L’Inspection générale de la Justice vient de publier un rapport sur les défaillances de la police et du parquet poitevins dans l’affaire de la mort d’Inès Mecellem. La jeune femme avait été poignardée à son domicile le 8 septembre dernier après avoir déposé plusieurs plaintes. Sa famille réagit à ces conclusions.
Le contexte tragique
Inès Mecellem, victime de violences domestiques, avait fait preuve de proactivité dans la recherche de protection contre son ex-compagnon. Elle avait déposé une plainte, apporté des compléments à celle-ci à plusieurs reprises et avait même eu recours à un téléphone grave danger. Cependant, malgré ces démarches, elle a été tuée le 8 septembre 2025. Le rapport de l’Inspection met en évidence qu’Inès avait été retrouvée morte, victime de plusieurs coups de couteau, à son domicile à Buxerolles, en périphérie de Poitiers.
Deux mois avant son décès, Inès avait signalé des menaces de mort contre elle. Le 10 juillet, elle avait déposé une plainte contre son ancien compagnon, à laquelle elle avait ajouté des compléments le 17 juillet, ainsi que les 13, 19 et 28 août. Le 6 septembre, seulement deux jours avant son meurtre, elle avait utilisé le téléphone grave danger, affirmant être traquée. Son ex-compagnon avait été interpellé puis rapidement relâché par la police de Poitiers. Après la découverte de son corps, il est toujours recherché par les autorités.
Les défaillances révélées par le rapport
Le rapport de l’Inspection générale souligne différents problèmes, notamment une évaluation incorrecte et une anticipation insuffisante du « danger extrême pesant sur la victime ». Il dénonce également un manque de coordination entre les divers services de police et de justice impliqués dans cette affaire. L’analyse de la prise en charge de la situation révèle de nombreuses fragilités dans l’évaluation du risque, le traitement des plaintes, et la coordination judiciaire.
En prenant l’exemple de la première plainte déposée par Inès en juillet 2025, il est clair que son traitement n’a pas été suffisant. La plainte a été examinée selon une logique administrative, sans analyse qualitative approfondie, alors même qu’Inès faisait état de menaces de mort. Le rapport souligne que les outils de protection existent, mais leur efficacité repose sur une coordination qui n’a pas été mise en place.
Les conséquences de la négligence institutionnelle
Concernant le téléphone grave danger (TGD) qu’Inès avait reçu, le rapport indique que sa remise a été faite sans une lecture approfondie de la plainte et l’absence de contrôle hiérarchique. Cette carence a conduit à une intégration insuffisante de cet outil de protection dans une stratégie pénale cohérente.
Bien que le TGD soit un outil de protection, il n’a pas conduit à des mesures adéquates contre le suspect. Lorsqu’Inès a déclenché son téléphone le 6 septembre 2025, l’évaluation des risques a été jugée insuffisante, laissant de côté le danger manifeste que représentait son ex-compagnon.
Les réactions de la famille d’Inès
Angélique Robert, la mère d’Inès, exprime un mélange de soulagement et de colère face au rapport. Elle déclare : « Ce qui nous soulage, c’est que le rapport met en avant des dysfonctionnements du système et des erreurs d’individus. Mais je suis très en colère parce que cela n’aurait jamais dû arriver. » Elle souligne l’importance de ne pas laisser ces dysfonctionnements impunis, cherchant à faire évoluer les procédures pour prévenir de futurs féminicides.
Près de six mois après la disparition de sa fille, elle reste sceptique quant à une éventuelle interpellation du principal suspect, confiée aux autorités, car aucune avancée significative n’a été faite depuis la mise en circulation du rapport.
Conclusion sur les mesures à prendre
En conclusion, le rapport rappelle que la procureure de la République de Poitiers, Rachel Bray, n’était en poste que depuis quelques jours lors du drame. Elle n’a pas encore réagi publiquement à la publication du rapport, mais celui-ci indique qu’elle, avec la procureure générale, a engagé une restructuration du pôle Violences intrafamiliales du parquet afin de corriger les insuffisances organisationnelles précédemment identifiées.