Alors que la proposition de loi créant un droit à « l’aide à mourir » en France fait l’objet d’un vote solennel ce 25 février à l’Assemblée nationale, le médecin lyonnais Didier Peillon témoigne de son expérience. Radié le 17 février dernier par l’Ordre des médecins pour avoir publié un livre où il évoque son aide à des patients en fin de vie, il soulève des questions essentielles sur ce sujet délicat.
Un vote historique pour la fin de vie
C’est un vote historique qui se déroule ce mercredi 25 février. La loi sur l’aide à mourir, après une semaine de débats, sera à nouveau soumise au vote à l’Assemblée nationale. Bien qu’elle ait été adoptée en première lecture en mai dernier, le texte a été rejeté au Sénat, en raison notamment des controverses entourant le mode d’administration de la substance létale, et de la possibilité de déléguer ce geste final à un soignant.
Les enjeux éthiques et médicaux
Depuis plusieurs années, l’aide à mourir est un sujet brûlant, mêlant enjeux médicaux, éthiques et juridiques. Didier Peillon, ancien chef des urgences dans un hôpital de la région lyonnaise, explique : « La question de la fin de vie fait partie de notre quotidien, de l’exercice de notre métier. » Sa radiation a été décrite comme un « coup de massue », surtout après 40 ans de pratique sans aucune plainte.
Il note qu’il a reçu un grand nombre de messages de soutien de la part de confrères, ainsi que de patients atteints de maladies incurables et de leurs familles. Cette situation met en lumière un paradoxe douloureux : « Ce qui était insupportable, c’est de ne pas le faire en France », raconte un proche d’un patient ayant choisi le suicide assisté en Suisse.
Statistiques sur la fin de vie
Une étude de l’INED, citée par Didier Peillon, révèle qu’il y a environ 5.000 injections létales par an en France, ainsi que 300.000 décès par limitation thérapeutique. « Ces chiffres sont parlants. Cela existe bel et bien et il s’agit d’une hypocrisie de façade sur la question », souligne-t-il.
Les témoignages poignants d’un médecin engagé
Didier Peillon insiste sur le fait que l’aide à mourir est une liberté qui ne nuit à personne, ciblant des situations spécifiques. Il se rappelle d’un épisode marquant : un patient atteint d’un cancer ORL incurable était en train de s’étouffer dans son sang, avec un regard d’épouvante. « On ne pouvait pas le laisser agoniser ! », se rappelle-t-il. « Cette réalité est difficile à imaginer quand on ne la vit pas. Le droit à la fin de vie n’est pas une opinion, c’est une réalité. »
Il met également en lumière une inégalité d’accès à la fin de vie, où « ceux qui en ont les moyens partent en Belgique ou en Suisse ». Les décisions autour de la fin de vie sont souvent prises par les médecins réanimateurs, mais ces choix comportent une grande complexité.
La loi et ses implications
Le texte de loi, qui compte plus de 2.000 amendements, approuve deux délits d’entrave, pouvant mener à deux ans de prison et 30.000 euros d’amende pour ceux qui perturbent l’accès aux lieux où l’aide à mourir est pratiquée, ou qui exercent des « pressions » sur les patients. De plus, la loi prévoit également de punir d’un an de prison et 15.000 euros d’amende le fait d’exercer des pressions pour amener une personne à recourir à l’aide à mourir.
À l’aube d’un changement ?
Le résultat du vote sera connu en fin de journée, et Didier Peillon suit les débats avec une attention particulière : « Cette loi représente une avancée symbolique. Enfin, l’aide à mourir ne sera plus quelque chose de tabou. » Il se désole néanmoins que la loi ne considère pas la fin de vie dans le cadre de la médecine d’urgence, mais reste limitée aux soins palliatifs.
Si le vote est positif, la proposition de loi devra retourner au Sénat, où ses défenseurs espèrent une promulgation d’ici l’été. L’avenir de l’aide à mourir en France se dessine ainsi, au cœur d’un débat crucial pour de nombreuses vies.