Procès en appel des soupçons de financement libyen : Nicolas Sarkozy demande à être jugé comme






Procès de Nicolas Sarkozy

En ce dernier jour de procès, mercredi 27 mai 2026, l’ex-président de la République, Nicolas Sarkozy, s’est exprimé une ultime fois, ému et en colère. La décision sera rendue le 30 novembre, une date qu’il va « attendre » pour savoir s’il sera contraint de « retourner », comme il le craint, derrière les barreaux.

« Cette affaire de prétendu financement libyen de ma campagne a commencé dans le mensonge et dans le complot, elle doit finir dans la vérité et dans la transparence. » Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois clamé son innocence, dans ses derniers mots empreints d’émotion, face à la cour d’appel de Paris. L’ex-chef de l’État a pris la parole en fin d’après-midi, après ses quatre avocats. Ces derniers ont réclamé la relaxe de Nicolas Sarkozy pour les faits d’association de malfaiteurs, de corruption, de financement illégal de campagne et de recel de détournement de fonds publics libyens, qui lui sont reprochés. L’ancien président de la République les a écoutés avec attention, assis, les jambes croisées et vêtu d’un costume avec cravate sombre, malgré la chaleur étouffante dans la salle d’audience.

Puis, Nicolas Sarkozy est retourné à la barre pour s’expliquer une dernière fois. « Je me suis battu, j’ai mis une énergie que peut-être la cour peut imaginer. J’ai assumé, j’ai argumenté. Ma vie a été scrutée et rien n’a été trouvé. » L’ancien président a martelé sa détermination, la mâchoire serrée. « On a dit que j’étais quelqu’un qui était au-dessus des lois. Mon dieu, si vous saviez, monsieur le président ! » s’est-il exclamé. Nicolas Sarkozy a ensuite demandé « à être jugé comme n’importe qui, à être traité comme les autres ». « Je demande à être jugé pour ce que j’ai fait, pas pour ce que je suis », a-t-il insisté.

« Quand je me suis retrouvé à la [prison de la] Santé, ce n’est pas un président de la République qui laissait sa fille en larmes, c’était un homme. » L’ancien président a été condamné en première instance à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs, avec exécution immédiate. Cette condamnation, dont il a fait appel, l’a conduit à passer près de trois semaines incarcéré, avant d’être remis en liberté sous contrôle judiciaire. Dès jeudi, Nicolas Sarkozy va « attendre », a-t-il affirmé, tout en se demandant « Est-ce que je vais y retourner ? » en faisant allusion à sa détention. Il sera fixé le 30 novembre à 14 heures, date à laquelle le président de la cour a annoncé qu’il rendrait sa décision.

L’ancien chef de l’État s’est également « permis » de répondre avec une tonalité plus « politique » aux réquisitions du parquet général, qui a réclamé, le 13 mai, sa condamnation à une peine de sept ans de prison ferme. « On a osé dire – l’accusation – que j’avais été élu en mai 2007 dans une élection biaisée. (…) Celui qui a osé prononcer ces mots a oublié que c’était l’élection qui a mobilisé le plus de Français. » Nicolas Sarkozy a rappelé les 84% de participation à cette élection présidentielle, en ironisant que ces électeurs « ont donc été abusés par l’argent – que vous n’avez pas retrouvé – de monsieur Kadhafi ? »

« Monsieur le président, je vous le dis droit dans les yeux : je tiens parce que je suis innocent. »

Nicolas Sarkozy

devant la cour d’appel de Paris, le 27 mai 2026

« J’aime mon pays et je ne peux pas comprendre que dans la France de 2026, un homme soit condamné à sept ans de prison pour des faits qu’il n’a pas commis et contre lesquels, après quatorze ans d’enquête, il n’y a aucune preuve. » La gorge nouée, Nicolas Sarkozy a insisté : « Jamais je ne pourrais avouer quelque chose que je n’ai pas fait. Ce n’est pas la comédie que j’ai jouée devant vous. »

Le prévenu a souhaité adresser ses tout derniers mots aux parties civiles, ces proches des 170 personnes tuées à bord du DC-10 d’UTA, qui a explosé en plein vol en 1989 au-dessus du Niger. Selon l’accusation, l’une des contreparties du pacte de corruption conclu entre Nicolas Sarkozy et la Libye de Mouammar Kadhafi est l’examen de la situation judiciaire du terroriste Abdallah Senoussi, condamné pour avoir fomenté l’attentat du DC-10. Ce que l’ancien président de la République continue de nier fermement. « Je n’ai pas reçu un centime d’argent libyen dans ma campagne », a-t-il répété mercredi.

Tout au long de la journée, la défense de Nicolas Sarkozy s’est surtout attachée à démontrer les faiblesses des réquisitions du parquet général, qui a désigné l’ancien président comme « l’instigateur » de l’association de malfaiteurs. Pour Christophe Ingrain, l’un de ses avocats, « Il y a dans cette affaire des hypothèses à la pelle et, pour combler les carences, le recours à cette infraction de sauvetage qu’est l’association de malfaiteurs. » Selon lui, « à aucun moment, on ne vous démontre qu’il aurait organisé, participé, imaginé, mis en place, ou même eu connaissance d’actes préparatoires. »

« On veut condamner Nicolas Sarkozy non pas pour ce qu’il a fait, mais pour ce qu’on imagine qu’il a pensé. »

Christophe Ingrain, avocat de Nicolas Sarkozy

dans sa plaidoirie, le 27 mai 2026

S’inquiétant de la durée de l’affaire, l’avocat a poursuivi : « Treize ans. Ça fait treize ans qu’on cherche, qu’on fouille, qu’on perquisitionne. Treize ans qu’on accumule les tomes. » « Tout n’est pas possible, même pour condamner Nicolas Sarkozy ! »

Sébastien Schapira, également avocat de Nicolas Sarkozy, a fait référence à Pierre Sarkozy, fils de l’accusé, venu soutenir son père dans le public mercredi. « J’ai parlé avec un jeune homme inquiet pour son père, je lui ai dit qu’il n’avait pas à l’être. Je lui ai dit que les débats avaient permis d’entrer dans chaque difficulté de ce dossier, j’ai confiance. » L’avocat a ensuite demandé à la cour de ne pas oublier le « doute abyssal qui traverse ce dossier depuis le premier jour. »



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