GRAND ENTRETIEN. Eric Toledano et Olivier Nakache explorent leur enfance dans Juste une illusion






Juste une illusion – Interview d’Olivier Nakache et Eric Toledano

Olivier Nakache et Eric Toledano mettent en scène Camille Cottin et Louis Garrel dans une comédie tendre. Juste une illusion, leur nouvelle comédie, nous plonge dans les années 80 à travers les yeux d’un garçon de 13 ans en plein chamboulement adolescent. Cet duo, à qui l’on doit des œuvres emblématiques telles que Intouchables, Nos jours heureux, Samba, et Le sens de la fête, signe ici leur film le plus intime. Drôle et touchant, Juste une illusion arrive dans les salles le 15 avril.

Cartes Orange, téléphone à cadran, album photo, cassettes VHS… Le duo a apporté ces éléments du décor, comme sortis du film, pour nous mettre dans l’ambiance avant de démarrer l’interview sur ce projet très personnel qu’ils ont dédié à leurs pères respectifs, disparus presque au début du tournage.

Ce qui a inspiré le film

Franceinfo Culture : Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce film ?
Eric Toledano : C’est peut-être l’âge, le passage de la cinquantaine… Chaque fois que nous présentons nos films dans les villes où nous avons grandi (Olivier est de Puteaux et moi, je suis de Versailles), cela fait émerger le pays de notre enfance. Je crois qu’il y a eu un petit déclic. À l’arrivée de la cinquantaine, toutes ces choses sont remontées encore plus fortement. C’est à ce moment-là que nous nous sommes dit qu’il serait marrant de raconter un personnage qui serait un mix de nous deux.

Eric Toledano : Depuis toujours, nous partageons dans nos films ce que nous vivons, ce que nous ressentons, les expériences que nous avons vécues ensemble. Le sens de la fête s’inspire des boulots que nous avons faits ensemble. Nous nous sommes rencontrés en colo, ce qui a donné Nos jours heureux. Cette fois, c’est la première fois que nous partageons quelque chose que nous avons vécu séparément : l’enfance et l’adolescence. Bien que nous n’ayons pas grandi ensemble, nous avons eu envie de raconter comment nous voyions les choses à l’époque, comment nous percevions le monde, et comment nous avons vécu cet éveil à la vie.

La création du scénario

C’est une histoire intime, qui fait appel à vos deux mémoires, comment vous y êtes-vous pris pour écrire le scénario ?
Olivier Nakache : Nous avons commencé par coucher nos souvenirs sur papier. Nous avons recensé tous les souvenirs qui pouvaient être cinégéniques, puis nous avons tissé l’histoire de cette famille avec les soucis des adultes et les préoccupations des adolescents. Assez rapidement, les personnages ont pris vie. À l’origine, Simon était une compilation de nous deux, mais chemin faisant, il s’est mis à exister par lui-même, comme les parents, comme le grand frère.

Eric Toledano : Nous voulions aussi raconter une époque. Nous avons pensé qu’il valait mieux le faire à travers l’histoire d’une famille qu’avec une débauche d’effets des années 80. L’idée était de se demander où ils en étaient chacun dans leur vie : voir où en est celui de 13 ans, celui de 17, la maman dans son rôle de mère, dans son boulot, en tant que femme des années 80.

Reconstituer l’époque

Comment avez-vous travaillé pour reconstituer l’époque ?
Eric Toledano : D’abord, nous nous sommes beaucoup documentés. Nous avons même engagé une documentaliste. Nous avons regardé des émissions, lu des journaux et consulté des catalogues de l’époque pour comprendre l’état d’esprit de cette période.

« Quand on fait un film d’époque, il faut le faire au présent de l’époque, c’est ça qui est compliqué. Nous, nous avons le recul du temps, mais nos héros, eux, sont au présent. »

Eric Toledano

Ce que nous voulons montrer, c’est cette époque à ceux qui ne l’ont pas vécue mais qui en ont tellement entendu parler. Les années 80, c’était un esprit ! Aujourd’hui, cela se résume souvent à des tournées de chanteurs. Notre but est d’aller plus en profondeur pour mieux comprendre ce que c’était.

Une vision nostalgique

Est-ce que vous diriez que « Juste une illusion » est un film nostalgique ?
Olivier Nakache : Je crois que nous ne sommes pas nostalgiques des années 80, mais de notre propre adolescence. Cette période, celle du passage de l’enfance à l’adolescence, nous marque profondément. Ce moment de vie où nous sommes encore dans l’illusion de pouvoir changer le monde est un moment partagé par tous.

Cependant, il ne faut pas être nostalgique de la crise du Sida, de Tchernobyl, ou des attentats qui faisaient aussi partie de cette époque. Les années 80 avaient leurs joies, mais elles avaient aussi leurs difficultés.

« C’est cette vérité du quotidien qu’on aime bien peindre, celle des gens simples, des gens de la classe moyenne. »

Eric Toledano

Emotion et humour inégalés

Le film crée un savant équilibre entre l’émotion et le rire. Eric Toledano : Cela se travaille. Nous savons que lorsque l’on coupe une vanne, il faut souvent arbitrer selon le « mood » de la scène. La comédie est notre garantie de recul. Elle nous permet d’exploser les émotions et d’aller plus loin.

Olivier Nakache : C’est un lâcher-prise. Ce film marque un tournant dans notre carrière. Nous racontons notre génération et notre expérience, et nous avons hâte de voir comment cela sera reçu par le public.

Réactions familiales

Comment a réagi la famille ?
Eric Toledano : Ils ont bien pleuré…
Olivier Nakache : [sourire] Ils ont été très émus.



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