Fanny Taillandier : Quand le cœur se heurte au crime. El título no debe incluir ningún código






Critique de « Sicario Bébé »

« Sicario Bébé » est à la fois un roman du réel, abordant le narcotrafic qui fabrique des tueurs à gages parfois mineurs, et un roman explorant la jeunesse éternelle, ses rêves et ses peurs. Pour l’autrice Fanny Taillandier, il ne s’agit pas de réduire ces adolescents et jeunes adultes à leurs actes, mais par la fiction, de décrire aussi qui ils sont vraiment.


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"Sicario Bébé", le nouveau roman de Fanny Taillandier.
« Sicario Bébé », le nouveau roman de Fanny Taillandier. (RIVAGES)

L’histoire de Sicario Bébé pourrait être un de ces faits divers tragiques qui remplissent les pages des journaux. Deux jeunes hommes engagés par un chef de clan du trafic de drogue pour un contrat : tuer un homme et une femme dont ils ignorent tout.

Fanny Taillandier reconnaît d’ailleurs qu’elle est partie de là, mais en s’intéressant à ce qui s’est passé avant : « On saisit ces jeunes toujours au moment du crime. Ils ont tué, ils sont arrêtés, il y a quelque chose de logique – et en même temps d’assez triste. Je me suis posé une autre question, à savoir où étaient ces gamins avant leur crime. »

L’autrice pense en particulier au cas d’un jeune homme qui avait expliqué à la police avoir « fait ça pour aider financièrement sa mère ». Fanny Taillandier a aussitôt compris que « le cœur se met en travers du crime ». Il n’est pas question pour elle de relativiser, et encore moins d’excuser, les crimes. Elle cherche à comprendre des parcours de vie et des morts de gens « qui sont [ses] compatriotes ».

Voilà donc Blaise, qui apprend que sa copine lycéenne Djen est enceinte. « Il est trop heureux, raconte la romancière, et en même temps il est paniqué. Il se dit, il me faut du fric. Il essaye par des moyens légaux et se heurte à des culs-de-sac partout. » Arrive alors Bobby et sa proposition d’assurer avec lui un contrat, et de partager les 50.000 euros de prime.

D’une certaine manière, il s’agit de prendre l’argent là où il circule dans son quartier : « Cité ou non, il y a beaucoup d’endroits où, pour une jeunesse peu qualifiée, il n’y a pas grand-chose. Les vrais méchants jouent là-dessus. Ils prennent les plus pauvres et les plus précaires pour accomplir les basses besognes. »

Dans le narcotrafic, l’écrivaine voit « la marque du capitalisme le plus effroyable et débridé sans aucune règle et nous, simples individus, nous subissons comme une fatalité. » Sauf que la fiction permet de ne pas juste subir. Ici, le mélange d’intelligence d’une jeune femme et des solidarités locales fortes permettent que les méchants, à la fin, ne gagnent pas. Ainsi, l’enfant à naître pourra être élevé avec un argent qui n’a pas le goût du sang.

Fanny Taillandier : Sicario Bébé est publié chez Rivages.



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