Cest énorme, on perd cet ADN : Dominique Pelicot aurait. El título no debe incluir ningún






Dysfonctionnements judiciaires liés à Dominique Pelicot

Un rapport sera publié lundi prochain sur d’éventuels « dysfonctionnements » judiciaires liés à Dominique Pelicot : si tel était le cas, le violeur de Mazan aurait pu être mis hors d’état de nuire dès 2010, si son identification n’avait été tardivement exploitée par la justice.

En mai 2025, le garde des Sceaux avait missionné l’Inspection générale de la justice pour éclaircir des zones d’ombre sur des « cold cases » impliquant Dominique Pelicot. Il s’agissait notamment d’établir pourquoi des investigations n’avaient pas été lancées en 2010, alors que l’ADN de celui qui allait devenir « le violeur de Mazan » avait été identifié dans une affaire de tentative de viol. Gérald Darmanin a annoncé sur X, mardi 13 janvier, que les conclusions seront publiées ce lundi 19 janvier. Ce rapport, réclamé avec insistance par l’avocate des victimes de deux affaires non élucidées, pourrait révéler des « dysfonctionnements » dans les rouages judiciaires. Ce qui signifierait alors que les viols de Mazan auraient probablement pu être évités.

Retour sur le cas de Sophie Narme

Le 4 décembre 1991, une agente immobilière, Sophie Narme, 23 ans, est endormie à l’éther, violée et tuée alors qu’elle fait visiter un appartement à un client dans Paris. De retour des États-Unis où elle était jeune fille au pair, elle débute dans l’immobilier. Vêtue d’une jupe bleu marine et d’escarpins assortis, elle prend sa voiture pour se rendre au 22, rue Manin, dans le 19e arrondissement. Elle a rendez-vous avec un homme pour lui faire visiter un appartement au 6e étage. Son patron découvrira son corps en fin de journée. « Il règne une très forte odeur d’éther(…), rapporte Florence Rault, avocate de la famille Narme, quand il éclaire, il tombe sur une scène d’épouvante tellement c’est sauvage et violent. »

C’est énorme. On prélève le sperme du violeur à quelques heures du viol et du meurtre, on perd cet ADN.

Florence Rault, avocate de la famille Narme

France 3 Provence-Alpes

Depuis près de 34 ans, la piste de plusieurs tueurs en série a été explorée par la brigade criminelle. Patrice Allegre ou encore François Vérove, surnommé « Le Grêlé », ont été tour à tour soupçonnés. Cependant, il y a des ratés dans la procédure, que pointe l’avocate : du sperme a été retrouvé lors de l’autopsie, des « spermatozoïdes mobiles témoignant d’un rapport récent » sont observés. Pourtant, les prélèvements demeurent introuvables, tout comme le pull et la ceinture de Sophie Narme qui ont servi à l’étrangler.

« J’attends maintenant qu’on fasse une inspection au service des greffes de Paris ou de Nanterre, je ne sais pas lequel, qui ont perdu les scellés », rappelle Florence Rault, « personne n’est capable de me dire où ils sont passés. »

Le cas de Marion

Une autre agente immobilière de 19 ans, Marion*, réussit à échapper à Dominique Pelicot le 11 mai 1999, après une tentative de viol, à Villeparisis (Seine-et-Marne). Même scénario, la jeune fille débute dans le métier, comme Sophie Narme. Elle travaille dans une agence immobilière de Mitry-Mory, et, comme elle, Marion se fait agresser par un homme pendant une visite d’appartement. « Il m’a forcée à m’allonger sur le ventre », raconte-t-elle aux policiers qui l’entendent au lendemain de son agression. Elle explique à la police qu’il a ensuite posé sur sa bouche un mouchoir imbibé d’un liquide qui sentait très fort. Marion, retenant sa respiration, finit par repousser son agresseur en saisissant très fort l’un de ses testicules et se barricade dans une sorte de placard pendant de longues heures. Cet homme qu’elle décrit, c’est donc bien Dominique Pelicot.

C’est comme ça qu’on traite les affaires? Je pense qu’il y a un petit problème et beaucoup de questions à se poser. Et un grand champ libre pour les criminels.

Florence Rault, avocate des parties civiles

France 3 Provence-Alpes

Il va d’ailleurs le reconnaître au cours de son procès devant la cour criminelle du Vaucluse en 2024. « C’est bien moi (…) J’ai retiré son tee-shirt, ses chaussures et son pantalon, [mais] je n’ai rien fait, cela m’a paniqué qu’elle se détache », déclare-t-il à l’audience. En revanche, il niera en bloc toute implication dans la mort de Sophie Narme, insistant que « si les agressions des deux victimes se ressemblent, cela ne suffit pas pour accuser mon client de meurtre », insiste l’avocate de Dominique Pelicot, Béatrice Zavarro.

Une nouvelle fois, dans ce dossier, l’ADN de l’agresseur est prélevé sur la chaussure de Marion. Son avocate s’interroge sur ce qu’il est advenu de cet élément précieux pour l’enquête.

Les insuffisances judiciaires

Dix ans avant qu’il ne soit surpris en train de filmer sous les jupes de femmes dans un supermarché du Vaucluse, événement révélateur de l’affaire de Mazan, Dominique Pelicot avait été interpellé pour les mêmes raisons en juillet 2010, cette fois en région parisienne. Il écopé d’une simple amende, mais son ADN est prélevé comme le prévoit la procédure. Selon Florence Rault, il apparaît clairement que si les prélèvements effectués sur Dominique Pelicot à ce moment-là ne « matchent » pas au fichier [NDLR : Fichier national automatisé des empreintes génétiques], c’est bien « parce qu’ils n’ont pas été intégrés correctement dans les affaires précédentes ». L’avocate livre son interprétation des faits : « maintenant tout est automatique, quand vous mettez un ADN dans le fichier, ça tourne régulièrement, avant il fallait demander à la machine de tourner, elle ne le faisait pas toute seule, donc on peut dire que ça n’a pas été correctement traité, l’ADN de 1999 n’a pas été mis c’est sûr, alors qu’on lavait. »

La suite, qui ne la connaît pas ? Elle a été révélée au grand jour en 2020, suscitant une nausée indignée à travers la planète : Dominique Pelicot a drogué, violé et fait violer sa femme Gisèle par des dizaines d’hommes inconnus, entre 2011 et 2020. Il a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle en décembre 2024. Et si Dominique Pelicot avait été interpellé avant de s’en prendre à son épouse ? Car si les investigations avaient été menées en 2010, Dominique Pelicot aurait pu être arrêté bien avant.

Reconnaissance de Dominique Pelicot
« Par rapport à Marion*, prénom d’emprunt de la victime de tentative de viol en 1999, c’est bien moi », avait reconnu Dominique Pelicot lors de l’audience au procès des viols de Mazan en novembre 2024.

© Valentin Pasquier/ FTV

« En tant qu’avocate, je suis impatiente de connaître le contenu du rapport [présenté lundi] pour savoir s’il y a eu un réel dysfonctionnement », reconnaît Béatrice Zavarro, pour qui « l’absence de traitement de la confirmation de présence de l’ADN de Dominique Pelicot sur les faits
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