Une résistance musicale : Bad Bunny, la superstar portoricaine qui embrasera le Super Bowl, fait






Bad Bunny au Super Bowl : Une Controverse Musicale et Politique

La bête noire de Donald Trump n’est autre qu’un « méchant lapin ». La superstar du reggaeton Bad Bunny assurera, dimanche 8 février, le prestigieux concert de la mi-temps du Super Bowl. La présence de l’artiste portoricain, qui vient de rafler trois Grammy Awards – dont celui de l’album de l’année, le prix le plus prestigieux – et cinq Latin Grammy, à cet événement annuel qui rassemble des dizaines de millions de téléspectateurs autour du globe, fait bondir le président américain et ses partisans.

« La NFL ne comprend donc rien à rien ? », a tempêté sur X un conseiller de la Maison Blanche, en septembre, à l’annonce du choix de la ligue nationale de football américain (NFL). Dans une interview à la chaîne Newsmax en octobre, Donald Trump a lui fait mine de n’avoir « jamais entendu parler » de l’artiste le plus streamé dans le monde en 2025 (comme en 2020, en 2021 et 2022) et a jugé cette décision « absolument ridicule ». Fin janvier, le président a réaffirmé au New York Post qu’il s’agissait d’un « terrible choix », et qu’il ne se rendrait pas à Santa Clara, en Californie, pour assister à l’événement, prétextant que « c’est trop loin ». Ces derniers mois, le chanteur de 31 ans est devenu la cible répétée de figures du mouvement Maga. Mais pourquoi s’attaquer à une star aussi populaire ?

Certaines personnalités conservatrices, comme l’ancienne élue républicaine Marjorie Taylor Greene sur X, qualifient les performances scéniques de Bad Bunny de « démoniaques » et de « perverses », s’indignant de le voir brouiller les frontières entre les genres à travers son style vestimentaire et fustigeant son engagement pour les droits des personnes LGBT. Pour les trumpistes, le Portoricain, de son vrai nom Benito Antonio Martínez Ocasio, est l’archétype de l’artiste « woke » qu’ils exècrent.

Ce qui les hérisse par-dessus tout est plus surprenant. Bad Bunny « n’a aucune chanson en anglais », s’est étranglé sur X le youtubeur conservateur Benny Johnson. La galaxie Maga voit dans son répertoire 100% hispanophone un affront aux États-Unis. L’attachement du Portoricain à sa langue natale est un « combat politique » et revêt une forme de « radicalité », analyse Camille Diao, productrice de l’émission musicale « Tapage » sur France Inter. « Ce choix l’oppose aux artistes hispanophones des générations précédentes, expose la journaliste. Une chanteuse comme Shakira avait deux carrières : une discographie en espagnol et des morceaux traduits en anglais pour fonctionner à l’international. »

« Pour Bad Bunny, c’est une forme de résistance musicale, alors que pendant des années, les États-Unis ont tenté d’imposer l’anglais aux Portoricains », complète le chercheur Albert Laguna, auteur d’un cours à l’université de Yale sur « l’esthétique et la politique » chez le chanteur.

Son passage dans l’émission américaine satirique « Saturday Night Live », en octobre, a ravivé les critiques. « Je suis impatient de faire le Super Bowl », a-t-il lancé, y voyant « une victoire » pour la communauté latino aux États-Unis. « Notre empreinte et notre contribution dans ce pays, personne ne pourra nous l’enlever ni l’effacer », a-t-il poursuivi en espagnol, avant de conclure son propos en anglais : « Si vous n’avez pas compris ce que je dis, vous avez quatre mois pour apprendre », avant le Super Bowl.

« Pour Bad Bunny, c’est une façon de dire : ‘Je vais parler ma langue, mais pour autant je reste un citoyen américain’. C’est une position insupportable pour la galaxie Maga. »

Camille Diao, journaliste

à Franceinfo

Sa musique est aussi un plaidoyer contre l’effacement de la culture portoricaine. Bad Bunny s’est fait connaître avec des hits de trap latino et de reggaeton, « un genre musical très associé à Porto Rico », précise Camille Diao, qui animera dimanche soir sur France Inter une émission spéciale consacrée au chanteur. Son dernier album, DeBÍ TiRAR MÁS FOToS, puise dans des styles musicaux traditionnels de son île, qu’il mixe avec des sonorités modernes et électroniques. « Il passe de la musique jíbara (sorte de country portoricaine) à la plena (née dans des quartiers ouvriers à la fin du XIXe siècle), aux rythmes de la bomba (qui s’est développée au XVIIe siècle dans des plantations où travaillaient des esclaves), sans oublier la salsa », détaille Albert Laguna. « En convoquant tous ces genres, il livre un récit sur l’histoire de Porto Rico », observe le chercheur.

Toute l’esthétique de ce sixième album a été pensée comme un hommage à Porto Rico. Sur sa pochette, « les deux chaises en plastique blanches sont un symbole de l’île, ce sont celles qu’on sort devant chez soi pour traîner la journée, pour discuter avec les voisins », raconte Camille Diao. Bad Bunny s’est aussi associé avec l’historien Jorell Meléndez-Badillo pour travailler les visuels qui accompagnent ses chansons. Sur YouTube, chaque vidéo contient un texte explicatif pour « raconter l’histoire de Porto Rico, qui est trop souvent invisibilisée », ajoute la journaliste.

Ancienne colonie espagnole jusqu’à son annexion par les États-Unis à la fin du XIXe siècle, Porto Rico a le statut particulier d' »État libre associé », sans être un État américain. Les plus de 3 millions d’habitants nés sur l’île sont des citoyens américains, peuvent circuler librement dans le reste des États-Unis, mais n’ont pas le droit de vote à l’élection présidentielle ni au Congrès. « C’est un territoire avec énormément de tourisme. Les terres sont rachetées par des promoteurs américains et les Portoricains sont petit à petit dépossédés de leur île. C’est ça le point de départ de l’engagement de Bad Bunny », explique Camille Diao.

Dans ses textes, il évoque la pauvreté qui touche près d’un habitant sur deux, fustige les conséquences du tourisme de luxe, de l’arrivée massive d’investisseurs étrangers et de la gentrification sur la hausse des prix des logements pour les locaux. « Dans ma vie, tu étais un touriste. Tu n’as vu que le meilleur de moi, pas ma souffrance », chante-t-il sur TURiSTA. En janvier 2025, à la sortie de son album, l’artiste publie un court-métrage documentaire qui explore ces problèmes. Sur LO QUE LE PASÓ A Hawaï (« Ce qui est arrivé à Hawaï »), il se demande si Porto Rico connaîtra le même destin que l’archipel, devenu le 50e État américain en 1959, et redoute que son île ne devienne méconnaissable.

« Ils veulent mon quartier et que grand-mère parte. (…) Je ne veux pas qu’ils vous fassent ce qui est arrivé à Hawaï. »

Bad Bunny

dans « LO QUE LE PASÓ A Hawaï »

Dans le clip de NUEVAYoL, mis en ligne le jour de la fête nationale aux États-Unis, Bad Bunny cible sans détour Donald Trump. À travers un poste de radio, on entend une voix imitant le président américain qui reconnaît avoir « fait une erreur » sur sa politique migratoire : < FONTE

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