Imported Article – 2026-02-20 17:02:36






Les Crues Exceptionnelles de la Loire et des Châteaux

Depuis le 1er février, il est tombé 80 % d’eau en plus qu’un mois de février normal à Tours et jusqu’à 133 % à Savigny-en-Véron. Des cumuls très importants qui expliquent ces crues exceptionnelles de la Loire, de l’Indre, du Cher et de la Vienne. L’Indre-et-Loire reste en vigilance orange pour encore 24 heures. Ces crues peuvent-elles fragiliser les fondations des châteaux de la Loire ?

Le Château d’Azay-le-Rideau en Situation Critique

Comme posé sur l’eau, le château d’Azay-le-Rideau a été bâti sur un îlot, entre deux bras de l’Indre. L’eau est donc un élément fondamental du décor de ce château qu’Honoré de Balzac qualifia de « diamant taillé à facettes« . Mais là, c’est trop. Le niveau de l’Indre est monté de deux mètres en quelques jours. « Quand l’eau arrive au menton de la gargouille sous le pont d’accès au château, c’est déjà une crue importante mais là on ne voit même plus la tête de la gargouille. C’est ce qui montre que c’est une crue exceptionnelle, » explique Benoît Grecourt, administrateur du château d’Azay-Le-Rideau.

« Nous avons choisi de fermer le château au public non pas parce que le château est inondé mais parce que le pont subit des poussées de plus de 250 mètres cubes d’eau par seconde, » ajoute-t-il.

Ce pont qui date du début du 20ème siècle est le seul accès possible au château pour les visiteurs. L’eau arrive au niveau du second tablier du pont et fait vibrer l’ouvrage de béton. « Si jamais un arbre charrié par la rivière venait cogner ce pont, on ne sait pas comment il réagirait donc nous préférons être prudents pour garantir la sécurité du public, » assure Benoît Grecourt. Une étude de l’état sanitaire du pont devait être réalisée mais avec la crue elle a dû être reportée.

Mais une chose est sûre, il n’existe aucun risque pour les fondations du château qui datent du début du XVIème siècle.

« Contrairement au château de Chenonceau, le château d’Azay-le-Rideau est construit sur une île, sur de la terre ferme, » explique Benoît Grecourt. « Il faudrait des périodes de crue exceptionnelles très prolongées pour éroder les fondations mais ce serait un scénario catastrophe. Nous n’en sommes pas là du tout. »

Impact des Précipitations sur le Paysage

Depuis le 1er février, les cumuls de précipitation se sont élevés à 95 mm d’eau en moyenne, soit 95 litres d’eau par mètre carré. Si la préfecture d’Indre-et-Loire et Vigicrues annoncent une décrue de l’Indre, pour le moment, le niveau de l’eau et la force du courant restent les mêmes à Azay-le-Rideau. La direction ne prévoit pas de réouverture avant ce lundi 23 février. « Dès lors que la décrue commencera, ça va révéler le jardin qui pour le moment est complètement immergé et là on sait qu’on va avoir des dégâts. Tout le sable des allées et les 2.000 bulbes qui venaient d’être plantés vont être emportés. Les jardiniers vont avoir beaucoup de travail de remise en état du jardin à faire. Cette crue pour eux est franchement une catastrophe, » déplore Benoît Grecourt.

Seul point positif : cette fermeture intervient pendant la période où le taux de fréquentation est le plus bas de l’année.

Autres Châteaux Environnementalement Menacés

La situation est délicate pour le château de l’Islette située à Cheillé, à deux kilomètres d’Azay-le-Rideau. Le monument, témoin des amours tumultueuses des deux grands sculpteurs Camille Claudel et Auguste Rodin, est complètement cerné par l’Indre. « La terrasse du moulin est elle aussi submergée et je n’espère qu’une chose, c’est que l’eau n’entre pas à l’intérieur. Nous avons un peu barricadé mais combien de temps cela va tenir ? » s’inquiète Bénédicte Michaud, la propriétaire des lieux le mercredi 18 février alors que l’Indre a atteint son pic de crue.

Le château de l’Islette ne doit rouvrir ses portes au public que le 4 avril.

Quelques kilomètres plus à l’ouest, à Rigny-Ussé, le château de la Belle au Bois Dormant, lui, a les pieds au sec. Situé en hauteur, il est resté ouvert. C’est son accès qui est rendu difficile par la crue de l’Indre.

Le Château de Chenonceau Face à la Montée des Eaux

Autre château dans l’eau : le château de Chenonceau qui reste ouvert malgré la montée du Cher. Chenonceau est bâti sur les piles d’anciens moulins, plantés dans le lit meuble du Cher. Ces fondations, à l’année, sont largement immergées sous des mètres d’eau, qui a altéré la composition des matériaux au fil des siècles. « La structure est en tuffeau, pierre de Touraine, qui est très dur tant qu’il est sous l’eau« , a expliqué Caroline Darrasse, responsable communication du château de Chenonceau. Mais dès que l’eau s’en va, « le bois et le tuffeau restent hors de l’eau trop longtemps, sèchent et fragilisent le château« .

En somme, si la sécheresse fragilise ses piles, ce n’est pas le cas des crues. Les propriétaires restent vigilants quant à la montée du Cher, mais ils ne s’inquiètent pas. « Quand le regard prend de la hauteur, le château révèle un autre secret : l’équilibre entre architecture, jardins et rivière. Le Cher, si haut ces derniers jours, redessine les contours du paysage et efface les frontières habituelles.« 

Prévisions Météorologiques

Ce vendredi 20 février, Météo France maintient l’Indre-et-Loire en alerte orange crues jusqu’au dimanche 22 février à minuit. La Vienne et l’Indre continuent de monter. La Loire est stable et le Cher baisse tout doucement.



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