REPORTAGE. JO dhiver 2026 : à la découverte de la Stelvio, descente mythique et défi éternel






Bormio et la piste du Stelvio pour les JO 2026

Depuis l’époque romaine, Bormio est réputée pour ses eaux thermales. Mais au milieu du XXe siècle, cette commune d’à peine 4 000 habitants, nichée au cœur des Alpes italiennes, à quelques encablures de la Suisse, s’est fait connaître dans le monde entier pour un autre atout géographique beaucoup moins relaxant : le Stelvio. Un nom qui renvoie d’abord au deuxième col routier le plus haut d’Europe (après l’Iseran en France), devenu un haut lieu du cyclisme italien depuis plus de soixante-dix ans, mais aussi à la mythique piste de ski de la station, temple de la vitesse et théâtre des épreuves masculines de ski alpin lors des JO 2026.

« La Stelvio, c’est une classique de la Coupe du monde de ski. Faire les JO ici, c’est un peu comme courir les Mondiaux de cyclisme sur les pavés de Roubaix », explique Luc Alphand, vainqueur de deux descentes sur la piste en 1995 et 1997. « C’est un challenge monstrueux. C’est génial, ça va rendre l’enjeu olympique encore plus beau, parce que Bormio, c’est une descente magnifique. Qu’elle soit présente aux JO, ça ajoute quelque chose », abonde Fred Perrin, directeur de l’équipe de France masculine de ski alpin. Mais alors, à quoi ressemble cette piste mythique, qui fascine le cirque blanc depuis sa création en 1982 sur la montagne Vallecetta ?

Quand on arrive à Bormio, la réponse tombe vite sous le sens en voyant ce long toboggan blanc, borduré de filets rouges, dévaler la montagne sans s’encombrer de virages, pour se jeter dans la ville. Entre son départ à 2 225 m d’altitude et son arrivée à 1 245 m, la Stelvio (qui tire son nom de la commune de Prato allo Stelvio, sur l’autre versant du col routier) affiche un dénivelé de 1 023 mètres pour les descendeurs sur 3 442 mètres de long, avec une pente moyenne à 30,9 % et des passages à 63 %. Un profil qui a permis à la Stelvio de devenir un temple de la descente et du super-G depuis plus de trente ans. « C’est la piste la plus dure de l’année avec Kitzbühel », pose ainsi Luc Alphand.

La piste du Stelvio à Bormio, théâtre des épreuves de ski alpin masculin lors des JO 2026 de Milan Cortina. (AFP)
La piste du Stelvio à Bormio, théâtre des épreuves de ski alpin masculin lors des JO 2026 de Milan Cortina. (AFP)

« Ce qui est dur, ici, c’est la continuité de l’effort. Dès le départ, tu es dans la pente, avec aucun moment pour souffler jusqu’à l’arrivée. Bormio, c’est deux minutes de combat, » résume Alphand. « On est toujours en mouvement, toujours en prise, avec de la vitesse, des gros sauts. Elle a des dévers, et elle est longue. C’est une piste très complète qui donne de belles épreuves », résume de son côté David Chastan, directeur du ski alpin à la Fédération française de ski (FFS).

« Ceux qui ont gagné à Bormio diront qu’elle est plus dure que Kitzbühel, et inversement. Physiquement, elle est plus dure que Kitzbühel parce qu’elle est plus longue et sans plat. »

David Chastan, directeur du ski alpin à la FFS

à franceinfo: sport

« Le départ est direct, on est happé par la pente et en l’air après cinq secondes, puis on accélère très vite à plus de 150 km/h. Et jusqu’en bas c’est raide et ça secoue, » ajoute le Français Maxence Muzaton. « C’est une piste qui cogne fort, avec beaucoup de virages et de compressions sur une neige qui tape. Et les amortisseurs, ce sont nos genoux, donc ça nous condense un peu plus en lactique. Ça demande un engagement et une volonté très élevées », complète Nils Allègre, qui voit toutefois un avantage à ce profil vertigineux : « Tu n’as pas le temps de cogiter, de repenser à ce que tu viens de bien ou mal faire. Si tu as la tête ailleurs, la Stelvio te rappelle vite à l’ordre. »

De fait, la Stelvio est aussi une piste qui fait parfois parler pour sa sécurité, comme après le grave accident du Français Cyprien Sarrazin en décembre 2024. Nils Allègre avait alors estimé, à chaud, que la station ne méritait pas d’accueillir les JO. « À mon époque, ils faisaient le concours entre Kitzbühel et Bormio pour faire la piste la plus difficile possible, qui secoue le plus. Ils damaient moins bien certaines parties par exemple, » se souvient Luc Alphand. Une époque révolue. « La piste est bien préparée, c’est une belle descente pour les Jeux, » a ainsi souri Allègre, après le deuxième entraînement.

D’autant plus que les JO ont lieu en février, et non fin décembre, date à laquelle la Coupe du monde pose habituellement ses valises à Bormio. « En décembre, à Bormio, on est souvent limite de chez limite (au niveau du manteau neigeux). Tout le profil de la piste ressort énormément, ce qui complique la course. Là, les profils sont moins marqués. La piste reste la même mais elle est bien plus accueillante, » résume Fred Perrin.

« Par rapport à décembre, l’horaire de course fait qu’on aura beaucoup plus de luminosité. Et comme on est plus tard dans l’hiver, et que ce sont les JO, il y a eu une grosse production de neige artificielle. »

Fred Perrin, directeur de l’équipe de France masculine

à franceinfo: sport

Si jouer une médaille olympique sur un tel mythe du ski alpin en ravit plus d’un, ce n’est toutefois pas forcément le cas des Tricolores. « Faire une piste qu’on connaît, c’est un peu moins magique pour les JO. Même si la période fait qu’on la voit sous une autre facette qu’en décembre, avec plus de lumière et moins de glace, » estime ainsi Nils Alphand. « Ce que j’aime bien sur ces Jeux, c’est aussi le fait d’être sur une piste qui loge tout le monde à la même enseigne, où tout le monde débarque pour la première fois, » estime Maxence Muzaton.

« Comme c’est une étape reine de la Coupe du monde, les mecs qui se sont déjà imposés ici, qui ont déjà fait des podiums, ont certaines clés. Même s’il y a des modifications sur la lumière, sur le traçage, sur les conditions de neige. »

Nils Allègre, descendeur français

à franceinfo: sport

Les descendeurs français sont toutefois heureux de revenir jouer une médaille olympique sur le sol européen, vingt ans après les derniers Jeux d’hiver dans les Alpes. « Faire des JO pas loin de nos familles qui seront là, sans décalage horaire, c’est un plaisir, ça change beaucoup de choses par rapport à des Jeux à l’autre bout du monde, » apprécie Kévin Page, responsable du groupe technique (slalom géant et slalom) de
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