Imported Article – 2026-01-21 04:41:15






Marine Le Pen en cour d’appel

L’interrogatoire de la cheffe de file de l’extrême droite, qui a démarré mardi devant la cour d’appel de Paris, est le premier temps fort de ce procès. L’ancienne candidate à la présidentielle joue son avenir politique.

Dès l’ouverture d’audience, à 9 heures, mardi 20 janvier 2026, Marine Le Pen apparaît concentrée. Assise au premier rang, à quelques mètres de Michèle Agi, la présidente de la cour d’appel, la cheffe de file de l’extrême droite prend des notes tout au long de l’interrogatoire du député Rassemblement national Julien Odoul, échangeant à plusieurs reprises avec Rodolphe Bosselut, son conseil historique.

Puis, à 13h30, son tour arrive enfin. La patronne du groupe RN à l’Assemblée, condamnée en première instance à quatre ans d’emprisonnement et cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire pour détournement de fonds publics européens, s’avance face à la cour, sous les ors du palais de justice de Paris. Le moment a quelque chose de solennel : la triple candidate à l’élection présidentielle joue sa survie politique, sous le regard de plusieurs dizaines de journalistes, français et internationaux. Le public, qui a attendu de longues heures dehors, est aussi présent en nombre.

Une défense nuancée

La présidente reprend d’abord le propos liminaire de Marine Le Pen à l’ouverture de l’audience, le 13 janvier, qui a pu apparaître comme une inflexion de sa ligne de défense. « Si un délit a été commis – et tout le monde semble dire qu’un délit a été commis – je veux bien l’entendre », a déclaré la députée du Pas-de-Calais. Plutôt qu’une dénégation en bloc des faits, Marine Le Pen a ainsi assuré ne pas avoir eu l’intention de commettre ce qui lui est reproché.

Mais les fondamentaux du premier procès sont toujours là. Dès qu’elle prend la parole, mardi, la leader de l’extrême droite incrimine le Parlement européen, qui « n’a jamais reproché [au RN] le travail de [ses] assistants parlementaires. Il était au courant de la mutualisation des assistants pendant dix ans », tranche-t-elle. À ses yeux, « la situation ne posait pas de problème ».

Refus d’un système accusé

Comme en première instance, la cheffe de file de l’extrême droite réfute avec force l’existence d’un « système », terme qui la « gêne parce qu’on a le sentiment d’une manipulation ». Le même mot est employé par l’accusation pour décrire comment, à ses yeux, le Front national (ancien nom du RN) a détourné, entre 2004 et 2016, des enveloppes mensuelles de 21.000 euros versées par l’Union européenne à chaque député pour rémunérer des assistants parlementaires, et ce afin de soulager les finances du parti.

Marine Le Pen concède toutefois l’existence d’« assistants mutualisés », c’est-à-dire « qui étaient embauchés par un député et qui travaillaient pour plusieurs députés ». Mais elle tient aussitôt à faire la distinction entre « une succession de cas très différents les uns des autres » qui se sont étalés sur douze ans. « Le fonctionnement n’était peut-être pas idéal, mais tous ces gens travaillaient », insiste-t-elle d’une voix claire et posée.

« La masse salariale du Front national n’a cessé d’augmenter, en 2014, 2015, 2016. Si vraiment il y avait eu une volonté d’alléger le FN, ça se verrait de partout. Or ça ne se voit absolument nulle part. »

Marine Le Pen, cheffe des députés RN à l’Assemblée

au cours de son premier interrogatoire à son procès en appel

Tensions croissantes

Son ton se fait plus tranchant lorsque la présidente évoque le cas de Thierry Léger, son ancien garde du corps, qui bénéficiait également d’un contrat d’assistant parlementaire auprès de l’ex-eurodéputé Fernand Le Rachinel. « Le Parlement européen était informé qu’il était agent de sécurité et, au bout de vingt-cinq ans, ça a semblé poser problème », déplore-t-elle avec une pointe d’ironie.

Combative, précise dans ses réponses, Marine Le Pen s’emporte toutefois lorsque Michèle Agi revient sur une réunion à Strasbourg en mai 2014, quelques jours après la percée spectaculaire du FN aux élections européennes : 24 eurodéputés venaient d’être élus. « Vous auriez, au cours de cette réunion, déclaré que chaque député bénéficierait de l’aide d’un assistant parlementaire et que le reste de leur enveloppe bénéficierait au parti », rapporte la présidente. « C’est faux ! », rétorque Marine Le Pen, qui conteste ces déclarations « de la manière la plus formelle ». Elle affirme avoir simplement demandé aux eurodéputés FN tout juste élus de privilégier les CV d’assistants parlementaires du parti, « parce que ce sont des militants et qu’ils ont été élus grâce à ce travail militant ».

La présidente de la cour d’appel procède dans la foulée à la lecture du fameux mail ulcéré de l’ancien eurodéputé FN Jean-Luc Schaffhauser envoyé à celui qui était alors trésorier du parti, Wallerand de Saint-Just. « Ce que Marine nous demande équivaut qu’on signe pour des emplois fictifs (…) On va se faire allumer, car on regardera, c’est sûr, nos utilisations à la loupe avec un groupe si important », écrivait l’élu. Réponse laconique de Wallerand de Saint-Just : « Je crois bien que Marine sait tout ça. »

« J’ai découvert ces mails dont je n’étais pas destinataire », se défend Marine Le Pen à la barre. « Ce qui est sûr, c’est que si j’avais reçu un mail comme celui-là, je n’aurais pas répondu avec la désinvolture de Wallerand Saint-Just. Il sait bien que, jamais de la vie, je ne demanderais à un député de prendre des assistants pour travailler pour le Front national », martèle la députée.

L’interrogatoire se tend encore, en fin d’après-midi, lorsque la présidente accroche l’accusée, pendant une bonne demi-heure, sur le cas de Julien Odoul, assistant parlementaire de l’eurodéputée Mylène Troszczynski entre 2014 et 2015. « Il pouvait être conseiller spécial à mon cabinet et assistant parlementaire de madame Troszczynski », avance la leader du RN. « Si vous voulez me faire dire que Julien Odoul travaillait huit heures par jour à mon cabinet, la réponse est non », s’agace-t-elle ensuite. La présidente ne cache pas son scepticisme. Le premier acte s’est interrompu peu après 18 heures. L’interrogatoire de Marine Le Pen doit reprendre mercredi.



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