Vous est-il déjà arrivé de vous dire : « Ce tableau, il serait pas mal chez moi, mais c’est peut-être un peu trop cher pour mon portefeuille » ? Dans « Une idée pour la France », on a trouvé la solution. Plutôt que d’acheter des œuvres d’art, des artothèques vous proposent de les louer.
Une innovation culturelle à Nay
Au cœur du Béarn (Pyrénées-Atlantiques), à une vingtaine de kilomètres de Pau, 3 000 habitants vivent dans la petite commune de Nay, riche d’un monument historique et d’un ancien moulin, la Minautrie. Elle abrite aujourd’hui une artothèque, fonctionnant sur un principe similaire à celui d’une bibliothèque, sauf qu’ici, on emprunte des œuvres d’art.
« L’idée, c’est vraiment de venir fouiller parmi les panneaux, mais aussi parmi tout ce qu’il y a autour de nous. Il y a des sculptures, des gravures, de la photographie. On cherche et, quand on trouve une œuvre qui nous plaît, on peut la louer », explique Mélanie Mindo, chargée de projet culturel à l’artothèque de Nay. Le prix dépend de la valeur de l’œuvre. Pour trois mois, les prix varient de 30 euros à 100 euros.
Les témoignages d’adhérents
L’artothèque compte 150 adhérents, dont une des plus fidèles, Isabelle Crampe, 63 ans. « J’ai découvert ce principe de location d’œuvres ; je trouve cela vraiment formidable parce que ça permet d’avoir une vraie œuvre, originale, chez soi, pour un prix qui reste très raisonnable », confie-t-elle. La jeune retraitée a déjà emprunté une dizaine d’œuvres.
Dans sa maison, elle apprécie l’intimité avec l’objet d’art, rendue possible par ce système. « Le fait de louer, ça permet de passer du temps avec le tableau. On vit avec, on passe devant, on dort devant, on se réveille devant, on fait la cuisine devant, ça change tout », poursuit-elle. Ces dernières années, Isabelle a dû se résoudre à acheter deux tableaux et une sculpture.
Un soutien aux artistes
Pour les artistes, régionaux notamment, c’est une belle opportunité. À Poueyferré, à 15 km de là, Alain-Jacques Lévrier-Moussat, dessine dans son atelier. L’artiste plasticien expose régulièrement dans des galeries et fournit aussi des œuvres à l’artothèque. Cela lui permet de se faire connaître et de nouer une relation particulière avec le public.
« C’est d’une certaine manière un moyen de populariser l’art. Pour moi, l’art a toujours été quelque chose de populaire. Mais c’est un moyen de raccourcir le lien entre celui qui loue l’œuvre et celui qui l’a faite », indique-t-il. Pour entretenir cette proximité, l’artiste plasticien assure une demi-journée de bénévolat chaque semaine à l’artothèque.
Des œuvres exposées dans l’espace public
Ce jour-là, un agent de la municipalité vient pour louer quatre œuvres. Elles seront exposées dans des lieux publics de la ville. « On n’a pas de collection, on n’a pas de réserve. Donc, cela nous permet aussi de montrer des œuvres régulièrement dans différents lieux. C’est vraiment ça le principe de la location », déclare Pierre Lesclauze, responsable des affaires culturelles de la ville de Nay.
Une œuvre réalisée par Alain-Jacques Lévrier-Moussat fait partie de sa sélection. Elle sera accrochée dans un petit palais du XVIe siècle servant de centre culturel. À l’accueil, elle sera visible pendant plusieurs mois, avant, qui sait, de trouver un écrin définitif.