Milan est en ébullition cette saison alors que Maria Grazia Chiuri, qui a fait les beaux jours de Dior cette dernière décennie, présentait mercredi sa première collection pour la maison des sœurs Fendi, où tout a commencé pour elle. Notre verdict.
Les débuts de Maria Grazia Chiuri chez Fendi
« Rendre à Fendi ce que Fendi m’a appris » pourrait être le mantra de Maria Grazia Chiuri, qui dévoilait ce mercredi à Milan sa première collection pour la maison dans le giron de LVMH, devant Bernard Arnault, qui honore rarement la Fashion Week italienne de sa présence, ainsi que Pietro Beccari, le PDG de Fashion Group, et Ramon Ros, le PDG de la marque.
La Romaine, qui a commencé sa carrière auprès des cinq sœurs Fendi – et d’Anna en particulier – au département des accessoires dans les années 1990, s’est littéralement inspirée de ces femmes hors du commun, d’une élégance innée, entrepreneuses, créatives et audacieuses, qui passaient des ateliers aux mondanités sans rentrer se changer, ni « glam team » à leur service.
Les influences de la collection
Douée pour les punchlines, Maria Grazia Chiuri a déclaré quelques minutes avant le show : « Je veux montrer des vêtements que les gens portent vraiment » et « la mode n’est pas un divertissement. La mode est un travail ». Quel designer star a reçu la balle perdue ? Qu’importe, elle assume sa posture de directrice artistique pragmatique, au service d’une marque à plusieurs milliards d’euros de chiffre d’affaires et aux ambitions affirmées.

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Un héritage de créativité
De ses dix ans chez Dior, elle a laissé un héritage tangible : des sacs best-sellers comme le Book Tote, un message féministe porté par différentes artistes, et une garde-robe réelle qui avait touché un large public. Plus qu’une formule, c’est une profession de foi qu’elle applique désormais à Fendi, en pleine réorganisation depuis son arrivée en octobre dernier. La maison peut déjà se targuer d’une collection ultra-riche de vêtements et d’accessoires calibrés pour le retail.
Maria Grazia Chiuri parvient à incarner l’esprit Fendi à travers une femme – et non pas un fantasme de femme – qui peut s’habiller en tailleur-pantalon à jambe large associée à des boots masculines, mixer une veste boxy aux manches tombant sur le poignet avec une jupe fluide, ou enfiler une robe d’esprit flapper en mousseline brodée d’éclats de métal.
Les clientes les plus « fashion » trouveront des bermudas cargos, des canadian tuxedos (ce fameux total look en jean décliné ici pour elle et lui), ou encore un tee-shirt col V sérigraphié d’un grand NO créé par la jeune artiste Sagg Napoli en clin d’œil au slogan de Chimamanda Ngozi Adichie « We should all be all feminists », imprimé sur un top de sa première collection Dior à l’été 2017. C’est dans une sensualité nouvelle, grâce à des pièces délicates, qu’elle surprend et entraîne une nouvelle audience avec elle.

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Le retour de la fourrure
Cette douceur et cette sensorialité viennent évidemment de la fourrure, indissociable de l’histoire de la marque. « Dans les années 1960, la fourrure était très classique et un symbole de pouvoir économique. Avec les sœurs Fendi, elle est devenue complètement autre chose », dit-elle. « Elles ont révolutionné la construction, développé des techniques incroyables et fait preuve de tant de créativité pour ne rien jeter de ce matériau si précieux ».
À peine six ans après la disparition de Karl Lagerfeld, qui a dessiné les collections de la maison de 1965 jusqu’à sa mort, la fourrure fait son retour, en partie réhabilitée par la jeunesse, surtout lorsqu’elle est vintage. Chez Fendi, les ateliers ont toujours pratiqué la « remise au modèle », c’est-à-dire partir d’une pièce en fourrure ancienne pour en recréer une nouvelle plus contemporaine, donnant vie à des manteaux et des vestes aux motifs modernistes ou d’esprit funky qui défilent sur le podium. C’est un aspect que les activistes antifourrure pourraient ignorer.