Après le couple de gérants du bar Le Constellation, ce vendredi a lieu la première audition du responsable sécurité de Crans-Montana en Suisse, avant la semaine prochaine de nouveaux interrogatoires du couple Moretti et ensuite du chef des pompiers.
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(AURELIEN THIRARD / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)
Une moyenne de dix heures d’audition par jour. Un rythme effréné qui montre que l’enquête sur l’incendie d’un bar de Crans-Montana a pris sa vitesse de croisière. Et après l’audition, jeudi 5 février, de Jean-Marc, employé et « fils adoptif » de Jacques Moretti, selon les propres termes du gérant du Constellation – audition qui a duré plus de 11 heures –, vendredi, c’est en tant que prévenu que l’actuel responsable de la sécurité incendie de Crans-Montana en Suisse s’est présenté au petit matin face aux magistrats du parquet général du canton du Valais. Et cela devant une cinquantaine d’avocats de toutes les parties prenantes de cette affaire.
De nombreux journalistes suisses, français ou encore italiens l’attendaient avant qu’il ne s’engouffre dans la salle d’audience. Signe que ce dossier est hors normes : plusieurs avocats suisses confient à franceinfo qu’il s’agit de la plus grosse affaire judiciaire et médiatique que la Suisse ait connue depuis de longues années.
En témoigne d’ailleurs le lieu où se tient l’audition, ce vendredi : non pas dans le palais de justice ou dans le commissariat de Sion, chef-lieu du canton du Valais, mais dans les locaux de l’université locale, seule capable d’accueillir magistrats, prévenus et les très nombreux avocats, qui représentent les proches de 41 morts et des 115 blessés de l’incendie la nuit du réveillon du Nouvel an. La semaine dernière, nombre de ces avocats avaient reproché au parquet général du canton du Valais d’avoir dû suivre les débats dans une salle de retransmission. Car en Suisse, c’est la règle, toutes les parties prenantes du dossier peuvent suivre les auditions. Autre signe que ce dossier n’est décidément pas comme les autres, une décision rarissime en Suisse a été prise par les magistrats du parquet général dès le début de l’enquête : interdire aux avocats de parler du contenu des auditions et imposer le secret pendant un mois renouvelable.
Ainsi, ce responsable sécurité incendie, en poste depuis mai 2024 à Crans-Montana, est le premier représentant de la commune à devoir rendre des comptes devant la justice. Il a la lourde tâche de s’expliquer sur cette question qu’ont en tête toutes les victimes de l’incendie : pourquoi les contrôles de sécurité incendie se sont-ils interrompus en 2019, le dernier ayant eu lieu le 13 mai 2019 ? Si ces contrôles avaient eu lieu tous les ans, comme la loi dans le canton du Valais l’ordonne, le drame aurait-il pu être évité ? La justice pourra demander des explications notamment à propos de deux documents confidentiels que franceinfo a pu consulter. Il s’agit de deux fichiers Excel que la commune de Crans-Montana a envoyés aux trois magistrats qui dirigent l’enquête.
Le premier document, c’est la liste des bâtiments publics – dont les bars et les hôtels de Crans-Montana – contrôlés par les services de sécurité. Et à sa lecture on s’aperçoit que la fréquence des inspections n’est pas respectée. En moyenne, selon ce fichier, les établissements sont visités environ tous les cinq ans. Et donc, Le Constellation où a eu lieu l’incendie n’est pas un cas isolé dans cette station huppée de ski suisse. Ce qui interpelle aussi dans ce premier document, ce sont les comptes rendus très succincts des contrôles, avec des remarques imprécises, évasives. Parfois même on peut lire « pas de visite » ou « pas de rapport », rien qui ne puisse étayer les inspections, dire noir sur blanc ce qui a été vérifié, comme la présence d’extincteurs, de signalétique, de matériaux inflammables ou défectueux, etc.
Le deuxième document, c’est également un fichier Excel et dedans les établissements sont cette fois partagés en code couleur. En vert, orange et rouge. En vert ce sont les établissements aux normes et en rouge ceux qui n’ont pas été contrôlés durant l’année en cours. Le Constellation en fait partie, le document révèle qu’il devait être contrôlé « au printemps 2026 ».
Face à ces deux fichiers gênants, celui qui aura peut-être plus de mal à s’expliquer ce sera l’ancien responsable sécurité incendie de Crans-Montana, en poste jusqu’en mai 2024. Pourquoi les contrôles au Constellation se sont arrêtés le 13 mai 2019, comme le montre le fichier Excel ? Rien ne l’indique. Pour l’instant, il y a donc bien plus de questions que de réponses et les avocats en ont de nombreuses à poser à ces deux hommes. La question du respect des normes de sécurité étant « fondamentale » dans ce dossier pour de nombreux avocats, sollicités par franceinfo. Des avocats qui après avoir dénoncé les « ratés » de l’enquête se satisfont du rythme avec lequel les auditions se succèdent désormais. Sollicitée par franceinfo, la commune de Crans-Montana n’a pas répondu à nos questions.
Car après les auditions – ce vendredi et lundi prochain – des deux responsables de la commune de Crans-Montana, ce sera au tour du couple de propriétaires du bar. Jessica et Jacques Moretti seront à nouveau interrogés le 11 et le 12 février pendant de longues heures. Avant cela, ils ont envoyé une lettre à leurs employés, dont le contenu a été révélé en exclusivité par franceinfo. Une lettre d' »empathie » et d’apaisement, après une semaine de reproches réciproques entre patrons du bar et salariés sur le respect de la sécurité et des consignes d’évacuation lors du drame.
Puis le 16 février ce sera le chef des pompiers de Crans-Montana qui sera auditionné. La photo de cet homme moustachu, en uniforme de pompiers, en larmes devant la stèle d’hommage aux victimes avait fait le tour du monde. Pour l’heure, il n’est pas prévenu et sera interrogé comme témoin. Pourquoi son témoignage sera important ? Selon plusieurs bons connaisseurs du dossier sollicités par franceinfo, ce chef des pompiers de Crans-Montana était présent lors des contrôles incendies, notamment en 2018 et 2019 au Constellation. A-t-il vu la mousse acoustique installée dans le bar en 2015 ? Si oui, pourquoi n’a-t-il rien dit ? Savait-il qu’elle pouvait être hautement inflammable ? Autant de questions qui lui seront posées par les trois magistrates.
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