Les hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont ouvert ce 15 janvier une nouvelle consultation dédiée au chemsex, au sein du service des maladies infectieuses. En plein essor, cette pratique sexuelle est désormais un enjeu de santé publique. Cet accompagnement médical répond à la nécessité d’une approche multidisciplinaire et non jugeante.
Une Pratique en Hausse
Le chemsex désigne l’usage de substances psychoactives dans un contexte sexuel, visant à faciliter, prolonger ou intensifier les rapports. Il implique parfois des partenaires sexuels multiples, souvent contactés par le biais de sites de rencontres. Selon le docteur Matteo Reymond, interne dans le service des maladies infectieuses, « c’est un phénomène complexe que d’écrire les premiers militants comme un moyen de chercher le plaisir et la liberté rendus difficile d’accès dans nos sociétés hétéro-normatives ».
Drogues Couramment Utilisées
En Europe, les principales drogues utilisées pour le chemsex incluent le GBL/GHB, la méthamphétamine, et les cathinones. Entre 6 et 10 % des personnes ayant cette pratique consomment ces substances en intraveineuse. Environ 15 % des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes pratiquent le chemsex, avec un âge médian d’environ 35 ans, indépendamment des ressources sociales et économiques. Par extrapolation, entre 1.500 et 4.000 personnes pourraient être concernées dans le canton de Genève.
Conséquences sur la Vie des Usagers
La littérature scientifique indique que le chemsex est presque exclusivement décrit chez des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes. La plupart d’entre eux vivent cette pratique de manière non problématique. Toutefois, un quart des usagers rapportent un impact négatif sur leur vie et ressentent le besoin d’un accompagnement. Le docteur Reymond souligne : « Quand on parle de drogue, certains peuvent être dans le contrôle, même s’il s’agit souvent d’une pente glissante qui peut avoir des conséquences dramatiques ».
Dangers Associés au Chemsex
Cette pratique comporte de nombreux dangers : overdose, addiction, infections sexuellement transmissibles, complications liées à l’injection ou à d’autres modes de consommation de substances, impact sur la sexualité, et risques de violences sexuelles. L’obtention d’un consentement clair au rapport sexuel est rendue plus difficile par la consommation de substances psychoactives. Reymond affirme : « Les répercussions sur la santé liée au chemsex peuvent aller très loin. Dans certains cas extrêmes, ce sont des pratiques qui peuvent conduire à la mort ».
Discriminations et Santé Mentale
Les pratiquants du chemsex sont également exposés à des discriminations liées à l’usage de substances psychoactives et à leur appartenance à la communauté LGBTQIA+. Dans cette population, les problèmes d’anxiété ou de dépression sont plus fréquents. La peur du jugement retarde la prise en charge. Le docteur Reymond explique : « Les personnes qui pratiquent le chemsex ne sont pas identifiées comme telles lors d’un passage à l’hôpital. Elles ne vont pas parler spontanément de substances ou de leurs pratiques sexuelles, par peur d’être jugées ou incomprises, le plus souvent à raison. »
Une Consultation Nécessaire
Le premier rendez-vous dans cette nouvelle consultation permet de discuter de la situation et de définir les besoins de la personne. Un accompagnement individualisé peut être proposé, comprenant une consultation d’addictologie, une consultation de sexologie et un soutien du centre de santé communautaire Checkpoint Genève. Cette consultation est remboursée dans les prestations de base de l’assurance maladie sous déduction de la franchise, avec une participation de 10 % des frais à charge jusqu’à un maximum de 700 CHF par an. Une évaluation sociale est également possible en cas de difficultés financières ou d’accès à une assurance maladie.