Cécile McLorin Salvant revisite des classiques : Ces chansons ont toujours été présentes dans





Cécile McLorin Salvant et son nouvel album

Tous les jours, une personnalité s’invite dans le monde d’Élodie Suigo. Lundi 14 septembre 2026, la chanteuse de jazz franco-américaine Cécile McLorin Salvant sort un nouvel album intitulé With Every Breath I Take.

Publié le 14/09/2026 à 15:56

Temps de lecture : 4 min

Cécile McLorin Salvant, en octobre 2024, à Skopje, en Macédoine du Nord. (Tomislav Georgiev / XinHua)
Cécile McLorin Salvant, en octobre 2024, à Skopje, en Macédoine du Nord.
(Tomislav Georgiev / XinHua)

Cécile McLorin Salvant est aujourd’hui l’une des voix les plus fascinantes du jazz contemporain. Triple lauréate des Grammy Awards, elle a imposé un univers unique, mêlant jazz, musique classique, chanson, théâtre et poésie. Ce nouveau disque, With Every Breath I Take, sorti en juin 2026, marque une étape importante de son parcours. Pour la première fois, elle est accompagnée par le Metropole Orkest dirigé par Jules Buckley avec des arrangements de Darcy James Argue. Ensemble, ils revisitent des œuvres de Stephen Sondheim, de Jacques Demy, de Michel Legrand ou encore de Bertolt Brecht, avec sa composition originale Left Over. Un album qui brouille les frontières entre le jazz, la musique symphonique, le cinéma et le théâtre.

Une réflexion sur le temps

franceinfo : Vous dites que ce disque parle moins d’amour que du temps, que le souffle est finalement la mesure la plus intime du temps qui passe. Est-ce cette idée qui a guidé tout l’album ?

Cécile McLorin Salvant : Oui, enfin, ce qui a guidé tout l’album, c’est mon intuition. J’ai fait ça avec le cœur et je n’ai pas calculé le truc. C’est surtout en pensant à l’album, une fois qu’il a été fait, que je me suis rendu compte que toutes ces chansons m’ont accompagnée toute ma vie. Il y a des chansons, ça fait 25 ans que je les chante, il y en a, ça fait toute ma vie que je les entends, que je les comprends d’une certaine manière.

« Quand j’avais 16 ans, je les voyais d’une certaine manière, maintenant, j’en ai 36, je les vois complètement différemment. »

Cécile McLorin Salvant

Pour moi, ce sont vraiment des chansons qui elles-mêmes parlent du passage du temps, des regrets, de la nostalgie. J’ai changé avec ces chansons, je les ai comprises différemment. Donc, voilà, c’est pour ça que ça me fait penser à ça surtout.

Le choix des chansons

Qu’est-ce qui a fait que vous ayez choisi celles-ci en particulier ?

Les Parapluies de Cherbourg, c’est une chanson que j’ai découverte en tournée en France, il y a peut-être 10 ou 15 ans. Il y avait un cinéma qui jouait le film Les Parapluies de Cherbourg et je n’avais jamais entendu parler de ce film. Je croyais que c’était un film normal, je me suis assise et il n’y avait que de la musique du début jusqu’à la fin. Bien sûr, j’étais complètement changée après. Ça m’a fait pleurer, l’après-midi en pleine tournée. Une chanson comme Send in the Clowns, je l’ai chantée au mariage de ma sœur, alors qu’elle n’a rien à voir avec un mariage, parce que c’est une chanson sur un amour manqué. Je ne la comprenais pas, j’avais 16 ans quand elle s’est mariée. Et une chanson comme Lush Life, c’est une des premières chansons que j’ai apprises au conservatoire à Aix, donc elles sont toutes vraiment très proches de moi.

Son enfance et le début de sa relation avec la musique

Vous êtes née à Miami d’une mère française et d’un père haïtien. À quel moment est arrivée la musique dans votre vie ?

Avant le début de ma vie. Ma mère adore la musique, mon père aussi. Mon père chante très bien et écoute de la musique tout le temps, donc je suis née dans la musique. J’ai vu des vieux films de mon enfance, il y avait toujours de la musique en fond, très fort.

Vous avez commencé par le chant classique. À quel moment comprenez-vous que vous avez une voix ?

Je crois que je n’ai jamais décidé en fait. Tous les jours, je décide de faire de la musique et je crois qu’au début, dans la vingtaine, je me suis dit : je vais essayer ça pendant un an et on verra où ça me mène. J’ai toujours fait comme ça, en tâtonnant.

Le jazz comme destin

Vous avez étudié à Aix-en-Provence, où le jazz a pris une place décisive. N’avez-vous pas l’impression que c’est le jazz qui vous a choisi ?

Ah oui, c’est clair et net, ça, c’est sûr. Mon prof à Aix-en-Provence m’a quasiment forcée à aller à l’audition au concours d’entrée pour le Conservatoire. Je ne voulais pas le faire. J’étais dans une prépa Sciences Po, je faisais du droit. Le jazz, pour moi, c’était un truc un peu à faire à côté, pas du tout mon plan. Et lui m’a croisée dans la rue et il m’a demandé si j’allais au concours d’entrée. Je lui ai dit que je ne savais pas. Il m’a dit, « Mais non, tu n’as pas le choix, tu dois y aller et si tu n’y vas pas, je vais te trouver et je vais t’amener au concours d’entrée ! »

Une expérience mémorable au concours d’entrée

Comment s’est passé ce concours ?

Ça s’est bien passé. J’ai improvisé sur une chanson, mais c’était la pire improvisation qu’on puisse imaginer. C’était horrible, mais on m’a quand même acceptée dans la classe premier niveau. C’était parfait et je suis très contente d’avoir pu faire ça.

La vulnérabilité comme force

On parle souvent de vous en mentionnant votre virtuosité, et pourtant, ce qui touche, c’est votre fragilité. La vulnérabilité est-elle devenue votre plus grande force ?

Peut-être qu’on y arrive. Je ne suis pas encore complètement vulnérable, mais je pense que c’est plus ça que la technique qui fait qu’on connecte avec le public.



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