Les capitales européennes de la culture 2026 seront à chercher dans l’Europe nordique et en Europe centrale. Il s’agit d’Oulu, qui compte plus de 200.000 habitants et est la quatrième ville de Finlande, située juste en dessous du cercle polaire arctique, au bord du golfe de Botnie ; et de Trenčín, près de 55.000 habitants, modeste huitième ville slovaque, tout proche de la frontière tchèque. Elles présenteront leurs festivals d’ouverture respectifs du 16 au 18 janvier 2026 pour Oulu et du 13 au 15 février 2026 pour Trenčín. Ces deux villes, finlandaise et slovaque, restent largement méconnues en Europe occidentale. Pour ne vexer personne ni effrayer les touristes d’Europe du Sud ou de l’Ouest, ces petits pays (Finlande et Slovaquie : environ 5 millions d’habitants chacun) jouent d’ailleurs volontiers sur cette méconnaissance de contrées lointaines où l’on parle des « langues compliquées ». Les Finlandais et les Slovaques s’en amusent d’ailleurs beaucoup.
Oulu : hockey sur glace et tuning automobile
Ni le froid polaire ni le manque de soleil ne doivent dissuader d’assister au festival d’ouverture d’Oulu. La place du Marché deviendra le cœur battant de cette capitale européenne de la culture. Comme souvent dans les pays nordiques, tous les musées seront ouverts gratuitement et un grand festival culinaire lancera les festivités.
Mais pour surprendre, Oulu a choisi de mettre en avant deux emblèmes très locaux : le hockey sur glace et le tuning automobile ! Le hockey est le sport national finlandais, un art ultra-rapide, spectaculaire, avec casques, crosses et contacts physiques intenses. Peu ou pas pratiqué dans le Sud de l’Europe, il est vénéré dans le Grand Nord. À Oulu, le club professionnel Kärpät (« l’hermine d’Oulu ») domine régulièrement l’élite finlandaise.
Et ce n’est pas tout : les Finlandais n’ont peur de rien, même du bizarre. Le tuning automobile – ces transformations extrêmes de voitures avec carrosseries bodybuildées, pneus énormes, vitres ultra-teintées et systèmes sonores démesurés – est pour eux une véritable façon de vivre, une culture à part entière, juste à côté du reste de l’Europe.
Au programme du festival d’ouverture : concerts, acrobates, soirées techno… La culture finlandaise ne se prend décidément pas au sérieux. Les jardins d’enfants et les écoles participeront aussi aux festivités.
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Derrière cette folie festive, le thème de l’année est beaucoup plus grave : le changement climatique (ou plutôt « Cultural Climate Change » selon le slogan officiel), un sujet particulièrement sensible à 150 km du cercle polaire. L’hiver polaire est vital pour la région : températures de -30 °C en hiver à +30 °C en été, et seulement trois heures de jour au solstice d’hiver. Une véritable horloge climatique qui mêlera art, science et nature pour sensibiliser à l’environnement. La fonte des glaces touche aussi la région d’Oulu. À cela s’ajoutent des initiatives transfrontalières finno-suédoises en matière de tourisme culturel, ainsi qu’une étude sur l’impact à long terme des capitales européennes de la culture dans neuf pays.
Côté gastronomie, un Arctic Food Lab mettra en valeur les produits arctiques, avec une dégustation arctique et un dîner d’une nuit d’été. Et pour finir, le Grand Nord finlandais reste la patrie du Père Noël et des aurores boréales : une comédie musicale y sera présentée en décembre 2026 pour clore l’année en beauté.
Trenčín : la carte de l’absurde
Au cœur de l’Europe centrale, Trenčín porte une histoire millénaire. Déjà mentionnée par le géographe grec Ptolémée vers 150 ap. J.-C. sous le nom latin de Trencinium, la ville a vu défiler royaumes, empires et occupations successives. Sa vieille ville sera le centre névralgique de cette capitale culturelle slovaque. Le thème de l’année ? « Awakening Curiosity » (ou « Éveiller la curiosité »), un slogan qui invite à ouvrir de nouvelles perspectives.
Comme souvent en Slovaquie – pays indépendant depuis seulement 33 ans –, le passé occupe une place centrale. Jana Gombíková, photographe originaire de Trenčín formée à Bratislava, présentera son exposition au titre grinçant : Le plus difficile est de prédire le passé.
Même tonalité avec la pièce de théâtre de la troupe Na Peróne : Un triste message d’un pays triste, un spectacle de l’absurde qui explore les motivations de l’exil, du départ et du possible retour (physique ou intérieur). La Slovaquie, comme une grande partie de l’Europe centrale, est un pays d’émigration. Une quête d’espoir, de sens, et peut-être d’un Dieu qui semble parfois absent (la Slovaquie reste très catholique, à l’image de la Pologne ou de la Lituanie). Une atmosphère qui évoque Beckett, Camus… et bien sûr le voisin Kafka, dans toute sa noirceur poétique.