Mitra Hejazipour, la joueuse déchecs qui défie les mollahs : Le peuple iranien crie à laide






Interview avec Mitra Hejazipour

Tous les jours, une personnalité s’invite dans le monde d’Élodie Suigo. Lundi 26 janvier 2026, la joueuse d’échecs franco-iranienne, Mitra Hejazipour, publie son livre La joueuse d’échecs, aux éditions Albin Michel.

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Mitra Hejazipour, en septembre 2023, à Paris. (JOEL SAGET / AFP)
Mitra Hejazipour, en septembre 2023, à Paris. (JOEL SAGET / AFP)

Mitra Hejazipour est une joueuse d’échecs franco-iranienne, vice-championne du monde des moins de dix ans, championne d’Iran à 19 ans et championne d’Asie à 23 ans. Elle détient le titre de grand-maître international féminin et, depuis 2021, a obtenu l’autorisation de concourir au profit de la France. Le 21 janvier 2026, elle a publié La joueuse d’échecs aux éditions Albin Michel. Le point de départ, abordé dès les premières pages, est le championnat du monde d’échecs auquel elle a participé en 2019 à Moscou. C’est lors de cette compétition qu’elle a pris la décision de retirer son hijab, défiant les autorités iraniennes, ce qui lui a valu de nombreuses menaces de mort, mais elle était déterminée à marquer son opposition à la République islamique.

Ce geste a bouleversé sa vie, ainsi que celle de ses proches, l’obligeant à choisir une terre d’accueil. Il a également inspiré de nombreuses jeunes femmes, tout en attisant la haine à son encontre.

Récit d’un moment décisif

franceinfo : Pouvez-vous nous raconter ce moment ?

Mitra Hejazipour : Oui, en 2019, j’ai trouvé le courage pour faire ce geste. Mais avec le temps et le recul, j’ai l’impression que je n’ai pas fait un geste si courageux d’un coup. Pendant des années, quand j’étais en Iran, c’était quelque chose qui était en train de m’étouffer. Un petit poids dans votre esprit qui devient un fardeau très lourd sur vos épaules.

« J’avais l’impression que j’avais ce fardeau lourd sur mes épaules et finalement, j’ai décidé de m’en débarrasser. »

Mitra Hejazipour

Le concept de liberté

Vous parlez de germes de liberté, vous dites que vous avez eu besoin de féconder et de cultiver les germes de liberté. Que signifiait, à ce moment-là, le mot liberté pour vous ?

À l’époque, ça représentait, être moi-même, m’exprimer comme je veux, ne pas être dans ce cadre de religion, ne pas suivre les règles misogynes islamiques. C’était ce détachement de toutes ces règles islamiques qui étaient autour de moi pendant toute ma vie, qui m’arrachaient tout le temps. Pour moi, c’était ça la liberté.

Un geste fort relayé mondialement

Ce geste a été très fort, il a été relayé dans le monde entier. Je voudrais que vous me racontiez ce qui s’est passé après.

Quand j’ai fixé la caméra et que j’ai remarqué qu’on m’a pris en photo, j’étais tellement contente, je me sentais un peu légère. Je vous rassure que ce n’était pas une décision facile parce que j’ai perdu beaucoup de choses en Iran. J’ai construit toute ma vie, j’avais une carrière, j’étais très connue, j’avais tout ce dont j’avais besoin, sauf la liberté. Après, quand ça a tourné dans les médias, quand j’ai vu que finalement mon message était passé, c’était un soulagement.

Vous citez un adage iranien qui dit que le ciel a partout la même couleur, mais pour vous, le ciel de Paris est le plus beau et le plus éclatant de tous, car la France vous a ouvert les bras.

C’est une expression iranienne, ça veut dire qu’à Paris, j’ai été bien accueillie, j’ai construit une vie, je mène une vie que je veux finalement. C’est pour ça que je trouve que le ciel de Paris est plus beau qu’ailleurs, mais ça dépend de votre expérience et de ce que vous vivez.

Regards sur la situation actuelle en Iran

Le 28 décembre 2025, les protestations contre le coût de la vie ont éclaté en Iran avant que le mouvement ne prenne une ampleur majeure le 8 janvier 2026, défiant ouvertement la République islamique. Le gouvernement a alors engagé une répression violente qui, selon les derniers chiffres de l’ONG Iran Human Rights, a fait au moins 3.400 morts, mais d’autres estimations font état de plus de 5.000 décès. Comment vivez-vous cette impuissance depuis la France ?

C’est très dur de vivre ça en France parce que je suis très loin et je ne peux pas faire grand-chose. J’essaye de relayer l’information et d’être active sur les réseaux sociaux. Nous avons besoin d’une action immédiate de la part des forces étrangères. À chaque fois, j’entends en France que des interventions militaires de la part des forces étrangères ne marchent pas, on a vu ça en Irak, en Syrie, mais l’Iran, c’est différent, parce que cette volonté de changer de régime, cette volonté de changement, ça vient de l’Iran. « Le peuple iranien demande de l’aide pour se débarrasser de ce régime. »

« Le peuple iranien manifeste avec des mains vides contre des mitraillettes, c’est bouleversant. »

Mitra Hejazipour

Lorsque ce régime tombera, je pense que tous les problèmes au Moyen-Orient et dans le monde entier seront éliminés. On voit bien que ceux qui défendent ce régime sont partout. Toutes les conditions pour la chute de ce régime sont réunies avec la chute de Maduro, ainsi que le Hamas et le Hezbollah qui sont éliminés. Il ne reste que la tête de ce serpent.

La signification de la liberté aujourd’hui

Est-ce qu’aujourd’hui, le mot liberté a changé de sens ou non ?

Non, j’ai l’impression que ça n’a pas changé de sens. Une fois que j’ai acquis cette liberté, j’ai trouvé un nouvel objectif, mais le sens n’a pas changé.



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