Julien Compan est candidat sur une liste à Massy en Essonne dans le cadre des élections municipales des 15 et 22 mars prochains. Il partage les difficultés de faire campagne en étant en situation de handicap.
Élections municipales 2026
L’allée de Narbonne s’agite alors que le marché de Massy bat son plein. Avec son écharpe jaune, Julien Compan échange des signes avec les habitants. Il distribue des tracts pour la liste « Massy pour Vous », menée par le maire sortant (UDI) de la commune, Nicolas Samsoen, dans laquelle il est candidat.
Sa « singularité« , comme il l’appelle, est qu’il est sourd depuis la naissance. Il s’exprime donc en langue des signes française (LSF) pour converser avec les passants, accompagné d’une interprète. « Une situation exceptionnelle qui ne reflète pas la réalité« , nous dit-il. « Le but, c’est de casser la barrière de la langue qui peut exister avec les personnes non-signantes, autrement dit, qui ne maîtrisent pas la langue des signes. Car c’est la seule difficulté que j’aie« , explique celui qui habite Massy depuis 2013.
Cette barrière de la langue s’avère également présente dans les premiers échanges. « Avoir un interprète à temps plein demanderait des financements en plus. Nous n’avons pas le budget« , indique-t-il.
« Je n’ai pas d’interprète tout le temps, mais pour certains événements de campagne, comme celui de ce matin, c’est le cas. J’aimerais que cela soit plus fréquent, mais cela coûte de l’argent. Cela peut aller jusqu’à 1.000 euros pour deux heures« , note-t-il. Le système n’est pas encore adapté. Si c’était le cas, je pourrais faire davantage d’événements de campagne. Il n’y a pas de moyens prévus réellement pour les élus et les candidats en situation de handicap. Il faudrait plus d’argent pour permettre une accessibilité universelle« , ajoute-t-il.
Un appel similaire est lancé par l’Observatoire du Validisme en Politique, qui note dans une tribune publiée en juillet dernier que les personnes en situation de handicap ne représentent que 0,02 % des élus en France. « Je parle en tant que personne sourde, mais je sais que de nombreuses personnes candidates ou élues en situation de handicap souffrent du manque d’accessibilité. Pas assez de rampes quand vous êtes en fauteuil ou d’inscriptions en braille pour les personnes aveugles« , souligne-t-il.
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Julien Compan s’exprime en langue des signes française (LSF).
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© ICI Paris Île-de-France/Tom Rousset
Quand il n’a pas d’interprète et qu’il est en campagne, il indique qu’il est obligé de « bricoler. Je me débrouille en faisant du mime et en m’aidant de mon portable. Je fais avec les moyens du bord« , confie-t-il. Pour lui, « le plus important reste le premier contact. Rester positif et avoir le sourire permet de nouer le contact avec les gens, même quand ils ne s’expriment pas en langue des signes« .
Fabrice, régisseur du marché, s’approche de Julien Compan et déclare : « Son parcours est inspirant, il devrait y avoir plus de personnes handicapées qui puissent se présenter. »
À propos du handicap, il appelle à ne pas faire preuve de « tokenisme« . « Cela signifie qu’il ne faut pas considérer que les personnes en situation de handicap sont en poste pour une symbolique, mais bien pour leurs compétences. C’est important pour moi et il faut que ce soit plus répandu dans le champ politique. »
Julien Compan explique ne pas avoir souffert de discriminations depuis le début de son engagement en politique. « C’est plus vecteur de curiosité qu’autre chose. La discrimination, c’était surtout les moqueries quand j’étais enfant, mais depuis, je tente de projeter une image positive et les gens sont réceptifs. »
Lors des dernières élections municipales, seules 7 personnes sourdes faisaient partie d’une liste élue en France. « Nous sommes plus que cinq car deux ont abandonné faute de budget et de pouvoir s’exprimer« , précise-t-il. Une mère d’un jeune homme sourd interpelle le candidat sur le marché : « Vous savez, je suis désespérée, mon fils ne trouve pas de travail. Avez-vous des solutions pour lui ?«
« Pour moi, c’est important que les personnes sourdes soient représentées dans l’espace public« , déclare-t-il. À chaque conversation avec un passant, l’interprète reproduit vocalement les signes que Julien Compan exprime avec les mains. Ses gestes, sur le marché, attirent les initiés : « J’ai appris la langue des signes car je suis AESH dans une école où il y a un enfant qui porte des appareillages auditifs« , explique Berthe à Julien Compan. « Mon fils est autiste alors c’est une source d’inspiration de voir qu’une personne en situation de handicap peut mener une campagne et s’engager dans la vie citoyenne« , ajoute-t-elle en se retournant.
À Massy, les autres listes en lice au premier tour sont : Massy Insoumise (LFI) menée par Guilhem Zwart, Massy Verte et Citoyenne (DVG) menée par Aly Djany, Changer d’air (PS) menée par Charles Culioli, « Le camp des travailleurs » (Lutte Ouvrière) menée par Bastien Vayssière et « Pour que Massy respire » (DVG) menée par Hella Kribi-Romdhane.