Narendra Modi s’apprête à accueillir Emmanuel Macron, en visite officielle pour parler défense et intelligence artificielle. Cependant, le Premier ministre indien gardera un œil sur un sujet sensible : la mobilisation des agriculteurs dans son pays.
Publié le 15/02/2026 à 17:25
Temps de lecture : 4 min
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Emmanuel Macron arrive lundi 16 février en Inde pour une visite officielle de trois jours. Au menu : les questions de défense, avec notamment cette promesse d’achat par l’Inde de 114 Rafale, ainsi que l’intelligence artificielle.
Entre deux visites, et au-delà des sourires et des poignées de mains, son hôte, le Premier ministre indien Narendra Modi, restera attentif à une question qui monte dans le pays : le mécontentement des agriculteurs.
Des milliers de personnes ont ainsi manifesté jeudi 12 février dans tout le pays, pour protester contre l’accord commercial signé avec les États-Unis. Accord dont on n’a pas encore tous les détails mais qui inquiète, les agriculteurs craignant de voir débarquer des produits américains, faiblement taxés voire exemptés de taxes.
Selon l’accord signé avec Washington, une large gamme de produits alimentaires et agricoles en provenance des États-Unis sera soit faiblement taxée, soit exemptée de taxes. En échange, l’Inde bénéficiera d’un abaissement des droits de douane américains sur ses produits : 18 % au lieu de 50 %.
L’exécutif tente de répondre aux craintes exprimées car les agriculteurs représentent un maillon important de la vie indienne et pèsent sur le plan électoral. Le secteur primaire, qui ne contribue qu’à hauteur de 16 % du PIB, emploie plus de 45 % de la main-d’œuvre du pays.
Les produits agricoles « sensibles » sont exclus du champ d’application du traité, a tenu à rassurer le ministre indien du commerce. On parle là des céréales, épices, produits laitiers, volaille, viande, ainsi que de certains fruits et légumes (comme les pommes de terre ou les oranges). Idem pour les cultures OGM, notamment celles de soja. Cependant, ces propos n’ont manifestement pas suffi à apaiser les inquiétudes.
L’accord commercial signé avec les États-Unis n’est pas le seul point de friction. Le gouvernement Modi irrite également le monde rural avec sa réforme d’une loi adoptée par le précédent parti au pouvoir, le Parti du Congrès. Cette loi porte le nom de Mahatma Gandhi (MGNREGA, Mahatma Gandhi National Rural Employment Guarantee Act).
Elle permettait à tout adulte vivant à la campagne d’avoir le droit à 100 jours de travail par an, payé au salaire minimum légal (et pris en charge par le gouvernement central). Ce dispositif bénéficiait surtout aux femmes et aux plus démunis (les Dalits, les intouchables et les Adivasi, populations autochtones).
Or, le gouvernement a tout récemment détricoté ce programme. Le principe reste le même mais l’exécutif peut désormais définir les zones où ce dispositif s’applique, ce qui contrevient à l’universalité du système. Et il transfère aux États une partie de la charge financière, ce qui met en péril l’existence même du programme.
« Les États n’ont pas été véritablement consultés, et donc il y a beaucoup de protestations qui émanent en particulier évidemment des États clés régis par l’opposition, au Bengale, au Kerala et au Tamil Nadu », analyse Jean-Luc Racine, directeur de recherche émérite au CNRS.
Et l’émoi suscité dépasse le seul cadre de l’Inde. Dans une lettre ouverte adressée à Narendra Modi, des économistes de renom — le Français Thomas Piketty ou encore le Nobel d’économie Joseph Stiglitz — parlent d’« erreur historique » et réclament le retour à la précédente législation.
Nul doute que le Premier ministre indien sera attentif à cette grogne des agriculteurs, lui qui connaît bien leur capacité à se mobiliser. En 2021, Narendra Modi avait dû reculer et renoncer à une réforme du secteur, après un an de protestations.