Un rôle sur mesure. Dans Coutures, le dernier long-métrage d’Alice Winocour qui sort dans les salles françaises mercredi 18 février, Angelina Jolie incarne Maxine Walker, une cinéaste qui doit affronter le diagnostic d’un cancer du sein en pleine semaine de la mode à Paris. « Je n’ai pas eu à jouer, confie l’actrice auprès du Dauphiné Libéré. Je me trouvais dans cette pièce où j’ai moi-même été assise, comme ma mère et ma grand-mère avant moi, lorsque leur cancer leur a été annoncé. Je savais ce qui allait se passer, et quelle serait ma réaction. »
Porteuse du gène BRCA1, qui augmente fortement le risque de développer un cancer du sein, la star hollywoodienne a révélé en 2013 avoir fait le choix de subir une double mastectomie préventive, une opération chirurgicale consistant au retrait de la glande mammaire, après avoir perdu sa mère d’un cancer ovarien.
En décembre 2025, elle a dévoilé les traces de cette opération en une du premier numéro de Time France, l’édition française du magazine américain. « Je partage ces cicatrices avec beaucoup de femmes que j’aime. Et je suis toujours émue lorsque je vois d’autres femmes partager les leurs », confiait-elle alors. « Quand vous arrivez au bout de votre vie, vous ne voulez pas avoir eu une vie sans erreur, sans douleur, sans cicatrices », arguyait-elle un mois et demi plus tard, sur le plateau de France 2. « Donc il faut les embrasser, ces cicatrices, en être fières. »
Comme le personnage incarné par Angelina Jolie, des milliers de femmes apprennent chaque année qu’elles vont devoir vivre avec cette pathologie. En France métropolitaine, plus de 61.000 nouveaux cas de cancer du sein ont été recensés en 2023, selon l’Institut national du cancer, rappelant que ce type de cancer est à la fois le plus meurtrier et le plus fréquent chez la femme.
Ces patientes doivent apprendre à vivre avec des douleurs et des traitements très invasifs. Anne-Sophie Thiebaud, membre de l’association Des Sommets pour rebondir, a été diagnostiquée d’un cancer du sein à seulement 34 ans, sans autre symptôme qu’une petite boule dans le sein. « Du jour au lendemain, ce sont les médecins qui m’ont dit que j’étais malade, se souvient-elle. Je suis passée de ‘maman gère tout’ à ‘maman est dans un lit, et elle n’a plus de cheveux' ».
« Contrairement à une grippe, pour traiter un cancer, on prend des médicaments qui nous rendent malades. Je ne tenais plus debout, j’avais l’impression qu’on était en train de me tuer pour me guérir. »
Toujours sous hormonothérapie sept ans plus tard, Anne-Sophie se bat encore pour retrouver confiance en elle. « Le cancer a laissé un champ de bataille derrière moi », raconte-t-elle. Sur son compte Instagram, elle partage « aussi » ces « jours sans », « quand le moral ne va pas ». « Pendant les chimios, j’ai perdu mes ongles, au point de devoir les scotcher pour qu’ils ne se fassent pas tous la malle, écrit-elle. Du coup, mes pieds ressemblaient à des bouts de momie. »
Des symptômes que Nadia Mahituku a connues également. Depuis quatre ans, elle doit composer avec des douleurs neuropathiques et des séquelles cognitives liées à la chimiothérapie, aux rayons et aux opérations. « Avec le temps, je vais récupérer mes capacités, mais ce n’est pas encore le cas », explique la quadragénaire. Prendre des notes me demande une capacité de concentration très forte, tout comme participer à une réunion. De son côté, Mariam Abdoulah fait le tour des pharmacies et des parapharmacies, à la recherche d’échantillons de crèmes hydratantes et autres soins non remboursés par la Sécurité sociale. « Ces produits coûtent très cher, mais sont très importants au quotidien », explique-t-elle.
Quand la radiothérapie ou la chimiothérapie ne suffisent pas pour venir à bout de la maladie, les médecins n’ont pas d’autre choix que de procéder à la chirurgie. Soit en prélevant la tumeur (et en conservant une partie du sein), soit en l’enlevant entièrement, ce qui peut entraîner des « conséquences psychologiques importantes », comme « l’anxiété, la dépression et les troubles de la personnalité », pointe la Fondation pour la recherche sur le cancer (ARC).
« Beaucoup de femmes préfèrent retirer le deuxième sein », pour des raisons esthétiques ou pour éviter qu’un deuxième cancer ne se déclare, observe Claire Fiaschi, présidente de l’association Ensemble pour elles, qui a elle-même subi une mastectomie. « Il y a parfois de très beaux résultats, avec une cicatrice qui permet une reconstruction mammaire, mais parfois, ça laisse de très grosses séquelles », glisse-t-elle. Certaines le vivent comme une forme de massacre. »
« J’ai des amies qui ont subi une tumorectomie [une ablation partielle], et qui ont un quart de sein en moins. À mes yeux, c’est encore plus traumatisant que de ne pas avoir de seins. »
De plus, la reconstruction mammaire, une opération chirurgicale consistant à prélever de la graisse (la plupart du temps dans le ventre, les cuisses ou le dos) pour l’introduire dans la poitrine, n’est pas anodine. « En moyenne, deux à six interventions chirurgicales sont nécessaires » pour obtenir un résultat satisfaisant, selon l’ARC.
Cependant, toutes les femmes ne peuvent pas en bénéficier. Sophie est ce que certaines appellent une « flaty », une femme qui a subi une double mastectomie sans reconstruction mammaire. « Cela ne m’est jamais venu à l’esprit de me faire reconstruire, car cela impliquait neuf opérations par sein, sans être sûre que mon corps accepte les prothèses. » Et d’ajouter : « J’ai la chance de m’assumer telle que je suis, mais certaines femmes se sentent obligées de se faire reconstruire, parce que, pour beaucoup, une femme, c’est deux seins… Alors qu’on ne se résume pas à ça. »
Idem pour Elise, qui avait pourtant de nombreuses appréhensions à l’annonce de son cancer. « J’ai immédiatement eu deux images à l’esprit : la perte de mes cheveux et de mes seins. » Finalement, après son hospitalisation, la jeune femme a « consacré » son énergie « à guérir ». « Ces cicatrices sont là pour montrer ce combat que j’ai gagné », plaide-t-elle.
Une fois la rémission annoncée, le combat n’est pas pour autant terminé. Les années de chimiothérapie, radiothérapie et la mastectomie ont profondément affecté le corps d’Hélène Nal-Martin. « Ce qui me gêne le plus, c’est que j’ai pris 20 kilos à cause du traitement pour déclencher ma ménopause. En plus, ma thyroïde s’est mise à déconner après les rayons, raconte-t-elle. Dans l’intimité, c’est très compliqué, ça m’a pris plusieurs mois, voire années, pour me réapproprier mon corps. »
Malgré la repousse de ses cheveux et une reconstruction mammaire, Mariam Abdoulah connaît elle aussi ce cheminement. « Je sais que sous mon pull, une partie de mon ventre a été mise à la place [de mes seins] pour me refaire une poitrine, explique-t-elle. Je me concentre sur le fait que les cicatrices font partie de cette épreuve. J’ai encore du mal à me sentir femme, c
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