TÉMOIGNAGE. Jai été tué à sept ans. Violences à lécole catholique Jean-Baptiste-de-la.





Témoignage de Philippe Auzenet

Le 5 février 2026, un collectif d’anciens élèves d’établissements du réseau catholique des Lasalliens s’est constitué pour dénoncer les violences physiques, morales et sexuelles qu’ils ont subies. Philippe Auzenet, cofondateur et ancien élève de l’école catholique Jean-Baptiste-de-La-Salle à Rouen (Seine-Maritime) dans les années 1960, livre son témoignage poignant.

L’affaire Bétharram fut une déflagration, déclenchant un scandale national mais aussi un bouleversement intime pour Philippe Auzenet. À l’écoute des témoignages des victimes dans les médias, toutes les violences subies durant son enfance lui sont revenues en mémoire, comme un flash douloureux.

Philippe Auzenet, âgé aujourd’hui de 73 ans, affirme avoir subi des violences au sein de l’établissement privé catholique Jean-Baptiste-de-La-Salle à Rouen, dans les années 1960. Depuis, il a cofondé un collectif de victimes et lancé, le 1er février, un appel à témoignages au niveau national. Depuis cinq jours, son téléphone n’arrête pas de sonner.

À son entrée à l’école, Philippe était « un petit bout de chou, un petit bonhomme de sept ans ». Il y est resté trois ans, et les deux premières années ont été pour lui véritablement un bagne. « Il y avait un climat de violences générales, un climat très austère, très triste », raconte-t-il.

La photo de classe de Philippe Auzenet en 1958
La photo de classe de Philippe Auzenet en 1958, situé au 2ème rang, 2ème garçon à partir de la droite. © Philippe Auzenet

Philippe témoigne également de violences physiques entre élèves dans la cour de l’école laissée sans surveillance : « Je recevais des coups, des caïds faisaient la loi… C’est là où ça a commencé à devenir terrible pour moi. Deux grands, qui avaient cinq ans de plus, ont jeté leur dévolu sur moi. Ils m’ont isolé dans un coin du préau et m’ont ficelé comme un saucisson, je me souviens encore de la corde. »

Ils m’ont pendu par les pieds, ils ont été jusqu’à mettre un bol sous ma tête, ils ont sorti des couteaux de boucher et ont fait semblant de m’arracher les yeux, comme on faisait pour les lapins quand on voulait les tuer dans les fermes normandes.

Philippe Auzenet

« J’ai été tué à sept ans », assène le vieil homme avec aplomb. Il explique avoir été victime de telles violences pendant deux ans, à raison de deux fois par mois environ. « Quand on est un enfant de cet âge, on le prend au premier degré. Ce sont des actes répétitifs qui détruisent complètement la vie intérieure d’un enfant. »

« Pour moi c’était terrible, ça m’a brisé. Ça a interrompu tout le processus de maturation dans ma vie, j’ai eu des mauvais résultats scolaires. Après chaque intervention de violence, je faisais dans ma culotte. À l’époque, ma mère me disait que c’était dégoûtant, elle ne se rendait compte de rien. »

Il faut ajouter à cela une volée de syndromes qu’il portera toute sa vie, causés par du stress post-traumatique : des addictions, des dépressions à répétition, des pensées suicidaires quasi quotidiennes et une estime de soi anéantie.

Le Rouennais Philippe Auzenet, à l'âge de 7 ans.
Le Rouennais Philippe Auzenet, à l’âge de 7 ans. © Philippe Auzenet

Si Philippe Auzenet a subi uniquement des violences physiques, d’autres élèves rouennais témoignent également de violences sexuelles et de viols au sein de l’établissement. « Je le sais maintenant depuis peu, il y avait quatre prédateurs dans l’établissement », dévoile-t-il.

Eux commettaient des violences sexuelles, des viols, et des attouchements pendant les confessions, puisqu’il y avait l’aumônier principal qui était le premier prédateur, suivi du sacristain, un frère et le chef cuisinier.

Philippe Auzenet

Philippe Auzenet a pris contact avec l’académie de Rouen, qui a transmis son signalement au procureur. Ce dernier a ordonné une enquête, toujours en cours. La gendarmerie a auditionné Philippe Auzenet le 25 novembre 2025, pendant deux heures.

« J’ai porté plainte contre l’institution et beaucoup de gens vont faire de même. Il y aura une plainte par le collectif quand le nombre de victimes atteindra 40 ou 50 personnes, et qu’elles auront elles aussi porté plainte individuellement », explique-t-il.

La direction de Jean-Baptiste-de-La-Salle était-elle au courant de ces agissements ? « Ils m’ont dit que non par courrier, mais pour moi ce n’est pas possible », affirme Philippe Auzenet.

De son côté, la congrégation des Frères des Écoles Chrétiennes qui gère le groupe scolaire a assuré, par le biais d’un communiqué de presse rédigé par ses avocats, avoir « pris très au sérieux la constitution d’un collectif de plaignants ».

Elle tient « en tout premier lieu, à redire avec gravité et respect sa pensée la plus profonde à l’égard de toutes les personnes qui ont été victimes, par le passé, de violences, d’abus ou d’atteintes psychologiques ou sexuelles commises par des membres de l’institution ».

Le groupe scolaire Ecole, Collège & Lycée Jean-Baptiste-de-La-Salle à Rouen (Seine-Maritime), le 4 janvier 2026.
Le groupe scolaire École, Collège & Lycée Jean-Baptiste-de-La-Salle à Rouen (Seine-Maritime), le 4 janvier 2026. © Patrice Cornilly – France Télévisions

La congrégation a créé une cellule d’écoute dédiée depuis 2014, composée de laïcs et de membres religieux. Celle-ci a été saisie à deux reprises pour l’établissement Jean-Baptiste-de La-Salle, nous précise Maître Matthias Pujos.

En plus de la cellule d’écoute, la Congrégation affirme procéder systématiquement à un signalement auprès des autorités lorsque les faits sont « susceptibles de recevoir une qualification pénale » et commis « par un Frère encore en vie ». Depuis 2022, trois signalements ont été faits auprès des procureurs de Besançon, Évry-Courcouronnes et Reims.

Les témoignages auprès du collectif proviennent de toute la France. « Ça nous occupe à temps plein, c’est de l’ordre de 30 à 40 mails par jour, un appel téléphonique toutes les 10 minutes ».

« Il y a une sorte de réseau pédocriminel passif. Les
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