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Incendies en Gironde : Comprendre les pyromanes

Alors que le feu est stabilisé en Gironde, d’autres continuent de brûler un peu partout. Dans deux tiers des cas, on parle d’incendies volontaires criminels. Le psychiatre et criminologue Pierre Lamothe explique ce qu’il se passe dans la tête des auteurs.

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Incendie en Gironde, le 26 juillet 2026. Photo d'illustration. (ROMAIN PERROCHEAU / AFP)
Incendie en Gironde, le 26 juillet 2026. Photo d’illustration. (ROMAIN PERROCHEAU / AFP)

Avec une météo plus favorable, jeudi 30 juillet, la Gironde voit la vigilance orange canicule levée. L’incendie géant est enfin stabilisé après 42 000 hectares ravagés, tandis qu’il est désormais contenu dans le Var. Cependant, ailleurs, des feux progressent encore, comme en Corse ou en Côte-d’Or.

Pour ce qui est de l’origine de ces feux, 263 personnes ont été interpellées depuis le 28 juin, soupçonnées d’avoir déclenché des feux de forêt. Dans deux tiers des cas, il s’agit d’incendies criminels, volontaires. Qui sont donc ces incendiaires et pyromanes qui sèment le feu et la destruction ? Il semblerait qu’il existe une certaine fascination, certains d’entre eux étant même des pompiers volontaires.

Pierre Lamothe, psychiatre et criminologue qui a pris en charge plus d’une vingtaine de cas de pyromanes au cours de sa carrière, explique la distinction entre un incendiaire et un pyromane. « L’incendiaire est quelqu’un qui met le feu délibérément pour atteindre quelqu’un ou quelque chose, dit-il. Il met le feu à quelque chose qu’il connaît. »

« L’incendiaire est tout à fait conscient de son geste et, à la limite, il ne veut pas agir clandestinement. Il aimerait être reconnu, quelque part, pour que sa vengeance soit identifiée. »

Pierre Lamothe, psychiatre et criminologue

« Il agit parfois en état d’ivresse et il est moins typé masculin que le pyromane, » ajoute le spécialiste. « Il y a quelques femmes qui ont mis le feu, comme une fois dans le 16e arrondissement de Paris, il y a quelques années. »

« Le pyromane, c’est presque l’inverse, » poursuit Pierre Lamothe. « Le pyromane souhaite rester inconnu, il agit sous cape et il met le feu à quelque chose qui n’a pas de signification pour lui. En principe, il ne cherche pas à blesser ou tuer. »

Avec son suffixe -mane, le pyromane relève d’une addiction « comme pour un toxicomane, » rappelle le spécialiste. De plus, « l’état second dans lequel ils agissent » dépasse souvent les auteurs et protège en quelque sorte leur conscience. Il est donc nécessaire d’effectuer un « travail de prise de conscience en psychothérapie. »

Face à quelqu’un qui est dans le déni complet, on tente de lui parler de « celui qui a fait ça, » raconte le docteur, et un jour, parfois, on entend : « Ben, celui qui a fait ça, c’était moi. »

« Je ne pense pas en avoir guéri beaucoup, au moins trois ou quatre, qui ont été confrontés à la réalité de leurs pulsions internes et de comment ils les avaient laissées sortir, » précise le docteur, soulignant la difficulté du processus pour les patients.

La pyromanie n’est pas une maladie mais un symptôme de trouble de la personnalité.

« Le pyromane vit cette espèce de mouvement extraordinaire du rapport bénéfice-risque qui est sensationnel, parce qu’avec une toute petite allumette, on donne lieu à un spectacle qui est maintenant magnifié aux actualités en plus. »

Pierre Lamothe

« D’où d’ailleurs l’apparition d’un petit quota de personnes différentes, qui sont plus des immatures vivant l’excitation que les pyromanes classiques, qui sont réservés et peu identifiables dans la société, » ajoute le médecin.

La plupart des pyromanes sont souvent « des gens qui ont été corsetés par une loi non négociable, » parfois même « sadique, » explique Pierre Lamothe, et cela touche les hommes à 99 % à cause d’un problème « d’affirmation » qui concerne principalement les garçons.

Si le feu produit évidemment une véritable fascination sur les pyromanes, il se caractérise aussi par une facilité de mise en œuvre. Pierre Lamothe parle même de « conduites ordaliques perverses » chez certains individus, c’est-à-dire ceux « qui font semblant de ne pas faire exprès. » Ils laissent tomber des mégots, pensant se dédouaner d’une absence de désir de nuire. « C’est une perversion très courante, » assure le spécialiste, « et il faut souligner les extraordinaires progrès de la police scientifique qui fait qu’on en arrête, » ce qui n’était pas le cas auparavant.

Dans le cas particulier du pompier pyromane, « la conscience et la culpabilité sont aussi atténuées par le fait que, dans un sentiment de toute-puissance, il intervient également pour éteindre le feu. »

« Je pense que ça serait bien qu’on arrive à faire suffisamment peur et que les gens prennent suffisamment conscience de la destructivité qu’ils ont entraînée, » conclut le médecin.

Ceci étant, la pyromanie reste très rare, y compris parmi les personnes récemment condamnées pour des allumages d’incendies. D’autres troubles ont été détectés chez ces personnes, comme l’alcoolisme, la toxicomanie, la schizophrénie ou encore l’autisme.



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