Tous les jours, une personnalité s’invite dans le monde d’Élodie Suigo. Mercredi 28 janvier 2026, Paula Marchioni. Elle publie le livre Soifs aux éditions Favre.
Publié | Temps de lecture : 6 min
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Paula Marchioni est une maman célibataire, une femme qui a décidé de ne pas lâcher la main de son dernier et troisième fils, Arthur, âgé de 23 ans, tombé dans l’alcoolisme depuis l’âge de 15 ans, après une phobie scolaire et une dépression. Elle a décidé de raconter ce récit intime dans un livre intitulé Soifs aux éditions Favre. C’est un cri du cœur qui résonne dans ce mois sans alcool appelé le Dry January, un guide, une clé, une lueur d’espoir transmise pour aider, accompagner, raconter, communiquer sur les ravages que provoque l’alcoolisme sur nos vies. Les addictologues sont unanimes pour dire que pour une personne qui boit, cinq personnes au moins trinquent.
Un témoignage porteur d’espoir
franceinfo : Ce témoignage qui nous plonge tour à tour dans les affres de la société, dans notre intimité, montre avant tout qu’il faut garder espoir et que l’addiction n’est pas une fatalité.
Paula Marchioni : Tout à fait, effectivement, il y a une dimension collective et donc mon témoignage raconte ce parcours, ce duo maman enfant face à ce qui au départ est une solution pour mon fils. Le fait de boire de l’alcool, c’est une façon de soigner ses angoisses. J’ai écrit ça pour moi, c’est vrai, pour essayer un peu de dépasser cette épreuve qui aujourd’hui se termine bien. Je commence par le dire parce que sinon je pense que je n’aurais pas pu l’écrire. J’ai voulu écrire ça pour donner de l’espoir, montrer que c’est long, mais aussi pour montrer qu’il y a des solutions, qu’elles peuvent être collectives, individuelles et que la dépendance interroge plein d’aspects de notre société finalement.
Le syndrome du sauveur
J’aimerais que vous nous parliez du syndrome du sauveur qui détruit plus qu’il n’aide. L’estime de soi des proches et leur intégrité psychique ont été souvent profondément altérées. L’alcool est donc un mal familial, systémique ?
« Je me disais, si je quitte cette terre sans l’avoir sauvé, j’aurais raté ma vie. »
Paula Marchioni
Mais en fait, ce n’est pas en voulant comme ça sauver l’autre qu’on le sauve. Si on empêche qu’il se confronte aux conséquences de ses consommations parce qu’il faut qu’il soit responsabilisé même si c’est un enfant, et là, c’est super dur. Si on veut le sauver malgré lui, en fait, on l’enfonce. L’acte d’amour suprême, je pense, c’est d’accepter qu’il aille au maximum se confronter aux conséquences de sa dépendance dans sa vie pour qu’il ait envie de toucher le fond et de remonter.
Retour au bercail : un moment clé
Ce témoignage démarre sur le retour au bercail, un soir d’Arthur. Vous dites « que la rupture de celle ou celui qui accompagne, donc du rayon de soleil de survie du pansement, oblige à affronter la réalité ». La solution, elle est là. Manon, qui était donc la compagne d’Arthur, l’a quitté et c’est sans doute l’un des plus grands services qu’elle a pu lui rendre.
Je pense que la copine de mon fils entretenait le cordon. Le fait de couper ça, ça a été l’obligation surtout de se prendre en charge, lui, de manière autonome. Quand il a eu cette rupture, il s’est confronté au grand vide. Quand quelqu’un qui vous materne, là, c’était sa copine, vous quitte, vous êtes face au vide. Qu’est-ce que vous faites ? Vous construisez quelque chose d’intérieur, de solide. C’est pour ça que c’est une leçon par rapport à l’addiction, mais pour moi ça a été une leçon aussi, je dirais presque de sagesse. De toute façon, il y a un moment où il faut se construire soi et il n’y a pas le choix.
Alcoolisme et jeunes : un problème sociétal
Arthur est devenu alcoolique à 15 ans, c’est très tôt et ça soulève le problème sociétal de la santé mentale chez les jeunes. Vous pointez du doigt les dangers de la molécule éthanol sur la santé des jeunes, car leurs cerveaux sont en formation, donc il faut préserver le premier contact avec cette substance. Or, on se rend compte très tôt que les fêtes universitaires sont sponsorisées souvent et financées par les alcooliers eux-mêmes qui ont bien compris que là, il y avait une niche très intéressante pour eux.
Il y a ici un potentiel de business fantastique.
« Il n’y a pas de prévention réelle sur l’alcool, il n’y a pas une communication qui va expliquer que boire de l’alcool quand on est jeune, ça abîme le cerveau. »
Paula Marchioni
Alors que sur un paquet de cigarettes, c’est marqué « fumer tue ». Là, on va vous dire « boire avec modération », ce qui a été en fait une mention rajoutée par les alcooliers au moment de la loi Evin.
Collectivité et prévention
L’addiction n’est donc pas un drame personnel, mais un drame collectif. Elle arrive, d’abord parce que pendant longtemps, on a dit que boire, c’était convivial et c’était cool. Pour reprendre une réflexion faite par une journaliste lors d’une interview auprès d’un invité qui expliquait qu’il avait réussi à maigrir parce qu’il avait arrêté l’alcool. Elle lui a répondu qu’il était donc devenu « chiant ». Non, de ne pas boire, ce n’est pas être chiant, ça tout permet de plus profiter du reste et il faut encourager ça.
Exactement, et quelque part, je la remercie d’avoir dit cette énormité qui en même temps est juste le reflet d’un discours dominant et d’une pensée dominante. Je pense que les choses changent un peu et je pense que c’est effectivement un enjeu collectif. Je remercie des émissions comme la vôtre de donner la parole à ce point de vue plus modéré, pour que collectivement, on soit un peu moins hypocrites et mieux armés aussi pour nous, jeunes notamment.