Le dispositif pourrait désormais être uniquement réservé aux demandeurs d’emploi. La mesure est prévue dans le volet « dépenses » du budget 2026. Les autos-écoles et candidats au permis estiment qu’elle restreint la liberté et l’accès à l’emploi pour de nombreuses personnes.
Une nouvelle réalité pour les candidats au permis
« Le permis, c’est mon passeport pour l’emploi« . À 42 ans, David Ferrand n’a jamais conduit de toute sa vie. Pourtant, depuis qu’il a trouvé un emploi sur un chantier naval, avoir le permis est devenu une nécessité. Tellement important pour lui que cet habitant d’Agde, dans l’Hérault, est prêt à faire plusieurs centaines de kilomètres pour passer le permis… dans le Val-d’Oise. « Il n’y avait pas de dates avant avril vers chez moi« , nous confie-t-il.
Pourquoi un tel empressement ? Pour son nouvel emploi bien sûr mais pas seulement. Cet ancien habitué du secteur du commerce craint de figurer parmi les derniers actifs à financer son permis grâce au CPF, le compte personnel de formation. Cela pourrait bientôt n’être autorisé que pour les demandeurs d’emploi. Cette mesure est prévue dans le volet « dépenses » du budget 2026, texte transmis au Sénat après son adoption par l’article 49.3 à l’Assemblée Nationale le mardi 27 janvier. « Je sais que sans le CPF, je ne pourrais pas financer mon permis alors j’ai fait les choses rapidement, car j’ai trois mois pour le passer et garder mon emploi à l’issue de ma période d’essai« , estime David Ferrand.
Impact sur les autos-écoles
Une mesure qui touche donc les candidats mais qui impacte également les autos-écoles. Et pour cause : près d’un quart des candidats au permis B, soit environ 1,5 million en 2024, selon le ministère de l’Intérieur, ont financé leur formation avec un CPF.
Depuis 2019, le permis B, qui coûte en moyenne 1.500 à 2.000 euros, était devenu la formation la plus souvent financée par le CPF : il représentait 23 % des formations financées en 2023, selon la Dares (ministère du Travail).
Raphaël Barsikian est gérant de deux autos-écoles dans le Val-d’Oise. Il reconnaît que depuis quelques jours, « c’est la panique » au sein de ses deux structures. Les demandes d’inscriptions explosent. « On en a deux fois plus que d’habitude« , estime l’enseignant de conduite. « Beaucoup de gens nous demandent de les inscrire sans même passer un test de compétences qui permet de définir le nombre d’heures dont ils ont besoin, ce n’est pas possible.«
Une course aux inscriptions pour l’instant, mais l’enseignant s’attend ensuite à une baisse de la fréquentation dans les autos-écoles. « C’est à prévoir, car nous faisons 50 % de notre chiffre d’affaires à travers les inscriptions via le CPF. Il va y avoir beaucoup de jeunes actifs qui ne pourront plus financer leur permis et les autos-écoles risquent de souffrir« , explique-t-il.
Les acteurs du secteur en désaccord
« Nous regrettons que cette décision ait été prise sans concertation des acteurs du secteur« , note pour sa part Edouard Rudolf, PDG de l’auto-école en ligne En Voiture Simone et vice-président de la Fédération des Enseignants d’Auto-École nouvelle génération. « Il faut comprendre que pour beaucoup de gens, le permis n’est pas un luxe, c’est quelque chose d’essentiel pour leur mobilité et leur insertion professionnelle« , assure-t-il.
Dans un communiqué commun, l’association « 40 millions d’automobilistes » et plusieurs réseaux d’auto-école déclarent que cette mesure « frappe de plein fouet la France qui travaille, cotise, mais dépend de la voiture faute de transports collectifs« .
« Nous vous demandons solennellement de retirer du projet de loi de finances pour 2026 l’amendement visant à restreindre fortement le financement du permis de conduire par le Compte Personnel de Formation (CPF)« , écrit enfin Patrick Mirouse, président du groupe d’auto-écoles Ecole de Conduite Française dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre Sébastien Lecornu le 27 janvier.
Le texte sera examiné au Sénat ce jeudi.