Le deuxième procès dune longue série noire : à Paris, un animateur du périscolaire de






Agression sexuelle à l’école maternelle Alphonse-Baudin

David G. était souvent seul avec les enfants, que ce soit avant ou après la cantine, dans les toilettes ou à la garderie. En avril 2025, plusieurs élèves ont rapporté à leurs parents avoir été agressés sexuellement par cet animateur de l’école maternelle Alphonse-Baudin, située dans le 11e arrondissement de Paris.

Suspendu le 9 avril, il a été placé en garde à vue le 24 juin. Près d’un an plus tard, le mardi 26 mai, l’homme de 35 ans est jugé pour agressions sexuelles sur huit enfants, ainsi que pour harcèlement sexuel sur deux collègues et agression sexuelle sur une collègue, selon le parquet de Paris. Il encourt jusqu’à dix ans de prison, conformément au Code pénal.

L’audience, initialement prévue en novembre, a été reportée à la demande du prévenu, qui comparaît libre, en raison du désistement de son avocat. À cette époque, les faits reprochés concernaient cinq enfants âgés de 3 à 5 ans. Depuis, trois autres mineurs ont été intégrés à la procédure. D’après plusieurs avocats, la famille d’un neuvième mineur pourrait se constituer partie civile le jour du procès.

Précisé comme présumé innocent, David G. conteste les faits qui lui sont reprochés. « Pour moi, il ne s’est rien passé », a-t-il affirmé à la presse en novembre, devant le tribunal, selon des propos rapportés par TF1. « Il n’y a pas eu de contacts intimes avec les enfants. J’avais une relation d’animateur, c’est tout, ça s’arrête là. » Son avocat, contacté par franceinfo, n’a pas donné suite.

Plusieurs avocates des parties civiles ont décidé de ne pas demander le huis clos lors de l’audience. « La justice, ce n’est pas l’intimité, c’est normal que ce soit public. Bien sûr, ça ne me fait pas plaisir que l’histoire de ma fille soit révélée publiquement. Mais on espère faire réveiller les consciences », a déclaré Jérôme*, qui a porté plainte pour sa fille, âgée de trois ans et demi au moment des faits.

Au printemps, c’est par « un effet domino » que le quadragénaire a appris que sa fille était une victime potentielle de l’animateur. « On l’a su par un autre parent, car son enfant a parlé de la nôtre », explique ce père de famille, qui a immédiatement porté plainte. Il a également dû appeler d’autres familles pour les informer que leurs enfants étaient mentionnés comme victimes dans le récit de sa propre fille.

À la maison, des « signaux » d’alerte étaient apparus plusieurs mois auparavant, selon Jérôme. Fatigue, nombreuses demandes de doudous, hurlements dans la douche… « Quand vous éclairez ces comportements à la lumière des événements, vous faites le lien très rapidement, » explique-t-il. « Mais avant, c’est difficile de s’imaginer ça, ce n’est pas quelque chose de rationnel ou d’acceptable pour le cerveau. » Sa fille est désormais scolarisée dans une école privée.

Pour les familles concernées, ces révélations ont entraîné une double violence. La première : leur enfant a subi l’impensable et porte en lui ce lourd traumatisme. La deuxième : une première alerte, formulée par une mère en septembre 2024, a été ignorée par l’école, qui n’a informé le parquet d’une situation préoccupante que le 9 avril 2025. Auprès de Cash Investigation, sur France 2, l’ancien premier adjoint de la Ville de Paris, Patrick Bloche, avait reconnu fin janvier un « dysfonctionnement majeur dans le cheminement du signalement (…) fait à un agent qui ne l’a pas remonté. »

« Les enfants vont mieux depuis qu’ils ne sont plus en contact avec l’animateur », assurent Hannah Kopp et Rebecca Royer, avocates représentant six des enfants d’Alphonse-Baudin et leurs familles. Cependant, à l’approche de l’audience, « la tension monte pour les parents. » « Cela les replonge dans ce qui s’est passé, dans la gestion de l’affaire par l’école et par les services du périscolaire, » rapportent-elles. « Il y a eu des dysfonctionnements catastrophiques. C’est à rendre fou, » insiste Jérôme.

À Paris, l’école Alphonse-Baudin symbolise le début d’une année de scandales à répétition dans le périscolaire. C’est après la médiatisation de cette affaire que les révélations se sont multipliées à vitesse grand V : Titon (11e), Bullourde (11e), Saint-Dominique (7e)…

Quelques chiffres permettent de mesurer l’ampleur du scandale : le parquet enquête sur 84 écoles maternelles, une vingtaine d’écoles élémentaires et une dizaine de crèches, a expliqué le 17 mai la procureure de Paris, Laure Beccuau, sur RTL et Public Sénat. Depuis le début de l’année 2026, 78 animateurs du périscolaire ont également été suspendus à Paris, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles, a annoncé mi-avril Emmanuel Grégoire.

Les faits révélés à l’école élémentaire Titon sont les premiers à avoir été examinés par la justice. Le 5 mai, une peine de dix-huit mois d’emprisonnement avec sursis a été requise contre un animateur jugé pour harcèlement sexuel et agressions sexuelles sur mineurs. La décision doit être rendue le 16 juin. « Le procès Alphonse-Baudin est le deuxième d’une longue série noire à venir dans la capitale. Il est très important. La mèche est allumée, on espère d’autres procès ensuite », réagit auprès de franceinfo Barka, cofondatrice de #MeTooEcole, un collectif composé de nombreuses familles d’Alphonse-Baudin.

D’autant plus que certaines familles attendent depuis des années. D’anciennes affaires, qui avaient eu moins d’écho médiatique, ont resurgi depuis le printemps 2025, comme celle de l’école Paul-Dubois (3e). Dans ce dossier, des parents attendent encore que l’enquête aboutisse, sept ans après avoir dénoncé des violences sexuelles et des viols imputés à un animateur. Ils ont récemment exprimé leur colère dans Libération, déplorant l’absence de toute mise en examen et craignant qu’un non-lieu ne soit prononcé.

Cependant, Jérôme souligne que le procès de David G. ne doit pas être celui « d’un système. » « Cela reste le procès de l’animateur qui a commis certains gestes à Alphonse-Baudin. (…) J’espère que la justice saura écouter nos enfants. À cet âge, les mots ne sont pas les mêmes que les nôtres. Qu’on les écoute, et qu’on les écoute bien, » insiste-t-il. « On espère qu’une condamnation pénale avec de la prison ferme sera prononcée, ainsi qu’une interdiction de travailler auprès des enfants, » ajoutent les avocates Hannah Kopp et Rebecca Royer.

En la matière, un précédent existe déjà. En janvier, un animateur d’une école de Rezé (Loire-Atlantique) a été condamné à six ans de prison pour agressions sexuelles sur mineurs par le tribunal correctionnel de Nantes, bien que cet agent ait nié les faits et qu’il n’y ait pas de preuve matérielle. Il a par la suite fait appel.

*Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressé.



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