La France face à la fin de vie : des avis partagés alors que le Sénat débat des lois en





Débat sur la loi sur la fin de vie

Adoptées à l’Assemblée, les propositions de la loi sur la fin de vie arrivent au Sénat profondément remaniées. Entre la colère des défenseurs de l’aide à mourir et l’opposition ferme de l’Église et des soignants en palliatifs, le débat se ravive.

Contexte législatif

En mai dernier, les défenseurs de la fin de vie ont célébré la victoire de l’adoption des deux propositions de loi par l’Assemblée nationale. L’une sur les soins palliatifs, l’autre sur une aide à mourir. Cependant, depuis, le soufflé est retombé et la colère gronde de nouveau. Depuis le 20 janvier, ces textes sont examinés au Sénat, mais ils ont surtout été fortement remaniés par la commission des Affaires sociales.

VOIX DES DÉFENSEURS

Gilles Gauthier, délégué de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité dans les Bouches-du-Rhône, exprime sa frustration face aux modifications apportées : « Les propositions faites vident de substance le sujet de la fin de vie« , commente-t-il. Il insiste sur la restriction de l’aide à mourir aux seuls patients dont le pronostic vital est engagé à très court terme : « Ils proposent simplement un prolongement de la loi Leonetti !« 

Il souligne que la France est le seul pays européen qui ne dispose pas de dispositif clair et réglementé. « Comment la France, qui était le premier pays à voter l’interruption volontaire de grossesse, peut-elle ne pas être capable de gérer la question de la fin de vie ?« , interroge-t-il. Pour illustrer sa colère, il cite le poignant témoignage du fils d’un adhérant :

Son père, âgé de 85 ans, avait des douleurs réfractaires. Il s’est défenestré du troisième étage de son Ehpad. Nous ne voulons plus de tout ça.

Gilles Gauthier, délégué de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité dans les Bouches-du-Rhône

S’il respecte la position de chacun, Gauthier regrette que les opposants – citant Monseigneur Aveline – « entendent nous imposer leur manière de voir« . « Je suis pour la liberté absolue de conscience, chacun peut faire ce qu’il entend, mais je n’accepte pas qu’on nous impose une manière de voir« . Il ajoute que 91 % des Français et 74 % des soignants sont favorables à cette loi.

LA RÉSISTANCE DE L’ÉGLISE

Dans une tribune officielle, visible sur le site du diocèse de Marseille, daté du 15 janvier 2026, le cardinal Jean-Marc Aveline, accompagné des évêques de France, « dénonce un texte mensonger et dangereux« . Ils estiment que « on ne prend pas soin de la vie en donnant la mort« . Ils décrivent l’élaboration d’une loi pour l’égal accès à l’accompagnement et aux soins palliatifs, soulignant que les soins palliatifs sont « l’unique bonne réponse aux situations éprouvantes de la fin de vie« .

Pour l’Église, légaliser l’euthanasie « changerait profondément la nature de notre pacte social » et « brouille gravement les repères éthiques« . Ils affirment que la dignité humaine est « inhérente à son humanité, jusqu’au bout« , et que la fraternité ne consiste pas à « hâter la mort de ceux qui souffrent« , mais à « ne jamais abandonner les plus vulnérables« .

L’AVIS DES SOIGNANTS

Jean-Marc Lapiana, docteur et directeur de La Maison, établissement de soins palliatifs à Gardanne (Bouches-du-Rhône), partage cette position : « Si nous avions suffisamment de soins palliatifs, la question de la fin de vie serait moins prenante« . Il critique le fait que l’on parle de l’aide active à mourir sans aborder les causes des demandes des patients, souvent liées à la souffrance physique ou psychique.

Pour certaines personnes, elles préfèrent arrêter de vivre face au risque d’avoir une souffrance. Mais si aujourd’hui on meurt de peur de mal vivre, cela signifie qu’on n’a plus confiance en une société qui devrait être protectrice.

Dr Lapiana, docteur et directeur de La Maison

Lapiana insiste sur l’importance d’apporter des solutions pour soulager les douleurs physiques et psychiques : « On ne sait pas si l’on sera malade un jour, mais on sait que nous allons tous mourir un jour. Pourtant, nous ne développons pas les moyens pour accompagner les personnes« .

Toutefois, il met en garde sur la loi de l’aide à mourir : « Il faut protéger au maximum les plus faibles, car certains pourraient mal s’en occuper« . Il conclut en soulignant que « la dignité ne se perd jamais, mais la sensation de dignité peut se perdre. Notre mission est de redorer cette dignité afin que chacun prenne conscience de son inaltérabilité« .



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