Les deux salles de 120 et 62 places, aux couleurs rétro, vont à nouveau pouvoir projeter des films au public. Après six ans de mobilisation de bénévoles, dont deux ans d’occupation illégale pour empêcher sa disparition, le cinéma associatif La Clef rouvre ses portes, mercredi 14 janvier, rue Daubenton (Ve arr) dans le Quartier Latin.
Une victoire pour le collectif « La Clef Revival »
C’est une lutte réussie que le collectif « La Clef Revival » est heureux de voir aboutir. Ce cinéma, historique dans le quartier, anciennement propriété du comité d’entreprise Caisse d’épargne, a finalement pu être racheté par Cinéma Revival, un fonds de dotation pensé par le collectif. Cette structure d’intérêt général, sans part ni actionnaire, avait pour but « de racheter le cinéma pour le sortir du marché immobilier et faire perdurer sa vocation culturelle ».
Une gestion autonome pour des séances à prix libre
En autogestion, le cinéma solidaire proposera au public des séances à prix libre. « On s’est battus pour préserver la boîte à prix libre pour que chacun paye sa séance à hauteur de ses moyens, » explique Chloé, membre du collectif. « Il faut adhérer annuellement à l’association, avec des tranches en fonction des moyens de chacun, ce qui nous permet des recettes en début d’année et de proposer le prix libre et des tarifs bas au café-bar. »
Un financement participatif exemplaire
Grâce à des dons de particuliers et des mécènes privés sans contrepartie, ainsi qu’à un prêt, le collectif a pu racheter l’immense bâtiment de 800 m² pour près de 3 millions d’euros. « Le public est le premier mécène de La Clef : il y a plus de 5.000 personnes qui ont fait un don. C’est leur confiance qui nous a permis d’aller rencontrer ensuite des mécènes plus importants, » ajoute Chloé. Au fil des années, de nombreux cinéastes et figures du cinéma ont apporté leur soutien au projet. « Je pense à Céline Sciamma, Agnès Jaoui, Alain Cavalier, Valérie Massadian, Gisèle Vienne, Adèle Haenel… Des personnes qui se sont vraiment attachées au lieu et qui nous ont donné beaucoup de force quand on n’y croyait peut-être plus. » Des cinéastes internationaux, tels que Martin Scorsese, avaient également exprimé leur soutien, écrivant une tribune dans Libération.
Une programmation diversifiée et accessible
La programmation se veut ouverte, avec des films, documentaires et courts métrages parfois invisibilisés. « À l’époque, on voyait des films d’Amérique Latine, d’Afrique, du Maghreb. C’est une identité qu’on veut faire perdurer, » explique Taddeo, membre du collectif. « On fait aussi des formations pour permettre à d’autres de nous rejoindre et de lancer des séances à partir de mars. » Albane, également membre du collectif, précise cette démarche d’inclusion.
Formation et partage des compétences
Dans les cabines de projection, Victor, ancien projectionniste, forme et partage son savoir-faire avec d’autres bénévoles. L’objectif est qu’ils puissent projeter des films en autonomie lors de séances publiques dans quelques mois. Pour le moment, une dizaine de bénévoles sont capables de le faire.
Inauguration et programme des séances
Le cinéma rouvre officiellement ses portes mercredi 14 janvier, avec des séances du mercredi au dimanche. Mercredi 14 janvier à 20h, Talking About Trees, de Suhaib Gasmelbari, sera présenté en sa présence par le collectif La Clef. Jeudi 15 janvier, à 20h, une carte blanche sera donnée à Céline Sciamma, avec le film Regrouping, de Lizzie Borden. Tout le programme des séances est disponible sur le site de La Clef.