ENTRETIEN. Ma volonté est de démocratiser la mode, de louvrir et non de la fermer : Dominique





Dinan : 30 ans du Festival International des Créateurs de Mode

Depuis trente ans, le festival donne la parole à des talents en herbe fraîchement diplômés ou ayant créé leur marque depuis peu. Du 9 au 11 octobre 2026, Dinan vibre au rythme de la mode avec le défilé de dix jeunes créatrices en lice au théâtre des Jacobins, pour le Grand Prix du Festival international des créateurs de mode. Dans un entretien, Dominique Damien Réhel, fondateur et président du festival, lève le voile sur cette édition anniversaire.

Le festival fête son 30e anniversaire.

Franceinfo Culture : Quel est le souvenir le plus marquant de sa première édition ?
Dominique Damien Réhel : La première édition, qui a eu lieu en 1996 à Saint-Malo, s’appelait le Festival international des créateurs de mode. L’événement le plus marquant de cette unique édition a été la venue de l’artiste Alain Chamfort qui venait juste de sortir son titre Manureva. C’est un chanteur, compositeur que j’aime beaucoup et que j’ai réussi à faire venir pour un concert au Palais du Grand Large de Saint-Malo.

Dix créateurs étaient en lice à l’époque.

Plus que ça : ils étaient presque vingt créateurs. Dans le jury, il y avait un mannequin que j’adorais, Katoucha, égérie du couturier Yves Saint Laurent. C’est quelqu’un qui m’a beaucoup marqué et n’est malheureusement plus là.

Pourquoi le festival est-il parti à Dinard, puis à Dinan ?

Saint-Malo ne voulait pas renouveler le festival et je me suis dit : pourquoi pas Dinard ? Je me suis rendu à la mairie pour prendre rendez-vous avec le maire, Marius Mallet, qui m’a reçu immédiatement. Après lui avoir présenté mon festival, il m’a dit : « Dinard vous ouvre ses portes », et elles ont été ouvertes pendant vingt ans. Cependant, sa femme, qui a pris le relais de son mari à la mairie, n’a pas renouvelé le festival. Nous avons alors envoyé des communiqués de presse pour annoncer que le festival ne restait pas à Dinard, ce qui a suscité beaucoup de demandes : le Touquet, la Baule, Lille… et Dinan. On reste en Bretagne, ce sont mes racines, je ne voulais pas trop m’éloigner. J’ai été accueilli à bras ouverts par la mairie et toutes ses équipes dans cette ville médiévale.

Affiche de la 30e édition du Festival international des créateurs de mode de Dinan en octobre 2026.
Affiche de la 30e édition du Festival international des créateurs de mode de Dinan en octobre 2026. (DAPHNÉE CHAROT / MATHIS BAUR ZAMBAUX)

Un double anniversaire à célébrer.

C’est un double anniversaire puisque le festival fête également ses 10 ans à Dinan. Trente éditions, trente Grands Prix. Quels sont les créateurs présents aujourd’hui à la Fashion Week ?
Nous avons la créatrice franco-japonaise Ken Okada, dont la maison a fêté ses 25 ans le 28 septembre avec sa collection François Ier-The Mononoke Spirit, au premier jour de la PFW féminine printemps-été 2027, ainsi que le créateur hongkongais Manix Wong avec sa marque Laclos Paris qui vient d’ouvrir une boutique à Hong Kong. Julien Paoletti, notre Grand Prix 2025, a également défilé en mars et début octobre lors de la PFW. Rebecca Nardi et Daphnée Charot, des créatrices de l’édition 2025, ont été choisies pour défiler à la Fashion Week au Canada, tandis qu’Eden Kilola Zola, prix Pierre Cardin 2025, part pour la Fashion Week du Congo. Nous suivons nos créateurs, et c’est important de les guider dans leur passion et leur métier.

La présidence du festival cette année.

La présidence du festival est assurée par deux maisons, On aura tout vu et Pierre Cardin. Pour les 30 ans, j’aurais souhaité avoir plus de couturiers ayant fait le festival : je voulais rassembler plusieurs créateurs, mais pour des raisons d’emploi du temps, certains ne pouvaient pas être présents. Il y aura la maison On aura tout vu, composée de Livia Stoianova et Yassen Samouilov, dont j’aime beaucoup le travail, ainsi que Rodrigo Basilicat-Cardin, président du Groupe Cardin et directeur artistique de la Maison Cardin. Il est passionnant et aime la musique.

Les candidatures au festival.

Un peu plus de 400 dossiers ont été reçus, entre les candidatures spontanées et celles que nous allons chercher dans les différentes écoles de mode. Nous faisons une présélection et présentons au jury une vingtaine de dossiers. Cette saison, il y a une Allemande, une Vietnamienne, une Libanaise et trois Bretonnes.

Des candidates exclusivement cette année.

Pour la première fois en trente ans, le festival réunit exclusivement des candidates. On a eu des dossiers de créateurs masculins, mais il y a moins d’étudiants masculins et moins d’étudiants étrangers dans les écoles de mode. Toutefois, il y a de nouvelles nationalités, par exemple, des Mongols, une Américaine, une Allemande et des étudiants d’Amérique du Sud.

Critères de sélection du festival.

Ce qui m’intéresse au festival, c’est que les créateurs puissent décliner leur collection ; que cela soit portable, vendable et diffusable. 90% des collections présentées sont portables. Par exemple, l’an dernier, la créatrice Rebecca Nardi a présenté un cas particulier avec sa technique de travail des ceintures de sécurité pour promouvoir l’éco-responsabilité. Il est également important que le créateur puisse parler anglais, car Texpertise offre des voyages à l’étranger pour bénéficier de tout ce que cela peut apporter. Des prix comme Caroll et Royal Mer permettent la réalisation d’une collection capsule et les vainqueurs collaboreront avec des équipes.

Les prix décernés cette année.

Les sélectionnées concourent pour le Grand Prix Dinan, deux prix du groupe Beaumanoir, un prix Pierre Cardin, le prix Royal Mer, le prix See and Like – FNH, et deux prix Texpertise Network de Messe Frankfurt.

Évolution des collections à l’édition de cette année.

Les trois catégories (féminines, masculines et non-genrées) sont représentées, mais il y a encore moins de collections masculines. C’est la réalité du marché aujourd’hui. Cinq créatrices présentent une collection féminine et quatre une collection non-genrée. Une seule créatrice présente une collection masculine.

Choix des partenaires du festival.

La recherche de partenaires est un énorme travail. Ce n’est pas simplement une question d’argent, cela doit aussi correspondre à l’ADN du festival. Par exemple, les salons Messe Frankfurt et Who’s Next sont partenaires depuis le début. Ce dernier reçoit, lors de sa session de janvier, les finalistes en plus d’offrir un stand à la gagnante.

Opportunités offertes aux jeunes créateurs.

Depuis 2024, Claudia Franz et Michael Scherpe, PDG de Messe Frankfurt France, offre avec le prix Texpertise une participation au salon professionnel VIATT au Vietnam. Cela a été une opportunité extraordinaire pour Clément Isel, gagnant du prix Texpertise 2024, qui a présenté sa collection au salon VIATT et découvert de nouveaux marchés.

Un festival accessible à tous.

Je tenais à ce que les défilés soient ouverts
FONTE

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