REPORTAGE. Cest une hérésie environnementale : Paris face à la disparition de son dernier






La Maison Poursin face à l’érosion de son savoir-faire

Depuis 200 ans, la Maison Poursin façonne des pièces pour les grandes marques françaises de luxe. Cependant, le principal client de l’atelier a décidé de renoncer au laiton, invoquant des raisons qu’il estime écologiques.

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Sacha, 34 ans, en train de travailler dans l'atelier de la Maison Poursin, à Paris, en janvier 2026.
Sacha, 34 ans, en train de travailler dans l’atelier de la Maison Poursin, à Paris, en janvier 2026.
(SOPHIE AUVIGNE / FRANCEINFO)

La semaine de la haute couture commence lundi 26 janvier à Paris. Les mannequins vont défiler avec des boucles de ceinture et de sacs en laiton façonnées par la maison Poursin. Mais tout cela risque de disparaître. Après 200 ans d’existence, le dernier atelier de laiton, situé près de la gare de l’Est à Paris, est menacé.

La Maison Poursin a vu défiler des clients prestigieux tels que Louis Vuitton, Emile Hermès et Coco Chanel. Aujourd’hui, le principal métier de l’atelier est en péril. Sacha, jeune soudeur sur laiton de 34 ans, avec des années de formation, fabrique des boucles de ceinture et parfois des clous de selle de cheval, toujours pour le monde du luxe. « Je ne connais personne qui fait le même métier que moi. C’est avec un chalumeau, mes mains et du fil d’argent. Mais en ce moment, c’est un peu compliqué avec le marché chinois qui s’impose beaucoup. J’espère qu’on arrivera à perdurer et que ça fonctionnera encore », confie-t-il.

Des moules bicentenaires pour des boucles de ceinture de grand luxe en laiton, dans l'atelier de la Maison Poursin, à Paris, en janvier 2026.
Des moules bicentenaires pour des boucles de ceinture de grand luxe en laiton, dans l’atelier de la Maison Poursin, à Paris, en janvier 2026.
(SOPHIE AUVIGNE / FRANCEINFO)

Pour compliquer la situation, le principal client de l’atelier vient d’annoncer qu’il renonce au laiton français au profit de l’inox chinois, supposé être plus écologique. Par souci de confidentialité, le nom de cette marque de luxe ne peut être divulgué, mais Karl Lemaire, le directeur de la Maison Poursin, n’hésite pas à critiquer ce choix. « L’empreinte carbone de cette boucle en inox est catastrophique. Il faudrait déjà la faire venir d’Asie, puisque c’est le principal producteur d’inox, et puis il faut le travailler, chauffer le métal à rouge, ce qui nécessite deux fois plus d’énergie. L’impact est énorme. Nous devons changer l’ensemble des machines, c’est une hérésie environnementale », déplore-t-il.

Karl Lemaire, directeur de la Maison Poursin, à Paris, en janvier 2026.
Karl Lemaire, directeur de la Maison Poursin, à Paris, en janvier 2026.
(SOPHIE AUVIGNE / FRANCEINFO)

À l’inverse, le laiton est malléable ce qui fait toute la différence. Par exemple, la cavalière du cheval métallique lors de l’ouverture des Jeux olympiques de Paris portait une boucle de ceinture Poursin. « Voyez comme c’est travaillé. Ça reprend la forme de la corde qui est en toile de jute. Comment voulez-vous obtenir ça avec de l’inox ? C’est strictement impossible. Nous devons la travailler manuellement. Sur de l’inox, vous n’aurez pas la précision des ciselures, ce serait grossier », explique Karl Lemaire.

Enfin, le laiton importé de Normandie coûte six à huit fois plus cher que l’inox importé de Chine, ce qui représente un dilemme économique, même pour certaines grandes marques de luxe.



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