Après avoir été sacré champion de France, le PSG s’apprête à affronter Arsenal en finale de Ligue des champions le 30 mai à Budapest. Derrière cette vitrine trompeuse, se cache un championnat français dont le financement se tarit. « Le modèle français a 10 à 15 ans de retard sur ses voisins », analyse Vincent Chaudel, fondateur de l’Observatoire du sport business.
Publié le | Mis à jour le
Temps de lecture : 3 min
/2026/05/14/6a05b561c77af078537711.jpg)
Champion de France pour la douzième fois en 14 ans, le PSG a remporté le 13 mai son cinquième titre d’affilée, face au RC Lens au stade Bollaert (victoire 2 à 0). Dans les tribunes, plusieurs banderoles telles que « Nasser [Al-Khelaïfi] tue la Ligue 1 » ou « Le Qatar tue le foot français » témoignent du malaise grandissant des supporters face au déséquilibre entre le PSG, l’un des clubs les plus riches d’Europe, et ses rivaux. Nicolas de Tavernost, directeur général de LFP Media, a été auditionné le 6 mai au Sénat pour évoquer la crise des droits TV du football. Pour Vincent Chaudel, « le marché français ne peut pas permettre de se mettre à dos Canal+ ».
Est-ce que le PSG est vraiment isolé ?
Question de franceinfo : On a l’impression que le PSG est certes une superpuissance, sportivement et économiquement, mais qu’il est, dans l’hexagone, un peu seul sur sa planète. Est-ce le cas ?
Vincent Chaudel : Oui, mais ce n’est pas un cas unique en Europe. Dans les grands championnats, il y a toujours des grands clubs. Dans les autres ligues, des superpuissances comme le Bayern Munich en Allemagne existent aussi. La France représentait jusque-là une exception, avec un grand club par décennie comme Reims, Saint-Étienne, Bordeaux, Marseille ou Lyon, qui ont connu des problèmes et ne sont pas restés en haut de l’affiche. Le problème est que le PSG a de vrais concurrents (Marseille, Lyon, voire Monaco), mais ceux-ci ne sont pas assez régulièrement au rendez-vous. Financièrement, Marseille, Lyon ou Monaco devraient être devant Lens, qui a été impressionnant cette saison, mais qui ne devrait pas être à ce niveau-là financièrement.
La situation financière paradoxale des clubs
Question de franceinfo : Vous voulez dire que des clubs comme Lens ou Lille qui vont aller au niveau européen n’ont pas forcément les reins assez solides d’un point de vue financier ?
Vincent Chaudel : Lille a les reins solides, c’est un club qui travaille bien et qui progresse régulièrement. Lens s’est organisé pour être européen, mais quand il a été relégué en 2ème division, il avait des charges trop lourdes. Cependant, cette saison est une très belle surprise car le président du club a réduit la voilure en termes de masse salariale et fait des paris qui se sont révélés gagnants.
Les droits TV : Échec ou nécessité ?
Question de franceinfo : Les clubs français sont dépendants des droits télé, qui ont chuté ces dernières années. La chaîne Ligue 1+ créée en urgence rapporte environ 120 millions d’euros aux clubs. C’est un échec ?
C’est un échec commercial, mais c’était prévisible. La Ligue a rompu le contrat avec DAZN, qui garantissait 400 millions d’euros. Le football français passe d’une dépendance télé, où les droits TV représentaient plus de 50 % des revenus des clubs, à une dépendance UEFA. Aller en Coupe d’Europe est devenu vital économiquement pour beaucoup de clubs. Grâce au PSG, Monaco, Marseille, Strasbourg, Nice et Lyon, la Ligue 1 va récupérer au moins 310 millions d’euros de l’UEFA cette année. On verra ce qui se passe le 30 mai avec la finale entre le PSG et Arsenal ; cette somme pourrait dépasser les 350 millions d’euros pour les clubs de Ligue 1.
Un modèle en transition
Question de franceinfo : La Ligue 1 est-elle en train d’aller vers un modèle moins dépendant des droits télé, qui s’appuierait davantage sur les joueurs, la formation, les transferts et la billetterie ?
C’est en train de se mettre en place, mais le modèle français a 10 à 15 ans de retard sur ses voisins. Lorsque la crise est survenue, l’Espagne s’est tournée vers sa formation ; cela lui a permis d’être très performante au niveau des clubs et de son équipe nationale, qui a gagné la Coupe du monde et l’Euro. Le Portugal et les Pays-Bas jouent depuis longtemps la Ligue Europa ou la Ligue Europa Conférence, ce qui est très important pour eux. La France commence à intégrer ces deux éléments.
« Les clubs qui ne jouent pas l’Europe vont devoir valoriser le plus possible leur formation, et ceux qui jouent l’Europe vont devoir se requalifier parce qu’économiquement ça va être très important. »
Avenir financier du championnat
Question de franceinfo : Est-ce envisageable que le championnat redevienne financièrement plus puissant ?
Oui, cela va se construire dans le temps. Le marché français ne peut pas se permettre de se mettre à dos Canal+, son acteur principal et diffuseur historique. Cependant, Canal+ a appris à vivre sans la Ligue 1 ces dernières années. Le groupe est prêt à distribuer le championnat, mais pas à payer les droits. Actuellement, nous sommes dans une période transitoire.