Une reprise de Madonna créée avec l’aide de l’intelligence artificielle s’est hissée parmi les titres les plus populaires en Australie. Face à la multiplication de ces morceaux, le pays a décidé de ne pas prendre en compte dans ses classements les chansons entièrement générées par IA.
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En Australie, une chanson devra désormais, en cette rentrée 2026, être « principalement d’origine humaine » pour pouvoir figurer dans les classements musicaux. Les morceaux entièrement générés par intelligence artificielle en seront exclus, selon les nouvelles règles de l’Association australienne de l’industrie phonographique (ARIA).
L’objectif affiché est de préserver la place de la création humaine, alors que les chansons fabriquées grâce à l’intelligence artificielle se multiplient sur les plateformes et commencent à se faire une place dans les classements.
Un morceau a particulièrement nourri le débat en Australie : une reprise de Like a Prayer, le tube de Madonna sorti en 1989. La chanson, reprise par le DJ Josh Fawaz, utilise notamment une voix et une batterie générées par intelligence artificielle et s’est hissée parmi les titres les plus populaires du pays. Avec les nouvelles règles australiennes, un tel morceau pourrait être exclu des classements s’il est considéré comme principalement généré par IA.
Reste une difficulté : déterminer où s’arrête l’assistance technologique et où commence la création artificielle. L’ARIA n’a évidemment pas de « détecteur d’IA » capable de trancher automatiquement. Le système reposera notamment sur les informations fournies par les producteurs, avec la possibilité de mener des vérifications en cas de doute.
L’utilisation de l’intelligence artificielle ne sera d’ailleurs pas totalement interdite. Un morceau pourra rester éligible si l’IA n’a joué qu’un rôle partiel dans sa création. L’utilisation d’une voix principale générée artificiellement peut en revanche conduire à son exclusion.
La frontière est d’autant plus difficile à tracer que l’intelligence artificielle est déjà utilisée comme un outil de production musicale. En France, le phénomène s’est notamment illustré avec Pilé, de Mauvais Djo. Une version gospel du morceau, réalisée par un collectif, utilise une chorale générée par intelligence artificielle. Le titre a pourtant été largement diffusé sur les radios françaises.
Cet exemple illustre toute la difficulté du débat : faut-il traiter de la même manière une chanson intégralement fabriquée par une machine et un morceau créé par un artiste qui utilise ponctuellement l’IA comme un nouvel instrument ?
L’enjeu devient considérable avec l’explosion du nombre de morceaux produits par intelligence artificielle. Sur les plateformes de streaming, une part croissante des nouveaux titres mis en ligne est désormais entièrement générée par des machines. Cette multiplication pose aussi une question économique. Les revenus du streaming sont répartis en fonction des écoutes : lorsqu’un morceau généré artificiellement accumule les écoutes, il peut donc capter une partie des sommes qui auraient autrement été réparties entre des artistes humains.
L’Australie n’est ainsi pas seule à vouloir établir de nouvelles règles. Plusieurs grandes organisations de l’industrie musicale travaillent désormais à des systèmes permettant d’indiquer si un morceau a été généré ou simplement assisté par intelligence artificielle.
Derrière la bataille des classements se dessine donc une question beaucoup plus large : à l’heure où une machine peut produire en quelques secondes une chanson, une voix ou des chœurs crédibles, comment distinguer l’outil au service d’un artiste de l’artiste artificiel ?