Dans le Gers, une tradition perdure : celle des bouilleurs de cru ambulant. Actuellement, ils ne sont plus que quatre dans le département à se déplacer avec leur alambic chez les vignerons. Ce savoir-faire, transmis au fil des générations, témoigne d’un lien profond avec la terre et les producteurs locaux.
Une Héritage Familial
Sur les routes du Gers, un attelage qui ne passe pas inaperçu se profile. Cet alambic centenaire, tiré par un tracteur, appartient à Marc Saint-Martin, qui le tient de son arrière-grand-père. Dans sa famille, on est bouilleur de cru ambulant depuis quatre générations, et cela continue de l’amuser de faire son petit effet. Depuis le mois d’octobre, il parcourt d’une exploitation viticole à une autre pour distiller la spécialité régionale, l’Armagnac. Cette période est attendue avec impatience par les viticulteurs, car pour eux, chaque distillation représente un moment fort de leur saison.
« C’est le travail de toute une année à faire à son vin et le distiller. Pour nous, c’est l’or blanc, donc ça représente beaucoup », estime Jérémy Carré Grabulosa, producteur d’Armagnac.
Le Processus de Distillation
Pour débuter, il faut chauffer l’alambic pendant près de quatre heures. Ce temps est également utilisé pour accueillir une classe de collégiens intéressés par ce métier traditionnel. Marc Saint-Martin partage son plaisir en disant : « Je suis content parce que ça suscite encore un intérêt et que parmi ces jeunes, il y aura un futur distillateur ». Cette transmission de connaissances est essentielle pour la pérennité de la tradition.
Le moment tant attendu arrive lorsque vient l’heure de remplir les cuves de vin blanc. Pour illustrer le processus, cinq litres de vin distillé donneront un litre d’eau de vie à 56 degrés. Ce liquide, transparent à la sortie de l’alambic, devra ensuite vieillir en fût de chêne pour développer toute sa richesse aromatique.
En plus de son rôle de distillateur, Marc Saint-Martin est lui-même producteur d’Armagnac. Toutefois, lorsqu’il distille, il agit en tant que partenaire de ses collègues viticulteurs, et non comme un concurrent. Les retrouvailles sont également au rendez-vous puisque des amis et collègues viennent pour partager ce moment de convivialité autour de l’alambic.
Un Partage Culturo-Émotionnel
Les repas qui suivent les journées de distillation se terminent souvent par le « brûlot », une boisson mêlant eau-de-vie et sucre, souvent servie dans de petites tasses. Pendant trois jours, l’alambic fonctionne en continu, et il faudra se relayer pour maintenir la flamme vive, garantissant ainsi que cette tradition ancestrale ne s’éteigne pas.
En résumé, les bouilleurs de cru ambulant du Gers incarnent un patrimoine vivant, une transmission intergénérationnelle qui unit les hommes et les femmes à leur terre et à leurs traditions. Chaque distillation est une célébration de ce savoir-faire et de la culture locale, préservée avec fierté par ces artisans passionnés.