Nommer, cest contrôler : Les enjeux de la renaming des lieux par Trump, du lac dAmérique au






Donald Trump et sa toponymie obsessionnelle

Donald Trump a reposté, dimanche, une carte suggérant de renommer l’État du Nouveau-Mexique en « Nouvelle Amérique ». Un énième exemple de l’obsession du président américain pour la toponymie. De des États-Unis allant du Mexique jusqu’à l’Islande, en passant par les Antilles françaises, Donald Trump a partagé sur son réseau Truth Social, lundi 7 septembre, une carte représentant le drapeau américain qui s’étend bien au-delà des frontières de son pays. Cette obscure revendication territoriale, postée sans la moindre explication du président des États-Unis, est venue s’ajouter à la publication, la veille, d’une carte proposant de renommer le Nouveau-Mexique en « Nouvelle Amérique ». Cet État du Sud-Ouest a été le théâtre de « l’une des plus grandes fraudes électorales de tous les temps », a justifié le républicain sur Truth Social. Une accusation infondée, visant un territoire où il a été devancé par le ou la candidate démocrate à la présidentielle, en 2020 comme en 2024.

Une obsession pour modifier les cartes

Comme le souligne le Washington Post, il est difficile de savoir ce qui a poussé le président américain à soudainement suggérer de rebaptiser un État américain. Mais ce n’est pas la première fois que le chef de l’État veut modifier les cartes géographiques. Au début de son deuxième mandat, en janvier 2025, l’un de ses premiers actes a été de signer un décret renommant le golfe du Mexique en « golfe d’Amérique ». Fin août, après de nouvelles tensions commerciales avec le Canada, il a ressorti son stylo pour rayer le nom « lac Ontario » d’une carte présentant l’étendue d’eau qui sépare son pays de la métropole de Toronto. Nouvelle appellation, aussitôt rejetée par Ottawa : le « lac d’Amérique ».

Une volonté de laisser une marque dans l’histoire

Pour Ludivine Gilli, directrice de l’Observatoire de l’Amérique du Nord à la Fondation Jean-Jaurès, Donald Trump a « une volonté pathologique de laisser sa marque sur l’histoire ». Un désir de construire son héritage qui se manifeste, entre autres, par cette frénésie de rebaptiser des sites géographiques à la gloire de l’Amérique… ou à la sienne. Depuis que le républicain est revenu au pouvoir, des bâtiments, un aéroport, un pont et plusieurs institutions ont pris le nom de Trump ou ont été flanqués de photos à son effigie, liste ainsi Business Insider.

Cette « obsession de baptiser les lieux à son nom » a désormais une désignation technique, selon une tribune de deux géographes au magazine Time : le narcissisme toponymique. « À bien des égards, Donald Trump aborde la carte du monde comme la figure mythologique grecque de Narcisse voyait toute étendue d’eau : une opportunité d’admirer la réflexion de sa propre image », ironisent les deux experts. « C’est un point commun entre les régimes autocratiques et la manière de fonctionner de l’actuel président américain (…), il existe une forme de culte de la personnalité », analyse Ludivine Gilli. Pour une partie de sa base électorale, « peu importe ce qu’il fait, ce qui prime c’est l’attachement à la figure » du milliardaire républicain.

« Donald Trump est considéré comme une sorte de gourou par une partie des ‘Maga’, et c’est aussi pour ça qu’il s’autorise à mettre son nom partout. »

Ludivine Gilli, spécialiste des États-Unis

Les pouvoirs de renommer des lieux

Une même question surgit à chaque décret ou chaque post sur Truth Social : Donald Trump a-t-il le droit de rebaptiser ainsi, à l’envi, tous les sites géographiques ? Tout dépend du lieu. « Seul un État peut choisir de changer son nom ; le Nouveau-Mexique ne le fera pas. Ce n’est même pas un sujet », balaie Lauric Henneton, maître de conférences à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Le pouvoir fédéral a en revanche « le droit de décider comment on réfère, sur le territoire, au golfe du Mexique ou au lac Ontario. Mais les autorités préfèrent généralement choisir une nomenclature de concert avec les organisations internationales, de manière à permettre à tout le monde d’appeler les choses par le même nom », remarque Ludivine Gilli.

Le milliardaire républicain se soucie toutefois peu des conventions ou des règles. « La loi dit clairement que seul le Congrès a le pouvoir de renommer le Kennedy Center. Donald Trump a tout de même tenté de le faire, parce qu’il en a les moyens, comptant des alliés au sein du conseil d’administration », constate l’experte, alors que le nom du centre de spectacles de Washington fait l’objet d’une bataille judiciaire depuis plusieurs mois. « Le président Trump est concentré sur le fait de sauver notre pays – pas de s’attirer de la reconnaissance », assurait pourtant en février la porte-parole de la Maison Blanche, Anna Kelly, interrogée par la radio NPR.

Le désir de contrôle

Alors pourquoi cette frénésie ? D’abord parce que « nommer, c’est contrôler, revendiquer, maîtriser », souligne Lauric Henneton. « C’est un acte de puissance, qu’on n’entreprend jamais seulement pour soi », assure l’historien. Déjà au XVIIe siècle, en pleine conquête du continent américain, les Britanniques ont « produit des cartes sur lesquelles chaque ruisseau, colline et lieu avaient un nom anglais , rappelle-t-il. Ces cartes étaient destinées aux Néerlandais et aux Espagnols, c’était une manière de communiquer et de leur dire ‘nous sommes en possession des lieux que nous avons nommés’.

Si Donald Trump ne revendique pas la propriété du golfe du Mexique ou du lac Ontario, l’historien retrouve dans cette volonté du chef d’État de rebaptiser ces étendues d’eau une « forme d’impérialisme ». « Cela réactive la notion d’America First, qui est surtout chez [le républicain] un slogan, mais derrière laquelle il y a une vraie doctrine », abonde Ludivine Gilli. « Il y a, dans son entourage, des membres des milieux nationalistes et suprémacistes, qui lui soufflent peut-être ces idées », avance-t-elle.

Donald Trump signe un décret renommant le lac Ontario en 'lac d'Amérique'
Donald Trump signe un décret renommant le lac Ontario en « lac d’Amérique », le 27 août 2026 à la Maison Blanche (Washington, États-Unis). (ANDREW HARNIK / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Distractions stratégiques

En janvier 2025, le géographe Frédéric Giraut évoquait déjà, dans une tribune au Monde, la « posture néocoloniale » du locataire de la Maison Blanche. « Il s’agit ni plus ni moins de substituer une référence européenne – Amérique – à une référence aux sociétés préhispaniques, le Mexique », estimait-il, citant également l’exemple du mont Denali. Ce pic de la chaîne des Rocheuses, longtemps connu sous le nom de mont McKinley, avait retrouvé son appellation d
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