Une angoisse mondiale : des Français partagent leurs craintes face aux politiques de Donald






Inquiétudes en France face à Donald Trump

Le président américain et son administration multiplient les menaces et les intimidations envers leurs opposants, aux États-Unis comme à l’étranger. Au point de faire craindre un conflit ouvert à certains Français.

Menaces contre l’Iran, le Mexique, le Canada, le Groenland, l’Otan… Droits de douane imposés puis levés du jour au lendemain, humiliations publiques de dirigeants de pays alliés, expulsions arbitraires, citoyens américains abattus par des membres des forces fédérales… Les politiques de Donald Trump et son administration suscitent l’indignation partout dans le monde, mais aussi une inquiétude importante, et la France ne fait pas exception.

Alors que se tient la réunion inaugurale du Conseil de paix dirigé par Donald Trump, jeudi 19 février, et un an après le discours hostile du vice-président américain, J.D. Vance, contre l’Union européenne, Franceinfo a ouvert un appel à témoignages pour comprendre l’anxiété que peut susciter le second mandat de Donald Trump chez les Français. Plusieurs d’entre eux se confient dans cet article.

Helen, 38 ans : « J’ai parfois des idées dignes des survivalistes »

Cheffe de projet dans une entreprise de services du numérique (Loire-Atlantique). « J’ai peur d’une guerre mondiale. La première puissance mondiale est dirigée par une personne imprévisible qui a accès au bouton nucléaire. C’est extrêmement dangereux. Le risque que ça dégénère n’est pas de zéro : Donald Trump admire Vladimir Poutine, il veut prendre le contrôle du Groenland et du Canada… Avec lui, on ne sait pas si c’est sérieux ou pas, c’est angoissant. Et s’il agit comme ça, d’autres dirigeants autoritaires peuvent se sentir pousser des ailes.

Je suis quelqu’un de rationnel, mais j’ai parfois des idées dignes des survivalistes [qui se préparent à une catastrophe, souvent en se préparant à vivre en autonomie]. Que se passe-t-il si les services de Visa et Mastercard sont coupés en Europe demain ? Est-ce que ce ne serait pas intelligent d’avoir du liquide à la maison ? Et de faire des petites réserves de nourriture si l’approvisionnement est perturbé, d’imprimer nos fichiers plutôt que de les stocker sur Google Drive, d’aller chez mes parents qui ont un potager en cas de problème…

« Quand je regardais des documentaires sur les survivalistes, je trouvais ça ridicule, c’était pour me vider la tête ! Et maintenant, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il faudrait avoir un sac prêt, au cas où. »

Mes amis qui sont plus politisés que moi semblent plus détachés, ils disent qu’il y a des contre-pouvoirs, qu’il ne faut pas stresser… Donc je me pose des questions. Est-ce que c’est simplement moi qui stresse pour rien ? J’espère que j’ai tort. »

Pierre*, 59 ans : « Avec ma belle-famille, c’est un sujet tabou »

Responsable export (Aube). « Mon fils aîné et sa famille habitent en Californie, et j’ai une forme d’appréhension qu’ils soient touchés par la violence qui augmente aux États-Unis. J’ai l’habitude de leur rendre visite une ou deux fois par an, mais pour l’instant c’est hors de question. Je n’ai aucune envie que les agents des douanes fouillent mon téléphone et remarquent que je suis anti-Trump. Me faire renvoyer chez moi, ce ne serait pas très grave, mais pas question d’être emprisonné pendant deux ans au Honduras ou ailleurs. On a vu des Européens être détenus pendant des semaines pour des peccadilles.

« C’est difficile pour moi de ne pas leur rendre visite. Mais avec Donald Trump, on ne peut pas se projeter, donc on voit au jour le jour. »

Mes amis partagent à peu près mes opinions sur Donald Trump, mais avec ma belle-famille, c’est un sujet tabou. Mon épouse est américaine, certains de ses proches votent républicain et ne s’imaginent pas voter pour un autre parti quel que soit le candidat. Le désaccord est tellement profond que, depuis le début du second mandat, on préfère ne pas parler de politique. On ne l’a pas dit clairement, mais on a tous estimé que c’était la meilleure solution. Trop de familles se sont déchirées à cause de ça. Pour nous, c’est inenvisageable. »

Pauline, 44 ans : « Ça me donne des insomnies »

Juriste en droit du travail (Paris). « Je suis militante syndicale et politique, engagée sur un certain nombre de sujets, dont le féminisme et les discriminations. Et pour moi, Donald Trump est fasciste. Je ressens de la culpabilité. Il y a des gens qui meurent aux États-Unis [aux mains des forces fédérales américaines]. Qui se font arrêter arbitrairement, qui sont détenus dans des conditions qu’on n’imagine même pas, sans aucun recours ni contrôle et à la merci totale de leurs gardiens. Ça me donne des insomnies.

« Je n’ai pas le souvenir d’une autre actualité internationale qui m’aurait empêchée de dormir en pleine nuit, ou de me rendormir le matin, parce que j’y pensais trop. »

Mes insomnies ont vraiment commencé avec la capture de Nicolas Maduro. On sort tout juste des vœux de bonne année et des retrouvailles en famille, on a déconnecté, on a l’esprit à la fête… Et la nouvelle tombe. Un peu comme pour les personnes victimes d’agressions, je crois qu’on est dans une forme de sidération. On sait que quelque chose de mauvais se passe mais on a du mal à le réaliser, alors que c’est déjà là et que ça peut nous affecter directement. Trump utilise la stratégie du choc et de la démesure : sur l’Iran, le Venezuela, avec des ingérences à l’étranger comme sur le procès de Marine Le Pen… Il n’y a plus de répit. »

Corentin*, 30 ans : « L’information en temps réel devient une spirale infernale »

Chargé de projets scientifiques européens (Paris). « Je travaille dans la coopération internationale pour la recherche sur les maladies infectieuses, et j’ai l’impression qu’il n’y a plus de repères stables dans la géopolitique actuelle. On nous fait comprendre que la lutte contre les pandémies, ce n’est plus ‘sexy’. L’effet Covid est passé. Aujourd’hui, la priorité, c’est la défense. Il ne faut pas qu’on s’attende à avoir des fonds éternellement.

L’information en temps réel devient une spirale infernale. Donald Trump peut revenir sur ses déclarations d’une minute à l’autre, on a envie d’actualiser tout le temps… Ça crée vite une forme d’addiction, ce n’est pas très sain. J’ai aussi une très grosse sensation de décalage.

« La guerre est peut-être en train d’arriver, et moi j’envoie des mails ou je participe à des réunions… »

Avec l’escalade autour du Groenland, je me suis levé un matin en me demandant : ‘Est-ce que les gens qui lisaient le journal en 1913 se rendaient compte de la manière dont les choses allaient évoluer ?’ J’ai l’impression que cette inquiétude est assez partagée autour de moi, et s’ajoute à l’éco-anxiété qui était déjà présente. Alors on utilise beaucoup l’humour noir pour dédramatiser. On se projette encore plus loin dans l’extrême : qu’est-ce qu’on fera dans une société postapocalyptique ? Où est-ce qu’on ira vivre ? C’est un peu le seul exutoire qu’il nous reste. »

Marine, 35 ans : « Ma fille m’a demandé s’il y aurait une Troisième Guerre mondiale »

Professeure agrégée d’anglais en lycée (Doubs). « J’écoute les infos tous les matins, mais depuis que Donald Trump est arrivé au pouvoir, je commence chaque jour énervée ou déprimée. Ce serait mieux pour ma santé mentale de ne pas suivre l’actualité, mais je suis professeure agrégée d’
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