La mort de Quentin Deranque constitue-t-elle un tournant avant les élections municipales des 15 et 22 mars ? À un mois du premier tour, le meurtre de ce militant identitaire, tabassé à Lyon lors d’une conférence de l’eurodéputée insoumise Rima Hassan, a des conséquences importantes sur le climat politique national.
Un climat politique en ébullition
Alors que l’enquête n’en est qu’à ses débuts, la classe politique se déchire. La France insoumise est accusée par ses opposants d’être liée à ce drame, pour avoir investi Raphaël Arnault, cofondateur de la Jeune Garde, lors des élections législatives de 2024. Certains anciens membres de ce groupe antifasciste dissous sont soupçonnés d’appartenir aux agresseurs de Quentin Deranque, selon des sources policières à France Télévisions.
Mardi soir, dix personnes ont été interpellées, dont Jacques-Elie Favrot, l’assistant parlementaire du député LFI. Ce climat lourd influence aussi la campagne électorale à l’échelle nationale.
Suspension des campagnes électorales
À Lyon, théâtre du drame, les activités de campagne ont été largement suspendues. Il n’y a pas eu de tractages, ni de porte-à-porte ou de réunions publiques, à un mois du scrutin. Plusieurs candidats ont choisi de suspendre leur campagne, notamment Alexandre Dupalais, candidat du RN et de l’UDR, dès vendredi, puis Jean-Michel Aulas (union centre droite) et Anaïs Belouassa-Cherifi (LFI) samedi. « Je ne me vois pas faire campagne dans ces conditions-là. J’appelle tout le monde à prendre le temps de réaliser la gravité du moment que l’on vit ensemble », a affirmé le candidat d’extrême droite.
Un peu partout en France, la campagne se tend. « Il y aura un avant et un après la mort de Quentin, et cela dépasse clairement Lyon, et même le cadre des municipales », estime Andrea Kotarac, conseiller du RN et élu à la métropole lyonnaise. « C’est un climat inquiétant, et on voit que ce drame affecte tout le monde, de tous bords politiques. »
Incidents électoraux et appels à la sécurisation
Des incidents ont déjà marqué la bataille électorale. Interrogée sur la mort de Quentin Deranque, Rachida Dati a accusé lundi, sur CNews et Europe 1, les équipes de son adversaire de gauche d’« envoyer des gens » pour « essayer d’agresser » ses équipes. Des personnalités comme Ian Brossat (PCF) et David Belliard (EELV) ont annoncé porter plainte suite à des provocations. « De tels propos, irresponsables et mensongers, alimentent un climat de tension que nous condamnons avec la plus grande fermeté », a déclaré l’équipe de campagne du socialiste.
Dans l’Yonne, deux candidats LFI et un tête de liste PS ont été victimes de menaces de mort, rapporté ICI Auxerre. Ils envisagent également des dépôts de plainte.
Dans ce contexte, les autorités annoncent un renforcement des dispositifs de maintien de l’ordre. À Lyon, la préfecture a confirmé qu’une vigilance renforcée est de mise dans les jours à venir, avec des CRS déployés dans la ville. Le ministère de l’Intérieur a également envoyé un télégramme aux préfets pour les inviter à renforcer la vigilance autour des rassemblements politiques, qui vont se multiplier dans les cinq semaines à venir, jusqu’au soir du second tour.
Réactions des responsables politiques
Mardi, le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a assuré sur BFMTV qu’il n’y aurait pas d’autres « meetings » dans les universités si un risque de trouble à l’ordre public était avéré. Il a précisé avoir adressé une circulaire aux préfets et aux recteurs, tout en soulignant que la décision finale reviendrait aux présidents d’université.
Dans les états-majors des partis, la vigilance est accrue, mais aucun parti ne semble vouloir renoncer à mener campagne.« On a passé des consignes de vigilance et on a saisi le ministre de l’Intérieur en lui demandant de prendre toutes les mesures possibles », affirme un cadre de LFI. « On a plein de témoignages d’agressions de gens de chez nous », s’inquiète-t-on à la direction du mouvement.
« On est très inquiets. Ils vont aller jusqu’où ? Nous tuer ? »
Un cadre de LFI
« Pour autant, on ne change pas notre stratégie. On maintient nos événements, mais on s’adapte », poursuit cette source. Jean-Luc Mélenchon, qui s’implique activement dans la campagne, doit maintenant répondre aux attaques du centre et de la droite, accusant les insoumis d’avoir favorisé un climat propice à la mort de Quentin Deranque. « Je demande au nom du mouvement insoumis que chacun fasse l’effort du calme et du sang-froid », a-t-il exhorté lors d’un meeting à Paris.
« Pas de surenchère ! », a-t-il ajouté, alors que de nombreux candidats et élus LFI ont été ciblés pour des actes de vandalisme.
Des mesures de sécurité renforcées
A l’autre bout de l’échiquier politique, une élue ciottiste témoigne de la tension ambiante : « J’ai eu un peu d’appréhension en allant à un rassemblement en hommage à Quentin [Deranque]. Sur les réseaux sociaux, on voit que c’est très tendu… J’espère que le camp patriote ne rentrera pas dans la surenchère violente ».
« On sera en contact encore plus étroit avec les préfectures et les forces de l’ordre. »
Un cadre du Rassemblement national
Les élus et militants du RN n’ont pas manqué de rendre hommage à Quentin Deranque sur les réseaux sociaux et de participer à des rassemblements. Ils continueront de le faire dans les jours à venir, bien qu’avec prudence. « Chacun est libre d’y participer ou non », indique un responsable.
Jean-Luc Mélenchon devait initialement tenir un grand meeting à Perpignan le 28 février. Toutefois, la France insoumise a annoncé le report de cet événement au 1er mars, invoquant un refus d’accès à une salle par la mairie, dirigée par un vice-président du RN. « C’est faux », répond un cadre lepéniste. « Je pense qu’ils ont peur de débordements dans leurs rangs qui viendraient encore entacher leur campagne. » Ainsi, la bataille électorale s’annonce électrique.