Le documentaire The Cruise explore la vie dun guide touristique excentrique à New York dans les






Le portrait de Timothy « Speed » Levitch

Encyclopédie sur pattes et véritable moulin à paroles, Timothy « Speed » Levitch accompagne de ses monologues inspirés les touristes dans les rues de Manhattan, à bord d’un bus à impériale. Publié le 02/03/2026 à 06:00.

Temps de lecture : 5 min

Timothy
Timothy « Speed » Levitch dans le documentaire « The Cruise » de Bennett Miller. (LES FILMS DU CAMELIA)

Timothy « Speed » Levitch est un guide touristique new-yorkais qui vaut le détour, un excentrique qui transforme chaque visite en aventure existentielle. Le réalisateur américain Bennett Miller, connu notamment pour ses films Foxcatcher (2014) et Le Stratège (2011), dresse le portrait de Levitch dans ce documentaire indépendant en noir et blanc filmé en caméra DV portable à la fin des années 1990. Curiosité inspirée du cinéma-vérité des années 1960, The Cruise (La Croisière) sort pour la première fois dans les salles françaises le 4 mars.

Personnage à nul autre pareil, auquel Richard Linklater (l’auteur du récent Nouvelle Vague) a consacré une série, Up to Speed en 2012, Levitch mérite qu’on s’y arrête. Pour lui, « la croisière », comme il l’appelle, est bien davantage une philosophie et une expérience de vie qu’une simple excursion commentée.

Véritable moulin à paroles, il espère « la transformation totale de la vie » des touristes qu’il accompagne. Dans un bus à impériale de la Gray Line, il déclare, « Pour moi, chaque tour de bus c’est un tour de plus vers ma mort » et « C’est pour ça que j’ai toujours vu chaque tour comme une quête vers la perfection ».

New-yorkais pur jus, « Speed » Levitch vit chichement et entretient un rapport passionné à sa ville, qu’il considère « comme un organisme vivant ». Certains jours, la mégalopole lui fait la gueule et il ne se sent « plus le bienvenu sur cette île ». Parfois, c’est le contraire : il réalise que les piliers du pont de Brooklyn sont ses amis et que le pont lui-même devient son égal. Quelle que soit l’humeur, pour lui, New York est « une absurdité qui ne peut pas durer ».

Cet homme énigmatique, sorte de « clochard céleste », est surtout une encyclopédie vivante, capable de citer tous les lieux où ont répondu les écrivains à Manhattan. Il débite à cent à l’heure des anecdotes comme : « Vous êtes à six rues de là où Henry Miller a décidé qu’il détestait New York pour toujours et l’a quitté pour Paris… À deux rues d’ici, Arthur Miller a contemplé le suicide, là où Jim Morrison a fait la même chose. À cinq rues de là, le poète Dylan Thomas est mort. Ses derniers mots : j’ai bu mon 16e Martini. »

Derrière l’humour, son flot verbal inépuisable déploie une érudition impressionnante dans tous les domaines, qu’il s’agisse d’histoire, d’architecture, de cinéma ou de philosophie. De Central Park à Greenwich Village, il sait comme personne « attirer l’attention » des touristes dans cet « immense tumulte », et excelle en outre à leur faire emprunter un détour inattendu. Comme lorsqu’il lance : « Le soleil, un autre grand monument de New York. Au-dessus de vous, sur la gauche ».

Mais c’est lorsqu’il descend de son bus à impériale et que la caméra le suit dans d’interminables soliloques à travers les rues de New York que se révèle toute l’étendue de sa psyché fiévreuse, poétique et tourmentée.

Ce grand sensible parle aux plantes sur la 67e rue et tente de les sortir de leur torpeur estivale en leur lançant : « Prenez de la hauteur ! ». Il admire les cimes des gratte-ciels et pousse des grognements orgasmiques devant les courbes de l’unique bâtiment créé par Louis Sullivan à New York. Il n’aime rien tant que de tournoyer jusqu’au vertige au pied des tours jumelles du World Trade Center, jusqu’à avoir la sensation qu’elles vont lui tomber dessus.

Bien que narcissique et parfois saoulant, Timothy Levitch s’avère attachant. Vulnérable, inadapté, il a échoué à être ce que la société et ses grands-parents bien-aimés attendaient de lui. Ce job mal payé, il avoue l’avoir pris dans l’unique but de rencontrer et de séduire des femmes, sans grand succès, visiblement.

De fait, « la croisière », reconnaît-il, est d’abord « une aventure qui nous ramène à nous-mêmes, comme une roue ou un salto ». Animé d’une ivresse de vivre contagieuse, où affleure une certaine colère, il proclame : « ma plus grande victoire, c’est ma capacité à ressentir ».

L'affiche du documentaire
L’affiche du documentaire « The Cruise » (LES FILMS DU CAMELIA)

Genre : Documentaire
Réalisation : Bennett Miller
Avec : Timothy « Speed » Levitch
Pays : États-Unis
Durée : 1h14
Sortie : 4 mars 2026
Distributeur : Les Films du Camélia
Synopsis : Timothy “Speed” Levitch, guide touristique new-yorkais, transforme chacune de ses visites en une véritable performance. À bord d’un bus à impériale, il déclame des monologues fiévreux. Son regard singulier sur la ville fait de ce rôle banal une exploration profonde de la vie, de l’amour et de l’expérience humaine.



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