A l’occasion de l’entrée de l’historien et de sa femme Simonne Vidal au Panthéon, mardi, France 2 diffuse un documentaire qui retrace le parcours hors du commun de cet intellectuel qui a payé de sa vie son engagement contre le nazisme.
Un hommage à Marc Bloch
« La France, dont certains conspireraient volontiers à m’expulser, demeure quoi qu’il arrive la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur. » Ainsi parlait l’universitaire Marc Bloch de son pays tant aimé, qu’il a défendu avec courage lors des deux guerres mondiales, et pour lequel il est tombé à 57 ans sous les balles de l’occupant nazi, le 16 juin 1944, après son arrestation trois mois plus tôt à Lyon et sa torture par la Gestapo à la prison de Montluc. Afin d’honorer « son œuvre, son enseignement et son courage », selon les mots d’Emmanuel Macron, l’historien fera son entrée mardi 23 juin au Panthéon, haut lieu de la mémoire nationale. Il y demeurera aux côtés de son épouse, Simonne, et d’autres illustres résistants, comme Jean Moulin et Missak Manouchian.
Le documentaire « Marc Bloch, au nom de la France »
Un documentaire intitulé Marc Bloch, au nom de la France, réalisé par Hugues Nancy et diffusé mardi 23 juin à 22h10 sur France 2, dans la foulée de la cérémonie de panthéonisation, retrace l’exceptionnel destin de cet éminent spécialiste du Moyen Âge, qui a révolutionné le champ de la recherche historique par le dialogue avec d’autres disciplines. Le film, ponctué par des écrits de l’historien, raconte également ce qui a poussé ce républicain convaincu à s’engager par deux fois afin de défendre sa patrie et comment il est entré en résistance lors de la Seconde Guerre mondiale.
Une vie dédiée à l’histoire
Fils d’un brillant professeur d’histoire d’origine alsacienne, Marc Bloch choisit, lui aussi, de se dédier à cette discipline et devient historien. En 1914, âgé de 28 ans, il est envoyé sur le front lors de la Première Guerre mondiale. Sous-officier, il reçoit la Croix de guerre pour ses faits d’armes et son courage. Il n’en oublie pas pour autant sa vocation et consigne dans des carnets ses impressions d’historien, comme on peut l’entendre dans le documentaire. C’est à son retour qu’il devient une figure du monde universitaire, initiateur d’un courant appelé l’école des Annales, qui accorde moins d’importance à l’histoire des « grands hommes », et ouvre la recherche historique aux enseignements de la sociologie, la géographie, la psychologie ou l’économie.
Engagement patriotique et résistance
En 1939, alors qu’éclate la Seconde Guerre mondiale, Marc Bloch a 53 ans et une famille de six enfants. Son sens aigu du patriotisme le pousse à s’engager à nouveau afin de défendre son pays. Capitaine de réserve, il est envoyé dans un premier temps dans un état-major à Strasbourg, puis en Picardie. Il témoigne alors des neuf mois d’attente qui minent le moral des soldats français entre septembre 1939, moment de la déclaration de guerre, et mai 1940, date de l’offensive allemande. Une étrange période que l’on appellera « la drôle de guerre ».
« L’ennui de ces longs mois d’hiver et du printemps 1940, qui a rongé tant d’intelligences, pesait lourdement sur notre caserne, » écrit Marc Bloch. « Plus ou moins intoxiqué sans doute à mon tour par les subtils poisons de l’attente, je songeais sérieusement, je l’avoue, à reprendre ma place à la Sorbonne, quand éclata le coup de tonnerre du 10 mai 1940. »
Il est alors envoyé sur le front en Belgique et assiste, médusé, à la débâcle d’une armée française, mal préparée, qui se croyait protégée par la ligne Maginot, et qui se trouve très vite totalement dépassée par l’ennemi allemand. « Nos soldats ont été vaincus avant tout parce que nous pensions en retard, » relate Marc Bloch. « Les rencontres avec l’ennemi n’ont pas seulement été trop souvent inattendues, elles se produisaient aussi d’une façon à laquelle ni les chefs, ni les troupes ne s’étaient préparées. »
Lorsque Marc Bloch constate que l’armée française n’oppose plus aucune résistance à l’occupant allemand, et que le maréchal Pétain propose à l’ennemi de mettre fin aux hostilités et signe l’armistice le 22 juin 1940, il comprend qu’il lui faut combattre autrement, explique le documentaire. Il quitte l’armée et rejoint sa famille dans sa maison de la Creuse. Il se plonge alors dans l’écriture d’un ouvrage qui restera son plus célèbre et sera publié après sa mort, L’étrange défaite, dans lequel il tente d’analyser les raisons de cette déroute humiliante.
La résistance face à la persécution
La persécution des Juifs, exclus progressivement de la société française, et la multiplication des rafles organisées par le régime de Vichy plongent Marc Bloch dans un tel effroi qu’il ne peut se résoudre à n’être qu’un témoin passif. « Je souffre de me sentir inutile à bien des égards, » écrit Marc Bloch à Lucien Febvre, l’un de ses amis et collègues. Sa révocation de son poste d’enseignant en mars 1943 par le gouvernement de Vichy, parce qu’il est juif, achève de le convaincre qu’il lui faut entrer en résistance.
Après l’invasion allemande de la zone sud, Marc Bloch rejoint Lyon, centre de la Résistance française, en 1943. Il devient un des chefs pour la région lyonnaise au sein du mouvement républicain Franc-Tireur, et participe au journal clandestin du même nom, sous le nom de code Arpajon. Sous l’impulsion de Jean Moulin, les principaux mouvements opposés au régime de Vichy, tels que Combat, Libération et Franc-Tireur, s’unissent pour créer les Mouvements unis de la Résistance (MUR) avant de rejoindre le Conseil national de la Résistance (CNR), présidé par Jean Moulin, peu de temps avant son arrestation.
Marc Bloch participe à l’élaboration des Cahiers politiques de la France combattante, dans lesquels sont imaginées les réformes qui seront mises en œuvre une fois la France libérée. Il intègre la direction de la Résistance unifiée de la région Rhône-Alpes, qu’il réorganise, et lance la Revue libre, sous un nouveau nom de code, Narbonne. Il devient une figure importante de la résistance lyonnaise. Mais, parallèlement, l’étau se resserre autour des résistants de cette région, qui sont traqués sans relâche par la Gestapo.
Les 7 et 8 mars 1944, une vague d’arrestations frappe Lyon. Soixante-trois résistants, dont Marc Bloch, tombent aux mains des Allemands et sont transférés à l’école de santé militaire pour être interrogés par Klaus Barbie et ses hommes. Les archives que l’on découvre dans le documentaire éclairent les circonstances de ces captures. L’arrestation de Jean Bloch-Michel, neveu de Marc Bloch et résistant lui aussi, a notamment permis aux nazis de remonter jusqu’à son oncle, relate le documentaire.
Jean Bloch-Michel reconnaîtra plus tard qu’« il est presque impossible de résister à la torture quand les nazis savent que vous détenez une information précise. » Marc Bloch parlera lui aussi sous la torture, qui l’enverra plusieurs semaines à l’infirmerie, mais il prendra soin de ne donner que des noms de résistants déjà exfiltrés à l’étranger, comme le montre le compte-rendu de son
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