Une enquête est en cours à Paris après la plainte d’un gendarme dénonçant « un harcèlement raciste » au sein de la prestigieuse Garde républicaine, a confirmé la gendarmerie nationale dimanche 5 avril 2026. Le parquet de Paris n’a pas souhaité communiquer, à ce stade, sur le périmètre de l’enquête.
L’homme, qui témoigne sous le pseudonyme Ryan, a raconté à l’AFP et à Mediapart avoir reçu un courrier dans sa boîte aux lettres le 16 décembre dernier. « On est en France ici, habille-toi comme tel sale bougnoule », y était-il écrit, faisant référence à une tenue traditionnelle algérienne que Ryan avait portée pour un mariage, en dehors de ses heures de service. Cette lettre l’a poussé à saisir la justice pour dénoncer « six années de racisme », explique-t-il.
Le gendarme témoigne ainsi de son « premier rendez-vous » avec son commandant : « Je n’ai pas su si je venais de vivre un sketch ou si vraiment, j’allais subir ça dans les prochaines années de ma carrière. » Il relate de nombreuses remarques lancées lors de ce rendez-vous par ce supérieur hiérarchique : « J’ai pas envie de te voir en djellaba dans la caserne »; « Tu me tombes pas dans les bras pendant le ramadan »; « T’es de la banlieue, ici, les gens viennent de milieux ruraux »; « C’est des Blancs, ils n’ont pas l’habitude de voir des Arabes du 93 en jogging. En plus, t’es Algérien, ça parle fort, vous avez un ton que les gens connaissent pas trop… » Selon le récit de Ryan, le commandant lui a aussi livré un conseil présenté comme « amical » : « Je vais te demander de te faire très petit et de t’acclimater. »
Par la suite, il décrit un climat de « suspicion permanente » à son égard. Après l’interpellation d’un assaillant, il raconte que ses collègues lui ont demandé s’il le connaissait « parce qu’il parlait arabe ». Ses proches subissent aussi cette méfiance à la caserne : « Mes visiteurs étaient contrôlés comme des délinquants », estime-t-il.
« Servir la France pendant toutes ces années n’a pas protégé mon client du racisme au sein même de son institution. Si le racisme frappe jusque là, il frappe partout », s’indigne son avocat, Seydi Ba. Contactée par l’AFP, la gendarmerie nationale a rappelé avoir mis en place un plan d’action « tolérance zéro » en interne vis-à-vis des comportements discriminatoires, et d’avoir développé un « réseau de prévention et d’accompagnement avec des référents égalité-diversité ainsi que des plateformes et dispositifs de signalement ».