chaise sur les mains le plus longtemps possible) et ils ont constaté une mesure inédite : ceux qui crient des jurons résistent 10 % plus longtemps.
Je ne vais pas vous répéter ce qu’ils ont dit, mais vous imaginez bien. L’étude est en anglais, donc cela commence souvent par un « F », en français ce serait plutôt un « P ». Peu importe, ça pourrait être aussi « ventrebleu », « saperlipopette » ou « tonnerre de Brest », pour peu que ce soit un mot ou une expression subversive.
Dans la plupart de ces expériences, les chercheurs ont fait la comparaison avec un mot neutre, par exemple « mercredi ». Cela ne marche pas. Les jurons tirent leur force de leur caractère transgressif. Il faut braver un tabou avec un langage vulgaire ou un interdit religieux comme « bon Dieu ».
Il existe des jurons dans toutes les langues, et dans toutes les langues leur pouvoir est étonnant. Même chez les Japonais, réputés pour leur grande politesse, une étude les a spécifiquement étudiés. Et même en langage des signes.
Voilà quelques années que la science documente les pouvoirs des jurons. Ils augmentent la résistance à la douleur, avec une expérience où les cobayes devaient plonger le plus longtemps possible la main dans l’eau glacée. Ils dopent les performances des cyclistes de 4,5 %. Ils amplifient la force de préhension de 8 % et la durée des pompes de 10 %. Ils renforcent même la mémoire.
Les chercheurs s’aperçoivent que c’est un mécanisme profond. Les jurons sont étudiés avec les outils des neurosciences, et il semble qu’ils activent un circuit cérébral spécifique. Ils peuvent fuser même quand l’hémisphère gauche du cerveau – celui qui élabore le langage – est lésé. D’ailleurs, on observe que les jurons persistent chez les personnes qui sont atteintes d’aphasie ou qui ne parlent plus à cause de la maladie d’Alzheimer.
Les jurons feraient appel à un ensemble de mécanismes anciens capables de nous désinhiber et de libérer notre force, des mécanismes semblables à ceux impliqués dans la réponse aux menaces. Et attention, ne pas confondre jurons et insultes, « mille milliards de mille sabords » ne produit pas les mêmes effets que « Moulagofre ».