Cette soirée du mardi 23 juin sera marquée par l’entrée au Panthéon de Marc Bloch, résistant, combattant des deux guerres, fusillé en 1944. Il est aussi l’auteur d’un livre de référence qui reste à ce jour l’un des plus vendus : « L’étrange défaite » qui racontait avant tout le monde la soumission de la France de Vichy au régime nazi.
Un lieu de mémoire
C’est aujourd’hui un simple champ de maïs. Mais pour Suzette Bloch, un lieu de mémoire et de recueillement. Ici, le 16 juin 1944, son grand-père, Marc Bloch, à l’âge de 57 ans, a été fusillé par les nazis, avec 28 autres résistants. « C’est ma façon de saluer leur mémoire, celle de mon grand-père, mais aussi des 28 autres, pour leur engagement, pour la liberté », s’exprime Suzette Bloch.
Un homme exceptionnel
Dans ce moment terrible, le plus jeune s’est inquiété : « Est-ce que ça va faire mal ? » « Tu verras », l’a rassuré Marc Bloch, « On n’a pas le temps de souffrir. » Je pense que c’était un homme exceptionnel. Il savait les risques en rentrant dans la clandestinité. Il ne s’est jamais dérobé, souligne Suzette Bloch.
Un parcours héroïque
Marc Bloch, premier historien à faire son entrée au Panthéon. Combattant de la liberté dès la Première Guerre mondiale, décoré de la Légion d’honneur pour son courage dans les tranchées. Après-guerre, c’est un brillant professeur d’histoire. Il enseigne à la Sorbonne. Mais Marc Bloch est juif. En 1940, il subit les lois antisémites de Vichy. Son appartement est confisqué. En 1943, il rejoint la Résistance et devient chef du réseau Front-Tireur Avion. L’universitaire y mène une vie clandestine. Voici l’une de ses cartes d’identité fabriquée par la Résistance au nom de Maurice Petit. Faux nom, fausse signature, mais vraie photo. C’est son dernier portrait. Marc Bloch est dénoncé, arrêté par la Gestapo et incarcéré au fort de Montluc de sinistre mémoire. « C’est la cellule numéro 75 dans laquelle Marc Bloch est arrivé le 8 mars 1944 », indique Stéphane Nivet, historien, auteur de « Marc Bloch, un historien dans la résistance ». Il y sera torturé. « On sait qu’il a été passé à la baignoire par des collaborateurs français de la Gestapo. Il a été torturé par les hommes de Klaus Barbie. On a des témoignages où Marc Bloch est revenu couvert d’ecchymoses, véritablement blessé dans sa chair », rapporte Stéphane Nivet.
Un exemple pour les générations futures
80 ans plus tard, il reste un exemple français. « L’entrée de Marc Bloch au Panthéon, elle met en lumière à la fois l’héroïsme de son action puisqu’il s’est sacrifié dans la Résistance, il a perdu la vie pour la libération du pays, mais aussi c’est l’historien, c’est l’héroïsme de la raison, c’est l’homme qui a recherché la vérité, c’est l’homme qui, dans L’Étrange Défaite, a eu la lucidité que tout un pays n’avait pas », estime Stéphane Nivet.
Un livre visionnaire
L’Étrange Défaite, son ouvrage le plus célèbre, un livre témoignage qu’il écrit en 1940, alors qu’il est mobilisé. Il est le premier à dénoncer la capitulation française signée par le maréchal Pétain, mais aussi la désorganisation de l’armée et la responsabilité de l’état-major, un tabou à l’époque. Aujourd’hui, dans les cours d’histoire, certains collégiens étudient ce livre à l’incroyable destin. « C’est assez extraordinaire ce qui est arrivé aux manuscrits de L’Étrange Défaite parce qu’il sait que c’est très dangereux d’avoir un manuscrit qui critique Vichy, qui critique les militaires, donc il le donne à différentes personnes qui le cachent », précise Renaud Farella, professeur d’histoire au collège Lucie Faure. L’Étrange Défaite ne sera publié qu’après sa mort. Un témoignage visionnaire. « On est à l’été 1940, le gouvernement de Vichy vient de se mettre en place et il sent déjà à quel point la dictature est en marche. Finalement, L’Étrange Défaite, c’est son premier acte de résistance », déclare-t-il. Pour les jeunes générations, son audace résonne comme un exemple. Toute la classe assistera à la cérémonie de panthéonisation de cet homme au destin hors du commun.