Un ancien élève dune école religieuse témoigne pour la première fois de violences physiques





Témoignage de Christian sur les abus à l’école religieuse de Rodez

C’est un témoignage rare. Âgé aujourd’hui de 60 ans, Christian n’a jamais évoqué les violences physiques et sexuelles qu’il a subies enfant alors qu’il était scolarisé dans une école religieuse de Rodez dirigée par les frères lasalliens. Un nouveau collectif lance un appel au niveau national pour recueillir la parole d’anciens élèves de cette congrégation religieuse.

Un appel à témoins

Jusque très récemment, Christian n’avait osé parler. Raconter l’indicible. Mais aujourd’hui, à l’âge de 60 ans, cet ancien élève d’une école religieuse de Rodez accepte de livrer son témoignage pour que d’autres victimes de violences physiques et sexuelles comme lui osent rompre avec le mutisme et le silence. Il dénonce des violences institutionnelles.

Un collectif national incite aujourd’hui les victimes à s’exprimer. Des faits de violences et d’abus sexuels auraient été commis dans une vingtaine d’écoles de la congrégation des Frères des écoles chrétiennes, appelés aussi Frères lasalliens.

Écoutez le communiqué du collectif national des victimes des frères des écoles chrétiennes (Lasalliens) ce matin au journal de 9h sur France Inter :
Adresse de contact : victimes.lasalliens@gmail.com

– Hélène B (@HlneB5) 1 février 2026

Un souvenir douloureux

Christian n’était qu’un jeune enfant lorsqu’il intègre l’école religieuse de Rodez. Il se rappelle d’un document transmis aux familles à la rentrée.

« Il y avait en début d’année une fiche, qui était remise aux familles, sur laquelle elles pouvaient cocher la case autorisant les professeurs à violenter les enfants. On était brimé, on était frappé, on prenait des coups de canne, on pouvait subir des humiliations devant toute la classe. Ça arrivait tous les jours. »

Soumis à cette autorité religieuse, Christian a été attiré un jour dans la chambre du frère François sous prétexte de parler religion. « Je me souviens que, sous le prétexte d’une discussion et pour me mettre à l’aise, nous étions assis côte à côte sur son lit, et qu’il s’est rapproché jusqu’à mettre sa main dans mon pantalon et caresser mon sexe. »

À l’âge de 8 ans, il devient une proie avec le sentiment d’être choisi parmi d’autres, d’être distingué. Cela engendre un immense sentiment de culpabilité que partagent souvent les victimes d’abus sexuels.

Les conséquences d’un traumatisme

Se destinant à devenir prêtre, Christian perd confiance, ne croit plus en Dieu et s’enferme dans le silence. Cet instant subi a brisé sa vie. « Le petit temps de plaisir et d’excitation qu’il a ressenti, est-ce que ça valait la peine que toute ma vie je porte ce fardeau ? Je compare ça à un séisme. Il y a des répliques et, à certains moments cruciaux de ma vie, ces choses ont ressurgi et m’ont empêché de vivre une vie normale. »

Christian connaît l’échec scolaire, la tentation de l’alcool et des relations sociales et amoureuses perturbées par ces souvenirs douloureux. Il choisit même de ne pas avoir d’enfants pour qu’ils ne puissent subir un jour les mêmes gestes de la part d’un adulte.

Une vie qu’il estime ne pas avoir menée comme il l’aurait pu, empêchée par ces violences restées tues si longtemps. « Je ne voulais pas en parler pour ne pas trahir la confiance que mes parents avaient placée dans cette institution. »

La lutte pour la réhabilitation

50 ans plus tard, les faits sont prescrits et son agresseur est décédé. Aucune poursuite n’est possible. Seule une démarche pour obtenir réparation est envisageable auprès d’une commission. Mais selon l’association qui soutient Christian, la congrégation des frères lasalliens tente encore aujourd’hui de maîtriser la parole des victimes.

« La congrégation impose une clause de confidentialité qui fait que ces personnes qui ont libéré leurs paroles 50, 60, 70 ans après, sont recondamnées au silence, et ça c’est intolérable ! », dénonce Olivier Savignac, président de l’association Parler et revivre pour aider les victimes comme lui d’abus sexuels par des hommes d’Église.

La congrégation des frères des écoles chrétiennes, qui compte aujourd’hui en France 150 écoles, affirme le contraire. Dans un communiqué datant du 5 février 2026, elle indique : « La Congrégation réfute avec la plus grande fermeté toute affirmation faisant état de l’existence actuelle d’un quelconque « réseau » criminel au sein des établissements Lasalliens. La Congrégation a été informée du dépôt de plainte effectué en novembre 2025 et prend acte que le Parquet de Rouen est en charge des investigations. Elle apportera, comme elle l’a toujours fait, son entière coopération aux autorités judiciaires et demeure sereine quant aux conclusions de ces investigations, convaincue qu’elles démontreront l’absence actuelle de toute violence systémique et de tout « réseau » criminel au sein de ses établissements scolaires. »

Aujourd’hui, l’association affirme que le collège Saint Joseph La Salle de Rodez prône des valeurs éducatives et bienveillantes envers les élèves. Elle incite les victimes des Frères lasalliens à briser la loi du silence, comme Christian est en train de le faire.

(Propos recueillis par N. Rougeau et L. Tazelmati)



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