Ariane Chemin, grand reporter au journal Le Monde et auteure de « La guerre ce sont des noms propres », était l’invitée de l’émission « Tout est politique » ce samedi 20 juin. Elle revient notamment sur la prise de parole d’Emmanuel Macron du 18 juin, où il salue la résilience des Ukrainiens face à la Russie.
Un discours élogieux pour les troupes ukrainiennes
Emmanuel Macron s’est exprimé sur la résistance de l’Ukraine dans la guerre qui l’oppose à la Russie et a été très élogieux envers les troupes de Volodymyr Zelensky. Cela signifie-t-il, selon vous, que Poutine est en train de perdre ? Partagez-vous l’optimisme ambiant ?
Ariane Chemin : Le journalisme ne se conjugue pas au futur, donc je ne suis pas une experte ni une diplomate, et je pense qu’Emmanuel Macron est bien mieux renseigné que moi. Cependant, là où il a raison, c’est que les pessimistes ont perdu. Après l’attaque, par exemple, du raid sur Kiev en mars 2022, tout le monde pensait qu’il y aurait un siège de la ville, que c’était fini. À chaque fois, les pessimistes se trompent.
Une situation difficile pour Poutine
Cependant, des experts commencent à dire que Poutine est en difficulté, que la ligne de front est gelée et qu’il est paranoïaque. Le problème, c’est qu’on ne sait rien sur Moscou, ni de l’entourage de Poutine, ni de l’humeur des Russes, car il est très difficile d’y pratiquer le journalisme. Emmanuel Macron a raison sur ce constat, c’est évident.
De plus, il y a une sorte d’accélération, avec des ripostes. Par exemple, une cathédrale a été détruite à Kiev il y a une semaine, suivie d’une riposte immédiate. Les attaques, d’une part, sont souvent dirigées vers des civils, mais exceptionnellement sur des monuments historiques qui appartiennent à l’histoire de la Russie. Les images que nous voyons en Russie tournent sur les infrastructures qui font tourner la guerre.
La signification des attaques sur des monuments religieux
Justement, nous allons revoir ces images de la cathédrale de la Dormition, car elles sont très importantes. C’est un lieu qui a été frappé par la Russie. D’ailleurs, Volodymyr Zelensky, à Évian au G7, a montré ces images à Donald Trump, qui semblait émue. Pourquoi cela a-t-il un impact sur la guerre de Poutine ? Frapper cet endroit-là équivaut à attaquer Notre-Dame de Paris pour nous.
C’est tout près de la rue Bankova où se tient le siège présidentiel. Ce n’est pas loin du tout. Cette même nuit, il y a eu d’autres attaques sur des monuments culturels, comme le musée des Beaux-Arts de Kharkiv, entre autres. S’attaquer à cet ensemble d’églises à Kiev est quelque chose que nous n’avions pas vu, c’est vraiment le cœur historique.
Résilience ou découragement ?
Est-ce que vous avez perçu, au fil de vos rencontres, un découragement ?
Non, car de toute façon, ils n’ont pas le choix. On parle de résilience, un mot souvent employé de manière très politique et psychologique. Ils sont obligés de rester là. Où aller ? Donc, ils tiennent, de fait. Une chose est vraie concernant Emmanuel Macron, c’est que cela force l’admiration.
La question du partage du territoire
Mais pourraient-ils finalement accepter un partage du territoire ?
Je n’entends jamais cela. Il n’en est jamais question. Ce que demande Poutine, ce ne sont pas seulement les territoires qu’il occupe, mais aussi ceux qu’il n’occupe pas, comme la ville de Kramatorsk, qui n’est pas occupée. Donc, c’est impensable.
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