Le patrimoine, cest notre mémoire : une maison centenaire et ses arbres menacés par un projet






Menace sur un pavillon historique à Antony

À Antony dans les Hauts-de-Seine, la destruction annoncée d’un pavillon en meulière datant de 1927 au 44 avenue Gabriel Péri suscite une vive émotion. Une pétition lancée par l’association a déjà recueilli plus de 1.500 signatures en trois semaines.

Conflit entre urbanisation et patrimoine

C’est un bras de fer qui illustre les tensions croissantes entre impératifs de densification urbaine et préservation de l’identité locale. Au cœur du conflit se trouve une demeure bourgeoise signée de l’architecte René Gravier, édictée en 1927. Cette maison est typique de l’architecture pavillonnaire qui a façonné le sud de Paris au début du XXe siècle, avec ses façades en pierre meulière, ses fenêtres surmontées de linteaux et ses garde-corps travaillés. Située en surplomb des voies du RER, elle constitue pour beaucoup d’habitants une véritable « vitrine » du centre-ville historique d’Antony.

L’Association pour la Sauvegarde du Patrimoine et de l’Environnement à Antony (ASPEA) pointe du doigt ce qu’elle considère comme un changement de pied radical de la municipalité. Initialement, la ville avait reconnu les qualités de cet édifice dans ses documents d’urbanisme, vantant ses bandeaux décoratifs et son intérêt patrimonial.

Cependant, lors de la dernière enquête publique du Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi) en juin 2024, l’appréciation officielle a basculé. La mairie a justifié le retrait de la protection par une « extrême vétusté » du bâtiment, affirmant désormais qu’il ne présenterait plus de « caractéristiques particulières. »

La maison centenaire menacée de destruction à Antony.

La maison centenaire menacée de destruction à Antony. © ASPEA

Un appel à la préservation

Pour Pierre Daviaud, membre de l’ASPEA, ce constat est difficile à entendre et semble opportuniste. Il rappelle que la structure de la maison est saine et que sa dégradation apparente est la conséquence d’un abandon volontaire, les ouvertures ayant été murées après le rachat du terrain par un promoteur immobilier.

« Le patrimoine c’est notre mémoire. Qu’est-ce qui caractérisait un style architectural ? Si vous n’avez pas d’exemple sous les yeux, vous perdez cette mémoire-là,” explique-t-il.

Pour l’association, ce déclassement crée un précédent inquiétant pour les seize autres bâtiments remarquables que compte encore la commune de 65.000 habitants, dont certains présentent un aspect bien plus « banal » que cette meulière de l’avenue Péri.

Le projet immobilier prévoit la construction de deux bâtiments totalisant dix logements, grimpant jusqu’à 12 mètres de hauteur. Outre la démolition de la bâtisse, c’est l’abattage d’arbres de haute tige situés dans le jardin qui cristallise les tensions.

Dans un contexte de réchauffement climatique et de lutte contre l’artificialisation des sols, l’association défend cet « îlot de fraîcheur » en plein cœur de ville. Thierry Lauriol, vice-président de l’ASPEA et habitant de longue date, ne cache pas son amertume face à ce qu’il qualifie de projet « pseudo-classique » dont le seul objectif serait, selon lui, la « recherche du profit. »

L’association rappelle qu’il existe d’autres secteurs dans la ville, comme le projet Antonypole, où la construction de logements neufs se fait sur des zones d’activités déjà construites, évitant ainsi de sacrifier le patrimoine végétal et historique du centre-ville.

Pour tenter de sauver le 44 avenue Gabriel Péri, les opposants ont engagé plusieurs recours juridiques, appuyés par un cabinet d’avocats spécialisés, afin de faire annuler le permis de construire. Ils demandent aujourd’hui l’ouverture d’une étude alternative qui permettrait d’intégrer la maison existante et son parc arboré dans un projet de réhabilitation plus respectueux du cadre de vie.

Pour l’heure, le dossier reste en suspens dans l’attente d’une décision de justice. Sollicitée par la rédaction, la mairie d’Antony n’a pas encore répondu à nos interrogations.



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