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Quartiers Prioritaires de Nîmes : Entre Espoirs et Déceptions

Publiée le . Temps de lecture : 10 min.

Fusillades, trafic de drogue, disparition des services publics : depuis trois ans, les quartiers prioritaires de Nîmes font régulièrement la une de l’actualité. Une large partie des habitants de ces zones aspirent à une vie tranquille et plus simple. À quelques semaines des élections municipales de 2026, nous sommes allés à leur rencontre.

Élections municipales 2026

C’est une maison posée au milieu des tours de Pissevin. Quelques voix frêles s’en échappent. Quatre fois par semaine, les seniors de ce quartier prioritaire de Nîmes s’y retrouvent pour échanger autour d’un café ou d’un thé à la menthe, et pratiquer des activités.

Eugénie Diolot, directrice adjointe de l'association Mille couleurs dirige la chorale des seniors
Eugénie Diolot, directrice adjointe de l’association Mille couleurs dirige la chorale des seniors • © Dalila Iberrakène/France Télévisions

Aujourd’hui, c’est cours de chorale. Eugénie Diolot, la directrice adjointe de l’association Mille couleurs, dirige la dizaine d’aînés et les fait enchaîner les vocalises. Un temps collectif bienvenu pour la travailleuse sociale :

« On ne s’occupe pas suffisamment de nos aînés des quartiers. Il faut d’abord les repérer, il y en a beaucoup qu’on ne voit pas, qui sont invisibles, seuls chez eux. Qui ne savent pas forcément qu’on existe ou qui ont des problèmes de mobilité. Certains ont des petites retraites ; le fait de pouvoir venir à l’association et d’avoir un lieu où se retrouver, discuter, échanger et faire des activités, c’est quand même un plus. »

Eugénie Diolot, directrice adjointe de Mille couleurs

Sous le drapeau tricolore accroché dans les locaux de l’association, commence l’apprentissage d’une chanson de Serge Reggiani, remise au goût du jour par Chimène Baadi : Ma Liberté.

Un symbole dans ce quartier, marqué par de nombreuses problématiques. Construit dans les années 1960 et 1970, le quartier de Pissevin était alors une incarnation du confort moderne pour ses habitants, avec ses appartements lumineux, ses nombreux commerces et services. Mais peu à peu, le quartier a glissé : d’après l’Insee, le taux de pauvreté en 2018 y atteignait 70,5 %, 40 points au-dessus de celui de la ville de Nîmes.


La plupart des seniors qui participent à la chorale résident dans le quartier depuis longtemps. Fatima y a élevé ses quatre enfants et habite le même immeuble depuis 44 ans. Elle ne reconnaît plus le quartier agréable et attractif qu’elle a jadis connu.

Je plains les familles qui ont des enfants, ils n’ont plus rien pour s’amuser. Les miens avaient des toboggans, des tourniquets, des balançoires. Mais là, il n’y a plus rien.

Fatima, 73 ans, habitante du quartier de Pissevin depuis 44 ans

Un espace public abandonné : c’est le ressenti de beaucoup de ces seniors. Ils regrettent l’absence de bacs de fleurs, de décorations pendant les fêtes de fin d’année ou la détérioration des trottoirs et de la chaussée. Ainsi que la disparition des bancs. À 71 ans, Monique, habite, elle, le quartier depuis 35 ans : « On nous a promis des bancs et on ne les a toujours pas. En bas de nos immeubles, l’été, on doit s’asseoir par terre : on n’a plus l’âge ! »

« On est des oubliés. On n’a plus rien. On manque de tout ce dont on a besoin dans une vie normale. Quand même, on est 12.000 habitants ici, on n’est pas une vingtaine. Dans les villages, vous trouvez tout, mais ici on n’a plus rien. On est abandonnés. »

Monique, 71 ans, habitante de Pissevin depuis 35 ans

Depuis 2024, Pissevin a entamé une longue réhabilitation sous l’impulsion de l’État et de son bras armé en la matière, l’agence nationale pour la rénovation urbaine. 270 millions d’euros investis au moins jusqu’en 2027, avec des bâtiments détruits, d’autres reconstruits. L’objectif : reconfigurer le quartier et améliorer le quotidien.

Mais pour l’instant, les seniors n’en voient que les effets négatifs, avec la disparition de nombreux commerces. « Pour le moment on n’a rien. Pour faire les courses il faut aller loin », explique Fatima. « Moi je ne peux pas y aller. On n’a plus de poissonnier, ni de cordonnier comme avant, on n’a plus rien. On a quelques épiciers, mais c’est tout. On a juste les camions de pizza ! »

Une thématique qui met en lumière un certain enclavement de Pissevin, malgré sa desserte par le trambus qui relie le quartier au centre-ville. Un vrai problème au jour le jour pour Monique : « Il nous faut une navette pour aller faire nos courses, pour aller à Carrefour. On nous a supprimé le bus qui permettait d’y aller. Et le dimanche, le bus qui permet d’aller en centre-ville ne circule pas. On est obligés de rester là. »

Dans le quartier de Pissevin à Nîmes des voitures garées sur un trottoir
Dans le quartier de Pissevin à Nîmes des voitures garées sur un trottoir • © Dalila Iberrakène/France Télévisions

Pour les seniors qui peuvent encore conduire et disposent d’une voiture, un autre problème se pose : celui du stationnement. Il suffit de se promener à Pissevin pour prendre la mesure de la situation. Des véhicules sont garés partout : sur les trottoirs, les terrains vagues, sur le moindre espace disponible. Katy, 71 ans, habite le quartier depuis 40 ans et elle a vu les choses empirer au fil des années.

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