Le commandant de la compagnie de CRS dont neuf membres sont jugés à Paris pour avoir matraqué des manifestants dans un fast-food, lors des manifestations des Gilets jaunes, était appelé à la barre ce matin. Critique envers sa hiérarchie, le commandant Gilbert S. a fourni des détails poignants sur les événements du 1er décembre 2018.
Contexte de la manifestation
Le commandant Gilbert S., à l’époque des faits, dirigeait 63 hommes de la CRS 43 de Chalon-sur-Saône. Dans un témoignage formel, il a affirmé qu’il ne se sentait pas à sa place sur le banc des témoins, déclarant que d’autres membres de l’encadrement auraient aussi dû être présents, car les hommes sous son commandement agissaient en réponse aux ordres de la DOPC (Direction de l’ordre public et de la circulation).
Les événements du 1er décembre
Après la manifestation, le commandant a été placé sous le statut de témoin assisté, malgré sa demande de garde à vue. En analysant son rôle durant l’intervention au Burger King, il a expliqué qu’il était positionné devant le fast-food, sans entrer dans l’établissement. Il a reçu un avertissement pour ne pas avoir « commandé véritablement les équipes sur place » et pour « ne pas être rentré dans l’établissement », ce qui l’a surpris.
Un mouvement de soutien surprenant
Le commandant a parlé de la manifestation des Gilets jaunes, notant que de nombreux fonctionnaires de police se retrouvaient en solidarité avec eux, partageant des préoccupations similaires. Il a admis avoir été « surpris » par la tournure des événements lors des manifestations à Paris le 24 novembre et a fait état d’une violence inédite lors des affrontements qui ont suivi.
Stratégie inadaptée
Lors de cette confrontation, la compagnie avait lancé 1.200 grenades, une situation sans précédent. Il a reconnu que la difficulté principale venait d’une stratégie « totalement inadaptée ». Sur la journée, neuf unités et demie étaient en réserve, mais n’avaient pas été mobilisées pour soutenir la CRS 43, qui a été sollicitée toute la journée. Il a exprimé ses inquiétudes dès 9h30, demandant des renforts alors que la situation se détériorait.
Conditions extrêmes et conséquences
Vers 15h, son unité a été attaquée par des manifestants, ce qui l’a contraint à utiliser des grenades de désencerclement, une action qu’il a reconnue comme non conforme mais nécessaire pour sa légitime défense. Décrivant la tension de la journée, il a déclaré : « La tension était extrême. C’était le désordre, aucune coordination. » Il a également mentionné que le personnel avait déjà travaillé quarante heures en trois jours, sans pouvoir prendre un temps de repos.
Une décision contestable
À la barre, Gilbert S. a fait savoir qu’il n’avait pas observé ses hommes frapper les manifestants à l’intérieur du fast-food, notant que la finalité de leur intervention n’était pas d’interpeller mais de disperser. Cependant, il a admis que leur intervention avait été une erreur, affirmant que cela avait mis en danger tant le personnel que les manifestants. Il a conclu son témoignage en s’en prenant à ceux qui, du haut de leur commandement, n’ont pas tenu compte de la gravité de la situation sur le terrain.
Procès et répercussions
Neuf policiers, membres de la CRS 43 lors des faits, comparaissent actuellement pour violences volontaires avec circonstances aggravantes. Des peines de six à vingt mois de prison, toutes assorties de sursis, ont été requises à leur encontre. La procureure, Manon Dubarry, a souligné la nécessité de respecter le droit, même dans le chaos, affirmant que « le désordre ne suspend jamais le droit. » Ce procès soulève des questions essentielles quant à l’usage de la force par les autorités et les responsabilités individuelles dans des situations tendues.