Le général Réty évoque ses années au GIGN : Si on na pas de doutes, je ne pense pas que





Interview avec le Général Ghislain Réty

Tous les jours, une personnalité s’invite dans le monde d’Élodie Suigo. Mercredi 16 septembre 2026, le général Ghislain Réty, ancien dirigeant du GIGN, publie « Ce que le GIGN m’a appris », aux éditions Albin Michel.

Le général Ghislain Réty a consacré 34 années de sa vie au service de la France, dont 31 dans la gendarmerie. Dans cette carrière, le GIGN joue un rôle central. Il y entre pour la première fois comme jeune officier en 1996, où il devient chef de mission, puis chef des opérations, et enfin commande le groupe en 2020. Au cours de son premier passage, il dirige plus de 150 opérations particulièrement sensibles. Il quitte le commandement du GIGN en 2025 et l’uniforme pour rejoindre un autre univers. Aujourd’hui directeur de la sûreté d’Air France, il publie « Ce que le GIGN m’a appris », où il souligne que son livre ne vise pas à dire « Voilà ce que j’ai fait, mais plutôt voilà ce que j’ai compris. »

Pourquoi écrire un livre maintenant ?

franceinfo : Pourquoi avez-vous eu besoin de l’écrire maintenant ? Est-ce le besoin de transmettre ce que vous avez appris ou celui de comprendre vous-même ce que toutes ces années vous ont apporté ?

Général Ghislain Réty : C’est à la fois de la transmission et un peu une introspection, de se dire que je vais mettre sur table ce que j’ai appris, modestement. Ce que 17 ans au GIGN et 34 ans en gendarmerie m’ont permis de comprendre, parce que malheureusement, on comprend souvent après ce que l’on a appris au fur et à mesure des différentes années de mission. C’est tout cela que j’ai voulu coucher sur papier.

Leçons apprises au GIGN

Quelle est la leçon la plus importante que le GIGN vous a apprise et que vous n’auriez probablement jamais apprise ?

Je pourrais commencer par l’écoute. On ne commande pas seul, on a besoin de l’ensemble des experts, des subordonnés, parfois même de ses pairs. Cette écoute est souvent sous-estimée et balayée du revers de la main. Au GIGN, on y est très bien formé car c’est une école de formation pour l’écoute active. Parfois, on fait semblant d’écouter, mais chaque expert peut vraiment apporter quelque chose sur une mission, quelle qu’elle soit.

« Même le dernier arrivé, il faut savoir l’écouter parce que le tireur peut avoir, sur une mission, quelque chose à dire, mais il faut lui laisser la parole, quand on a le temps, bien évidemment. »

Général Ghislain Réty

à franceinfo

Anticipation et audace

Le premier verbe que vous choisissez pour ouvrir ce livre, c’est anticiper. Vous commencez par une histoire très forte en Ukraine. Nous sommes en février 2022, rien ne me permet encore d’affirmer que Vladimir Poutine va lancer, le 24 février, une invasion à grande échelle de l’Ukraine et attaquer jusqu’à Kiev. Deux semaines avant l’invasion, pourtant, vos équipes vous font remonter des signaux faibles qui vous alertent sur un point : si le scénario le plus grave devait se réaliser, l’ambassade de France n’était pas préparée pour être évacuée dans de bonnes conditions. Une fois les troupes russes arrivées, il serait trop tard.

La mission à Kiev est emblématique de cette anticipation, voire même de cette audace. Sur toutes les missions du GIGN, on prévoit toujours le pire scénario. Cette mission est d’autant plus emblématique car nous étions vraiment seuls et les autres pays n’avaient pas anticipé. Nous avons même extrait de nombreux ambassadeurs d’autres pays, ce qui a fait un convoi sensible entre le front russe et le front ukrainien, qui se tiraient dessus dans les rues.

Le doute et l’humilité

Après avoir parlé d’anticipation, votre livre déroule effectivement 17 autres verbes. Ce qui m’intéresse le plus, ce sont les mots inattendus de l’ancien patron du GIGN, comme douter ou humilité. Le GIGN vous a-t-il rendu moins sûr de vous ?

Moins sûr, je ne sais pas, mais je crois que toute personne au GIGN doit faire preuve d’humilité. Si on ne doute pas, si on est sûr de soi, on ne peut même pas entrer au GIGN. C’est presque une caractéristique obligatoire pour servir.

Aimer et commander

Dans les verbes auxquels on ne s’attend pas, il y a aimer. Vous écrivez, « aimer n’est pas un mot faible dans l’exercice de l’autorité ». Vous dites qu’on ne commande durablement que celles et ceux que l’on respecte profondément.

Je reste convaincu qu’on ne peut pas diriger une unité, quelle qu’elle soit, sans aimer les personnes avec lesquelles on travaille, sans aimer la mission confiée. C’est pour moi le postulat de base.

Porter le poids des décisions

Vous avez dirigé plus de 150 opérations sensibles et, dans ce livre, vous évoquez des réussites, mais aussi des décisions difficiles, des blessés, des deuils, des morts. Est-ce qu’il y a des morts que l’on continue à porter avec soi lorsqu’on prend une décision des années plus tard ?

Tous les jours. Le plus gros échec qu’il puisse y avoir pour un chef, c’est d’avoir un subordonné qui décède. J’y associe aussi les personnes décédées au cours de missions qui ne sont pas des membres du GIGN, comme de tierces personnes ou même des malfaiteurs. Bien évidemment, quand cela touche un proche, c’est toute la gendarmerie qui est touchée. On pense à sa famille, mais aussi aux anciens. C’est une chaîne, le GIGN, qui se met en ordre de marche. Les anniversaires des personnes décédées sont toujours des moments très solennels, où l’on convie tous les proches et familles. Le GIGN, c’est une grande famille à ce niveau. C’est pourquoi j’aborde aussi de nombreuses notions de symbolique et de rituels qui, à mon avis, permettent de supporter ces difficultés et cette prise de risque qui peuvent aller jusqu’à la perte de proches.



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