Dans son nouveau film « Les rayons et les ombres », Xavier Giannoli plonge le spectateur dans les années noires de la collaboration. Il montre comment le goût de l’argent et du pouvoir entraîne un homme à soutenir le pire. C’est aussi l’histoire d’une dérive familiale dans laquelle est aspirée une jeune comédienne qui verra sa carrière brisée.
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Peut-on réaliser un film profondément romanesque au milieu de la boue de la collaboration avec l’Allemagne nazie ? C’est le parti pris de Xavier Giannoli, qui nous entraîne dans les traces d’un père et de sa fille. Le père, Jean Luchaire, est un patron de presse qui va soutenir jusqu’au bout la politique de Vichy et de l’occupant allemand. Sa fille, Corinne Luchaire, est une jeune comédienne comparée à l’époque à Greta Garbo, et qui ne tournera plus jamais ensuite.
Ce qui intéresse le réalisateur, c’est « le paradoxe de Jean Luchaire, un humaniste qui va finir par pactiser avec les idées les plus noires de l’extrême droite ». Le cinéaste entend aussi « rendre une certaine dignité à cette femme entraînée dans le train fantôme de l’histoire ».
Xavier Giannoli rend un hommage appuyé aux deux interprètes de ces rôles profondément troublants : Jean Dujardin, « j’ai vu son œil devenir noir pendant le tournage », et Nastya Golubeva, « elle est la grâce, elle est rare, je suis débordé d’émotion quand je parle d’elle, je n’avais jamais vu ça en tant que metteur en scène ».
Au-delà de la force des personnages, le film pose la question de la dérive d’une presse qui, pour survivre, dépend de l’argent de l’occupant allemand et relaie sa propagande la plus extrême. Xavier Giannoli cite le réquisitoire du procureur pendant le procès de Jean Luchaire : « Les mots des salauds arment le bras des imbéciles » et il place au cœur de son film « la responsabilité qu’une certaine presse peut avoir à pactiser, à négocier, à jouer avec les idées les plus dangereuses ». Cela rejoint, pour lui, des interrogations valables aujourd’hui : « C’est un appel à la distance et à l’élévation au-dessus de ce brouillard médiatique qui peut être très toxique et très dangereux. »
Si, dans le film, la réalité historique est scrupuleusement respectée, Xavier Giannoli sait que la forme romanesque pour de tels personnages peut poser question. « On prend un risque énorme en racontant cette histoire. On emmène le spectateur sur un terrain inflammable. » Mais il revendique cette démarche : « J’aime les cinéastes qui ferment le robinet d’eau tiède et du cliché commercial. »
Pour conclure, Giannoli reprend Victor Hugo « blâmer tout, c’est ne comprendre rien » et ajoute « essayer de comprendre, ce n’est pas excuser. »
Les rayons et les ombres de Xavier Giannoli, au cinéma à partir du mercredi 18 mars.